Un sort incertain pour la statue de Macdonald

La statue à l'effigie de John A. Macdonald a été déboulonnée samedi en marge d'une manifestation appelant à réduire le financement de la police.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La statue à l'effigie de John A. Macdonald a été déboulonnée samedi en marge d'une manifestation appelant à réduire le financement de la police.

Reviendra ou ne reviendra pas, la statue honnie ? François Legault a soutenu que le bronze de John A. Macdonald, renversé en fin de semaine par des militants antiracistes, doit être replacé, alors que la mairesse de Montréal croit qu’on devrait profiter de son remisage temporaire pour réfléchir à la meilleure façon de le réintégrer dans le paysage.

« Ce n’est pas vrai qu’une poignée de personnes va commencer à démolir ce qui fait partie de notre histoire, a réagi le premier ministre du Québec lundi. Je pense qu’on est tous d’accord qu’il faut lutter contre le racisme, mais à un moment donné, ce n’est pas une démocratie quand on commence à déboulonner des statues comme ça. On va la restaurer et la remettre en place. »

À Montréal, la Ville indique que le mauvais état de la statue, causé par les nombreux actes de vandalisme subis au cours des ans, compromet sa réinstallation. Surtout, la mairesse Valérie Plante ne semble pas aussi convaincue que M. Legault qu’une restauration à l’identique soit la meilleure voie à suivre.

« Moi, je souhaite profiter de ce moment où elle est entreposée à la Ville de Montréal pour réfléchir avec notre équipe pluridisciplinaire — un peu comme ce qui a été fait concernant la rue Amherst, qui est devenue la rue Atateken — sur comment réintégrer ces statues qui font partie de notre histoire. » La statue appartient à la Ville et non au gouvernement du Québec.

Acte de « vandalisme »

Samedi soir, une manifestation en faveur du définancement de la police de Montréal s’est conclue par le renversement de la statue de John A. Macdonald, qui a perdu sa tête en tombant. Cette statue, sise à la place du Canada, a maintes fois fait l’objet d’attaques de militants déplorant qu’on commémore ce premier ministre sous le règne duquel ont été instaurées les écoles résidentielles autochtones et la taxe d’entrée sur les personnes d’origine chinoise.

Cette taxe de 50 $ (puis de 100 $ et finalement de 500 $) a été instaurée pour juguler l’afflux d’immigrants chinois, dont le Canada n’avait plus besoin une fois le chemin de fer pancanadien terminé. Elle a été en vigueur de 1885 à 1923, date à laquelle l’arrivée de Chinois a été carrément interdite jusqu’en 1947. Le système des écoles résidentielles a quant à lui été instauré en 1883, mais une forme ou une autre de ce genre d’écoles existait depuis déjà un demi-siècle. La dernière de ces écoles a fermé en 1996.

Autant M. Legault que Mme Plante ont dénoncé le déboulonnage, le qualifiant de vandalisme. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a joint sa voix aux leurs lundi. « Le vandalisme n’est pas une façon acceptable de faire avancer des propos en faveur de changements dans la société », a-t-il déclaré alors qu’il se trouvait à Montréal.

Bien qu’il reconnaisse la légitimité des dénonciations des inégalités, M. Trudeau estime que le moyen choisi n’est pas le bon. « Des actes comme ceux-là n’ont pas leur place dans une société de droit. Nous nous devons de comprendre et d’entendre l’impatience des gens qui veulent plus de changements rapidement pour éliminer ces discriminations systémiques, mais nous devons le faire de la bonne façon. »

Quand on lui a demandé s’il fallait remettre en question la commémoration d’autres premiers ministres, comme Wilfrid Laurier ou William Lyon Mackenzie King, qui n’ont pas davantage mis un terme aux écoles résidentielles, M. Trudeau a élargi la liste.

« Je pense qu’on peut aussi poser la question par rapport à mon père. On doit poser des questions par rapport à tous nos anciens premiers ministres, tous nos leaders du passé qui ont sûrement fait beaucoup de bonnes choses, mais qui ont aussi fait quelques erreurs. »

Mais, selon lui, « il revient aux différentes communautés et villes de choisir comment on va se souvenir de notre histoire. Ce n’est pas à un petit groupe de décider unilatéralement qu’on ne doit pas reconnaître et célébrer cette personne-ci ou une autre ».

Pas d’envoi en Alberta

Les politiciens du pays n’ont pas manqué de commenter l’affaire. Le nouveau chef conservateur, Erin O’Toole, a dénoncé les « activistes radicaux » responsables du déboulonnage, tandis que le premier ministre albertain, Jason Kenney, les a qualifiés de « voyous ». M. Kenney a même demandé que le Québec lui fasse parvenir la statue, s’il n’a pas l’intention de la replacer. François Legault a coupé court à une telle suggestion. « Il n’est pas question de l’envoyer en Alberta. On va la remettre en place. »

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est amusé de cette idée. « Je suis prêt à la mettre dans une belle caisse avec des plumes — je le laisserai fournir le goudron. »

Ce n’est pas la première fois que la commémoration de John A. Macdonald crée la controverse. En 2017, une association d’enseignants de l’Ontario avait demandé que soient rebaptisées les écoles primaires portant son nom. La Ville de Victoria réfléchit toujours au sort à réserver à la statue qu’elle a retirée en 2018 devant son hôtel de ville. Plus tôt cet été, une statue à Charlottetown a été couverte de peinture rouge.

M. Trudeau avait fermé la porte à l’idée d’effacer le nom de Macdonald en 2017. Lundi, il a maintenu sa position. « C’était notre premier premier ministre et il faut reconnaître le rôle qu’il a eu dans la création du pays, du monde dans lequel on vit aujourd’hui. »

Avec Mylène Crête, Jeanne Corriveau et Isabelle Paré

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