Des francophones poursuivent le gouvernement albertain

Les cours en français à l'Université de l'Alberta et la faculté qui les prodigue, la Faculté Saint-Jean, ont été décapités par souci d’économie.
Photo: Codie McLauchlan La Presse canadienne Les cours en français à l'Université de l'Alberta et la faculté qui les prodigue, la Faculté Saint-Jean, ont été décapités par souci d’économie.

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) entame un recours juridique contre l’Université de l’Alberta, de même que contre le gouvernement de la province, dirigé par le conservateur Jason Kenney, pour les forcer à respecter leurs engagements en matière d’éducation en langue française. Et elle s’attend à ce que le Québec comprenne l’importance de soutenir son combat.

Les cours en français et la faculté qui les prodigue, la Faculté Saint-Jean, ont été décapités par souci d’économie. Une large partie des cours ont été fusionnés ou tout simplement abolis dans la foulée de ces mesures. Or toute la structure de l’éducation primaire et secondaire en français dans cette province repose largement sur les capacités de formation de cet établissement, souligne l’ACFA par l’entremise de ses procureurs.

Sheila Risbud, la présidente de l’ACFA, indique au Devoir que l’association lance une campagne de collecte de dons, par l’entremise de son site Web, pour financer cette poursuite. La présidente de l’ACFA ne cache pas qu’elle aimerait voir les Québécois se montrer solidaires de la situation des francophones en Alberta. « Nous avons fait une demande de rencontre en ce sens auprès de la ministre [Sonia] LeBel », la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne. « À ce jour, nous n’avons toujours pas eu de nouvelles. On aimerait bien voir une manifestation forte de solidarité de la part des Québécois. »

Selon l’ACFA, l’Université de l’Alberta ne respecte pas l’entente intervenue en 1976 entre les pères Oblats, alors propriétaires du Collège Saint-Jean, et l’université pour le maintien et le développement conséquent de la formation en français. Sans compter que le plan de compressions de l’université invite à abandonner le cœur historique francophone où, depuis 112 ans, sont installés les bâtiments de la Faculté Saint-Jean.

Entente non respectée

Ce sont les avocats Mark Power et Darius Bossé, du cabinet Juristes Power, qui représentent l’ACFA dans ce dossier. En entrevue au Devoir, Mark Power constate que le contrat qui lie l’université à la Faculté Saint-Jean est clair. « C’est un contrat signé, clair. Les biens immobiliers [cédés par les Oblats] sont considérables. […] En échange, l’université promet d’aider à développer l’enseignement en français. Le gouvernement est partie à l’entente. Il promet par écrit qu’il va financer ce campus aussi longtemps qu’il y aura une demande pour de l’éducation en langue française. » Or, dans les faits, constate l’avocat, cela fait plus de dix ans que l’université ne finance pas l’éducation de tous les étudiants francophones du campus, en accord avec cette entente. Non seulement les fonds ne sont pas indexés, mais ils ont été coupés. « Le campus est désormais sous-financé. Il n’a pas le financement immobilier pour maintenir ses immeubles. Il est même menacé de dissolution et de disparition. » Selon l’avocat, « il est à l’avantage des Québécois de développer le français en Amérique du Nord », par l’entremise d’une institution comme la Faculté Saint-Jean où sont conviés des professeurs formés chez eux.

En 1976, l’Université de l’Alberta s’était engagée formellement à « déployer les meilleurs efforts pour opérer, maintenir, améliorer et développer [le campus Saint-Jean] […], le tout devant être situé sur le site du collège ». À la suite de coupes de plus de 120 millions de dollars, que l’université doit absorber et dont les francophones risquent de payer le prix, cette entente n’est pas respectée, estime l’ACFA.

La province s’était pour sa part engagée à fournir à l’Université de l’Alberta le financement « nécessaire pour permettre à l’Université de respecter ses engagements ». Tant l’université que le gouvernement de l’Alberta « ont violé l’entente de 1976 », considère l’ACFA.

La situation qui résulte de cette crise est d’autant plus grave pour les francophones de l’Ouest canadien qu’« il sévit en Alberta une grave pénurie d’enseignants et de personnel éducatif francophones pour les écoles de langue française ». Ce personnel est formé en bonne partie à la Faculté Saint-Jean, que voilà amputé de capacités déjà considérées comme insuffisantes.

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