Le Canada dans une course contre la montre pour un siège au Conseil de sécurité

 

Le Canada saura cette semaine s’il pourra siéger ou non au Conseil de sécurité des Nations unies à titre de membre non permanent. Malgré la pandémie, la campagne du gouvernement canadien s’est poursuivie en coulisse afin de remporter l’un des sièges convoités. Et la crise actuelle aura finalement étayé l’argumentaire du Canada comme contributeur idéal à la réforme du multilatéralisme dans le monde, plaident deux émissaires de la campagne, Jean Charest et Joe Clark, en entrevue au Devoir.

« En fait, la pandémie ajoute un nouvel argument à l’importance d’une coopération multilatérale, argue l’ancien premier ministre Clark au téléphone. La question reste de savoir si les autres pays y seront sensibles ou non. Mais il est très clair que nous sommes confrontés à un éventail de problèmes qu’aucun pays ne peut régler seul. »

Le Canada espère remporter cette semaine l’un des deux sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU réservés au « Groupe des pays d’Europe occidentale et autres ». Mais l’Irlande et la Norvège sont aussi de la bataille et sont fort appréciées de la communauté internationale.

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Or, bien que ces deux pays aient une « solide réputation », M. Clark note que le Canada a deux avantages bien à lui : sa réputation en tant que négociateur international et une relation privilégiée avec de nombreux pays grâce à son appartenance au G7, au G20, de même qu’à la Francophonie et au Commonwealth. « Ce n’est pas juste le fait de faire partie d’une même famille. C’est que nous y avons acquis une réputation d’être raisonnables et efficaces au sein de ces familles. Et à une époque comme celle-ci, où il y a tant d’incertitudes quant à notre réponse aux crises sanitaires et aux autres défis, je crois que cette réputation consolide notre position. »

« Plus que jamais, nous avons besoin de concertation avec d’autres pays, que ce soit pour rapatrier des Canadiens de l’étranger, pour contribuer à la recherche d’un vaccin ou pour maintenir les chaînes d’approvisionnement, renchérissent M. Clark et Jean Charest dans une lettre ouverte publiée sur le site du Devoir. Nous sommes profondément convaincus que le Canada peut, et doit contribuer à relever les défis les plus difficiles de l’humanité en matière de paix et de sécurité. »

M. Charest soulève en outre la remise en question du multilatéralisme international par certaines superpuissances mondiales. « Dans ce contexte, nous avons une expérience qui est pertinente aux changements que nous vivons actuellement. Si l’on doit redéfinir le multilatéralisme, on est le bon pays pour le faire », insiste l’ancien premier ministre québécois.

Pour convaincre une majorité des membres de l’ONU d’appuyer la candidature canadienne, Jean Charest et Joe Clark ont rencontré de hauts dirigeants dans plusieurs pays et leur ont rappelé les efforts canadiens sur la scène internationale, mais aussi de récentes initiatives.

Le premier ministre Justin Trudeau a coprésidé il y a deux semaines une conférence sur les ravages économiques de la COVID-19 dans les pays en développement. « Nous sommes les premiers et les seuls à présenter l’enjeu de la sécurité économique comme étant un élément clé du développement, mais aussi de la paix et du règlement de conflit », argue M. Charest.

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Le Canada œuvre également aux travaux de réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « C’est le genre de rôle que nous pouvons jouer, dans ce contexte de très grande tension actuellement entre la Chine et les États-Unis », insiste-t-il.

Mais le Canada a aussi dû se défendre de ne pas en faire assez en matière de maintien de la paix. Car bien que le premier ministre Trudeau ait promis le grand retour des Casques bleus canadiens, ils n’étaient que 35 déployés dans le monde au mois d’avril (46 en février, avant que frappe la pandémie). L’Irlande compte en revanche 474 Casques bleus actuellement en mission, et la Norvège 65.

M. Charest rétorque que « ce n’est pas uniquement une question du nombre de soldats », mais aussi d’initiatives innovantes proposées ces dernières années. Il rappelle qu’Ottawa a lancé les « Principes de Vancouver », pour prévenir le recrutement d’enfants soldats, et « l’Initiative Elsie » visant à déployer plus de femmes dans les missions de paix.

Le bilan environnemental du Canada a toutefois également été critiqué cette semaine. La jeune environnementaliste Greta Thunberg a cosigné une lettre appelant les pays insulaires à profiter de l’élection au Conseil de sécurité pour faire pression sur le Canada et la Norvège, afin que ces pays producteurs de gaz et de pétrole en fassent davantage dans la lutte contre les changements climatiques.

« Tous les pays ont des forces et des faiblesses », répond M. Clark. « Quand nous avons été élus au Conseil de sécurité dans le passé, nous avions des défauts de même que des forces. Ce sera toujours le cas. Est-ce un facteur dans la course ? Certainement. Mais nous avons aussi de grandes forces qui sont particulièrement valables en ce moment », insiste celui qui a aussi été ministre des Affaires étrangères

À moins d’une semaine du vote, M. Clark et M. Charest disent avoir « confiance » de voir le Canada remporter son pari. Mais ils notent du même souffle que les deux rivaux du Canada sont très appréciés et avaient entamé leurs campagnes bien avant qu’Ottawa ne se lance dans la course.

Nous avons une expérience qui est pertinente aux changements que nous vivons actuellement. Si l’on doit redéfinir le multilatéralisme, on est le bon pays pour le faire.

 

En 2010, le vote secret à l’ONU s’était soldé par une défaite-surprise pour le Canada, qui avait été dépassé par l’Allemagne et avait dû céder la deuxième place au Portugal. C’était la première fois que le Canada perdait une telle campagne depuis la création de l’ONU en 1945.

Si ce scénario se répète cette semaine, quelle leçon le Canada devra-t-il en tirer ? Ni M. Clark ni M. Charest n’osent trop s’avancer.

« Il faudra faire un post-mortem, consent M. Charest. Mais à mon avis, on aura déjà gagné beaucoup dans cet exercice en rafraîchissant nos relations et en les renouvelant avec plusieurs pays, ce qui nous permettra — peu importe le résultat — de nous remettre en phase avec nos partenaires sur une base bilatérale. »

Le vote se tiendra mercredi à New York. Il durera quelques heures puisque les représentants des pays membres voteront tour à tour afin de respecter les consignes de distanciation physique. Le résultat du premier tour sera connu en après-midi ,et s’il faut un second ou même un troisième tour de scrutin pour que deux des candidats récoltent l’appui de plus des deux tiers des 193 pays membres, ces votes se tiendront les jours subséquents.

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5 commentaires
  • Robert Taillon - Abonné 13 juin 2020 08 h 17

    Danger pour l'ONU ?

    De donner un siège au conseil de la sécurité de l'ONU au Canada actuel, considérant ses appuis aux forages pétroliers les plus polluants, à certains industriels et financiers qui profitent de paradis fiscaux, serait faire démonstration du manque d'intégrité de l'ONU.
    Un pays qui laisse les malversations financières et la destruction de son environnement mettre en danger ses populations ne devrait pas siéger à l'ONU risquant d'y dépraver une organisatin mise en place pour la sécurité mondiale.
    Un pays, comme le Canada, qui protège ses industries d'armement qui sont vendus à d'autres pays abusant de populations pour abuser de leurs ressources est aussi à craindre pour la sécurité mondiale.
    A mon avis tous les sièges de cette organisation devraient être offerts aux nations les plus intègres pour assurer leur missions de paix et de protection.

    • Marcel Vachon - Abonné 13 juin 2020 09 h 21

      Je partage un peu votre opinion monsieur Taillon. Les pays y siégeant présentement sont-ils des modèles à suivre? Quel pays est digne de vos principes?

  • Richard Lupien - Abonné 13 juin 2020 08 h 24


    « Nous sommes profondément convaincus que le Canada peut, et doit contribuer à relever les défis les plus difficiles de l’humanité en matière de paix et de sécurité. » prétendent M. Clark et Jean Charest dans une lettre ouverte publiée sur le site du Devoir.
    Mais nous aimerions bien avoir les preuves, connaître les gestes que monsieur Trudeau a posés pour amener la paix au Moyen-Orient. Être toujours du côté de l'occupant de la Palestine, d'Israël, ne même pas parler et ni encourager la création d'un état palestinien, sans faire quelque pression que ce soit pour dénoncer l’occupation illégale de la Cisjordanie ou pour dénoncer la construction d'habitations, ce qui est interdit selon la résolution 282 votée à l'ONU il y a plus de cinquante ans présente une mauvaise image du Canada aux pays du Moyen-Orient. Pays qui ne voudraient probablement pas donner leur vote en faveur du Canada ainsi qu'ils n'ont pas voulu appuyer monsieur Harper qui voulait aussi obtenir ce siège au conseil de sécurité.
    Monsieur Mulroney avait fait un discours devant l'ONU en 1988 pour que les pays du monde fassent pression pour mettre fin à l'apartheid.
    Monsieur Trudeau ne pourrait-il pas en faire autant pour que les résolutions de l’ONU soient respectées.

    Richard Lupien

  • Bernard LEIFFET - Abonné 13 juin 2020 08 h 36

    À quand le ménage dans le Dominion avant d'aller dans le champ international?

    La volonté de participer avec les autres états pour les bonnes causes ne peut être que louable, cependant il serait d'abord nécessaire de mesurer les dommages sur place de la pandémie qui n'est pas encore terminée. N'oublions pas qu'il y a encore des situations en suspend concernant le présent gouvernement qui n'a pas la majorité. Peut-on écarter du revers de la main que les autres pays sont insensibles à tout ce qui se passe dans un pays aux divisions profondes,mal ficelé car non adapté aux réalités d'aujourd'hui. La crise du pétrole, celle de l'approvisionnement pendant la crise avec les Autochtones, par exemple montre qu'un pays si fragilisé n'est pas un modèle fiable à exporter ou servir de référence.
    Juste avant la pandémie, c'était l'Environnement qui était au coeur des débats tant dans le Dominion qu'au Québec et partout sur la planète! Il est illusoire d'oublier ce défilé monstre à Montréal, au Québec, là où les autorités gouvernementales font piètes figures, l'Environnement en particulier. Le monde des affaires ne doit pas s'incruster au Conseil de sécurité des Nations Unies comme le préconise Jean Charest .
    Évidemment on ne saurait parler de sécurité sans le bien-être des citoyens d'un pays, d'un peuple. Or, partout, outre le racisme, il y a souvent des régions, comme le Québec (La Catalogne, L'Écosse, La Palestine) qui n'ont de pouvoir que celui d'être le subordonné d'un gouvernement ou qui attend d'être reconnu comme un pays, pour la Palestine. Dans ce contexte, donner un siège, même temporaire, à une fédération comme le Dominion, c'est ajouter du cynisme au rôle du Conseil! Seul un état non fédéré apparaît plus juste d'avoir un tel siège! D'aucun sait qu'ici, dans le Dominion, les inégalités règnent ente les trois peuples, Autocthone, Francophone et Anglophone avec une suprématie de ce dernier datant de la colonisation britannique. C'est suffisant comme dossier plutôt sombre!

  • Jean Hamelin - Abonné 13 juin 2020 11 h 23

    ....!

    Quand on regarde toutes les gaffes de Justin trudeau depuis quelques années à l' internationale,sa volonté indéfectible de polluer encore plus en multipliant par 3 la production des sables bitumineux et avoir le culot de nous dire que sont gouvernement en fait le plus pour l' environnement,vente d' armes qui servent asservir des populations, et ça pris 10 ans à la communauté canadienne française de la Colombie britannique pour faire respecter ses droits constitutionnel qui aurait pris quelques mois à la communauté anglaise de Montréal pour le même exercice,la violence envers les autochtones de la part de la GRC et oui encore elle ,elle n'a pas encore réglé ses cas de viols et harcèlements qu' elle en rajoute une couche plus sur sa pyramide de racisme et violence extrême pour toute ses raisons nous ne méritons pas un siège au conseil de sécurité de l' ONU