Chefferie du Parti conservateur: Erin O’Toole promet des «pipelines stratégiques»

Le député Erin O’Toole est le principal rival de l’ex-ministre Peter MacKay dans la course à la succession d’Andrew Scheer.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le député Erin O’Toole est le principal rival de l’ex-ministre Peter MacKay dans la course à la succession d’Andrew Scheer.

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur Erin O’Toole promet de faire une place au Québec et de respecter son autonomie s’il est élu chef cet été. Mais il s’engage en même temps à imposer des oléoducs que son gouvernement jugerait essentiels et à sévir contre les manifestants qui bloqueraient ces pipelines ou des voies ferrées.

Le député Erin O’Toole est le principal rival de l’ex-ministre Peter MacKay dans la course à la succession d’Andrew Scheer. À une semaine des débats des candidats à la chefferie, qui se tiendront mercredi et jeudi prochain, M. O’Toole a dévoilé sa plateforme politique mardi.

L’aspirant chef y promet de créer une loi nationale sur les pipelines stratégiques, qui assurerait la construction et l’approbation rapide d’oléoducs créés « dans l’intérêt national » et à destination de marchés mondiaux ou de raffineries canadiennes. Le gouvernement fédéral identifierait lui-même les « pipelines stratégiques » qui bénéficieraient d’un processus d’étude environnemental accéléré. Celui-ci prévoirait des consultations et établirait des « normes environnementales élevées ». Mais il ne « servirait plus à déterminer si le projet sera réalisé ou non, car cette décision serait prise par le gouvernement élu », stipule la plateforme de M. O’Toole.

Le candidat interdirait également l’importation de pétrole provenant d’ailleurs qu’au Canada ou aux États-Unis.

M. O’Toole adopterait en outre une Loi sur la liberté de circulation, afin d’ériger en infraction criminelle le fait de bloquer une voie ferrée, un aéroport, un port ou même l’entrée d’une entreprise ou d’une résidence. Les peines criminelles prévues pour quiconque entrave les infrastructures énergétiques au pays seraient quant à elles renforcées. Car M. O’Toole souhaite « stopper les radicaux qui paralysent l’économie et empêchent les gens de vivre à l’abri de la peur ».

En revanche, le candidat s’engage — sans fournir de détails — à mettre fin aux subventions pour les combustibles fossiles, « une forme d’aide sociale aux entreprises parasites ». Et à s’allier aux industries pétrolière et gazière pour atteindre la carboneutralité dans ces secteurs — là encore sans préciser de date prévue pour y arriver. M. O’Toole organiserait un sommet national avec le leadership autochtone sur le partage des recettes tirées des ressources naturelles, en proposant notamment aux communautés de participer au capital de projets.

La plateforme critique toutes sortes de positions libérales et promet un retour à l’équilibre budgétaire « selon un calendrier prudent ». Pour y parvenir, M. O’Toole procéderait à une réduction des dépenses publiques comme l’avait fait Stephen Harper après la crise financière de 2008 avec d’importantes compressions dans les dépenses de l’État.

Autonomie québécoise

M. O’Toole fait par ailleurs de l’œil au Québec. Il faut dire que la province représente une mine d’or en termes de votes pour l’élection à la chefferie, qui est pondérée. Chaque circonscription offre le même nombre de points, peu importe le nombre de membres qu’elle rassemble. Le Québec compte 78 des 338 circonscriptions fédérales.

Le candidat ontarien promet donc d’accroître l’autonomie du gouvernement québécois en matière d’immigration ; de maintenir les transferts sociaux fédéraux malgré les compressions prévues ; de mettre un terme aux entrées irrégulières de migrants au chemin Roxham (sans dire comment) ; et d’assurer que le Québec ne soit pas sous-représenté aux Communes « peu importe son poids démographique ». Le Québec détient traditionnellement 23 % des sièges, mais sa part de la population canadienne est en train de diminuer en deçà de ce seuil.

Quant au débat sur la taxation de Netflix, M. O’Toole ne promet pas d’intervenir en ce sens, mais propose plutôt d’exempter aussi de TPS les plateformes numériques canadiennes comme Illico ou Tou.tv.

Main tendue à l’Alberta et aux pro-vie

Erin O’Toole consacre aussi une page de son plan politique aux provinces des Prairies. « Il est temps de pouvoir compter sur un gouvernement qui respecte les Albertains et l’Ouest canadien », argue-t-il.

Pour ce faire, il veut revoir la péréquation. « Une province dont l’économie est en récession et dont le taux de chômage monte en flèche ne devrait pas être obligée d’envoyer de l’argent à d’autres provinces. »

L’issue du vote à la chefferie sera notamment scellée par le vote de la frange sociale du Parti conservateur, dont les votes pourraient permettre à M. O’Toole de devancer Peter MacKay — comme ils l’avaient fait pour Andrew Scheer contre Maxime Bernier en 2017.

Pour courtiser cet électorat pro-vie, M. O’Toole s’engage à légiférer sur le droit de conscience des médecins et d’autres professionnels de la santé de refuser d’offrir certains services, mais aussi « d’orienter » leurs patients vers quelqu’un d’autre si c’est le cas. La loi fédérale sur l’aide à mourir reconnaît le droit d’un médecin de refuser de pratiquer cet acte, mais il n’y a pas encore de jurisprudence quant au refus de recommander le patient.

M. O’Toole reprend par ailleurs des positions traditionnelles du Parti conservateur.

Du côté de la loi et l’ordre : ramener des peines minimales en invoquant la clause dérogatoire pour certains crimes (trafic d’armes illégales, meurtre, enlèvement, agression sexuelle) ; l’ajout de peines minimales dans les cas de violence conjugale ; durcir les peines pour la maltraitance d’aînés en résidences de soins de longue durée ; et assouplir le contrôle des armes à feu.

En affaires internationales : soutenir Israël et l’Ukraine ; durcir le ton contre la Chine ; œuvrer à réformer les Nations unies.

Sur CBC / Radio-Canada : éliminer le financement du service numérique de la CBC et réduire de moitié celui de sa télévision et de son réseau de nouvelles en continu ; continuer de financer les services radiophoniques de Radio-Canada. M. O’Toole annulerait les crédits d’impôt totalisant 600 millions de dollars offerts par le gouvernement libéral aux médias.

À voir en vidéo