Le NPD et le Bloc réclament un prolongement de la PCU

Le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh veut que la PCU reste encore accessible pendant «au moins quatre mois».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh veut que la PCU reste encore accessible pendant «au moins quatre mois».

Le premier ministre Justin Trudeau n’est pas prêt à accepter la demande des néo-démocrates et des bloquistes de prolonger la durée de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), mais il promet d’annoncer bientôt comment la transition vers la fin de cette mesure se fera.

Pour ceux qui voient les versements de 16 semaines de PCU achever, M. Trudeau a offert, mardi avant-midi, des mots qui se voulaient rassurants.

« Les gens vont continuer d’avoir besoin d’aide. Et on va faire des annonces dans les jours à venir qui vont expliquer comment exactement on va les aider ; mais je peux rassurer les gens qu’en tant que gouvernement, nous allons continuer d’être là pour vous appuyer pendant cette crise », a-t-il déclaré à son point de presse quotidien.

Les néo-démocrates, eux, réclament que la PCU soit prolongée aussi longtemps que la pandémie affectera les revenus des Canadiens. Dans un premier temps, ils exigent le maintien de la mesure d’aide pendant encore « au moins quatre mois ».

Les bloquistes sont plutôt d’avis que le programme devrait être prolongé aussi longtemps que nécessaire, mais seulement pour des secteurs bien spécifiques comme la culture, le tourisme ou l’hôtellerie.

« Il y a des gens dans ces secteurs-là qui ont besoin de la PCU pour une période plus longue que les 16 semaines du programme actuel. On ne peut pas les abandonner et c’est pourquoi, de façon très ciblée, nous souhaitons le prolongement de la PCU », a réclamé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, dans une déclaration envoyée à La Presse canadienne, mardi.

Le porte-parole conservateur en matière de finances, Pierre Poilievre, n’a pas voulu dire s’il soutient une prolongation de la PCU. Il est cependant d’avis que les programmes fédéraux devraient inciter un retour au travail.

« Vous ne pouvez absolument pas remplacer le marché du travail par un programme gouvernemental », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse mardi matin.

Jusqu’à maintenant, 8,41 millions de personnes ont demandé la PCU et reçu 43,51 milliards $. Le gouvernement fédéral a ainsi dû réviser son budget et prévoit maintenant 60 milliards $ pour cette mesure.

La subvention salariale, elle, n’a pas été aussi populaire que prévu. Elle a distribué 9,36 milliards $ à 195 509 entreprises. Ottawa prévoit maintenant dépenser 45 milliards $ pour cette mesure, plutôt que les 73 milliards $ calculés au départ.

Mardi, M. Trudeau a supposé que, maintenant que l’activité économique reprend un peu partout au pays, les Canadiens passeront de la PCU à la subvention salariale « par suite naturelle des choses ».

« On va voir beaucoup de gens quitter la PCU pour se mettre sur la subvention salariale, ou pour tout simplement reprendre leur emploi », a-t-il prédit. « Le système est en train de fonctionner, étape par étape, de la bonne façon », a-t-il jugé.

PCU, fraude et racisme

En convoquant la presse mardi matin, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, voulait aussi dénoncer le projet de loi qui sera étudié mercredi à une séance « normale » des Communes. Ce projet de loi prévoit des sanctions — amendes et peines de prison — pour ceux qui auront fraudé la PCU.

M. Singh estime que pareille loi punirait un nombre disproportionné de gens issus de communautés racisées.

Selon lui, la COVID-19 touche davantage les communautés racisées, ces communautés sont aussi plus souvent pénalisées par les lois criminelles, et il en tire donc une conclusion. « Je peux vous garantir que, si cette loi passe, il y aura plus de Noirs, plus d’Autochtones, plus de gens racisés, de gens pauvres, qui seront criminalisés et finiront en prison », a lancé M. Singh, accusant le premier ministre de se montrer hypocrite en manifestant contre le racisme, posant un genou à terre, tout en préparant pareil projet de loi.

Tout en disant comprendre l’inquiétude de M. Singh, M. Trudeau a assuré que les gens qui auront récolté la PCU par erreur, sans y avoir droit, n’auront qu’à rembourser les sommes perçues. Il a ajouté qu’il fallait cependant « aller chercher cette petite minorité de criminels » qui a utilisé la pandémie pour frauder le système.

« On a un système qui se doit d’être intègre », a-t-il insisté. « On va regarder cas par cas », a-t-il promis.

713 détenus fédéraux de moins

À la conférence de presse quotidienne des ministres fédéraux, Bill Blair, responsable de la Sécurité publique, a vanté une réduction « très importante et sans précédent » de la population carcérale depuis le 1er mars, la liant aux efforts de son gouvernement pour mettre ce groupe vulnérable à l’abri de la COVID-19.

« Le risque dans les prisons, pendant l’épidémie de COVID-19, est important », a reconnu M. Blair.

Le ministre a affirmé que la Commission des libérations conditionnelles du Canada a accéléré le traitement des dossiers de ceux qui allaient bientôt avoir le droit de sortir de prison.

« Depuis le début de la pandémie, Service correctionnel Canada a pris l’initiative de revoir les situations individuelles des détenus non violents qui représentent un bas risque, y compris ceux qui ont des conditions médicales qui les rendent vulnérables à la COVID-19 », a écrit l’attachée de presse du ministre dans un courriel.

Et comme la Commission des libérations conditionnelles considère plusieurs facteurs en prenant ses décisions, « nous ne pouvons pas dire que la COVID-19 est à l’origine de ces libérations, mais nous pouvons dire qu’elle a pu être un facteur pris en considération », a écrit Mary-Liz Power, au nom de son ministre.

Le ministre Blair a souligné qu’il ne reste plus qu’un seul malade dans les prisons fédérales qui ont, jusqu’à maintenant, compté 360 cas dont deux décès.

Il en a aussi profité pour annoncer l’octroi de 500 000 $ à cinq organismes, dont l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec, pour élaborer des projets pilotes qui faciliteront la réinsertion des détenus libérés.

« Ces projets permettront à ces organismes de puiser de leur expertise et de leurs réseaux afin d’élaborer et de soutenir des pratiques novatrices qui ont réussi à diminuer la propagation de la COVID-19 (…). Ainsi, les résidents dans les foyers de transition et dans le quartier des alentours restent en sécurité pendant les urgences comme la COVID-19 », peut-on lire dans le communiqué qui a accompagné l’annonce du ministre.

Nombre de cas

Il y a eu plus de 1 930 000 tests administrés au Canada depuis le début de la pandémie. Environ 5 % d’entre eux ont détecté la maladie. On fait passer en moyenne 33 000 tests par jour au Canada.

Jusqu’à maintenant, on a recensé 96 616 cas confirmés ou probables dans l’ensemble du pays. La COVID-19 a provoqué la mort de 7895 Canadiens.

Distribution des cas au pays, selon les plus récents bilans provinciaux et territoriaux : 53 185 cas au Québec, dont 5029 décès ; 31 090 cas en Ontario, dont 2464 décès ; 7202 cas en Alberta, dont 149 décès ; 2659 cas en Colombie-Britannique, dont 167 décès ; 1060 cas en Nouvelle-Écosse, dont 62 décès ; 656 cas en Saskatchewan, dont 13 décès ; 300 cas au Manitoba, dont sept décès ; 261 cas à Terre-Neuve-et-Labrador, dont trois décès ; 147 cas au Nouveau-Brunswick, dont un décès ; 27 cas à l’Île-du-Prince-Édouard, tous guéris ; 11 cas au Yukon, tous guéris ; cinq cas dans les Territoires-du-Nord-Ouest, tous guéris ; aucun cas au Nunavut.

À ces bilans provinciaux et territoriaux s’ajoutent les 13 cas, tous guéris, chez les passagers rapatriés du navire de croisière Grand Princess le 10 mars.

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