Justin Trudeau voudrait munir les policiers de caméras corporelles

Le premier ministre Trudeau a fait parler de lui en fin de semaine, après avoir pris part vendredi à une grande manifestation contre le racisme à Ottawa.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Trudeau a fait parler de lui en fin de semaine, après avoir pris part vendredi à une grande manifestation contre le racisme à Ottawa.

Justin Trudeau promet d’en faire plus pour lutter contre le racisme et la discrimination raciale, notamment en équipant les agents de la GRC de caméras corporelles. Mais le premier ministre a aussi été contraint lundi d’expliquer sa participation à une grande manifestation contre le racisme à Ottawa, qui réunissait des milliers de citoyens et contrevenait ainsi aux directives pour contrer la pandémie.

Les dénonciations d’actes racistes au Canada continuent de se multiplier sur toutes les plateformes depuis une semaine, et M. Trudeau a martelé lundi qu’il était « prêt à passer à l’action ». Pour ce faire, il a annoncé son souhait d’obliger les agents de la Gendarmerie royale du Canada de porter des caméras corporelles et a prévenu qu’il discuterait du même sujet avec les premiers ministres provinciaux lors de leur appel hebdomadaire jeudi.

M. Trudeau estime que ces caméras corporelles sont « un élément de transparence très important », tant pour la GRC que pour les corps de police provinciaux ou municipaux. Le premier ministre a abordé la question avec la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, lundi matin. Les seules hésitations du corps policier fédéral porteraient sur des questions logistiques, économiques ou techniques, a-t-il relaté, mais il n’y aurait pas d’objection « substantielle ».

« Je pense que nous sommes d’accord [sur le fait] que nous devons aller de l’avant avec ces caméras pour les agents de la GRC », a-t-il tranché.

Au Québec

À Québec, le premier ministre, François Legault, n’a pas exclu d’emboîter le pas à son homologue fédéral, qui l’encourage à le faire. « Il faut trouver des façons, il faut consulter, peser le pour et le contre, et il ne faut rien exclure, mais il faut regarder cela attentivement », a-t-il réagi.

La Sûreté du Québec et la GRC n’ont pas précisé au Devoir si certains de leurs agents portaient déjà des caméras corporelles à l’heure actuelle. Du côté du SPVM, un projet pilote avait été mené en 2016-2017 sur la faisabilité d’en munir les agents. La police a fait rapport à la Ville de Montréal en février 2019. Depuis, aucun policier ne porte ces caméras. Calgary est la seule ville canadienne dont les agents de première ligne portent des caméras portatives, dans leur cas depuis l’été dernier selon la CBC.

Une manifestation risquée

Le premier ministre Trudeau a fait parler de lui cette fin de semaine, après avoir pris part vendredi à une grande manifestation contre le racisme à Ottawa. Il s’est alors joint à plusieurs milliers de personnes sur la colline du Parlement.

 

Un geste qui lui a été reproché, car la Santé publique implore les Canadiens d’éviter tout rassemblement de plus de cinq ou dix personnes pour contrer la propagation de la COVID-19.

« On est dans une situation où on est constamment appelés à faire des choix difficiles, a répondu M. Trudeau. Nous nous devons de suivre les recommandations de la Santé publique, et c’est ce que j’ai essayé de faire. Mais je pensais aussi qu’il était très important que le premier ministre soit là pour écouter, pour entendre les voix des milliers de Canadiens qui veulent qu’on agisse plus rapidement, plus fermement pour contrer la discrimination systémique qui existe dans ce pays. C’est le choix que j’ai fait, et je pense que c’était le bon. »

M. Trudeau a fait valoir qu’il avait « pris les mesures nécessaires autant que possible » en portant un masque et en tentant de garder ses distances.

Le sous-administrateur en chef de la santé publique fédérale, le Dr Howard Njoo, a cependant reconnu qu’il était « possible » que cette manifestation pose « un risque » de propagation de la COVID-19.

Le directeur de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, s’est aussi avoué préoccupé par la grande manifestation qui s’est tenue à Montréal dimanche. Le taux de transmission de la COVID-19 y est en baisse, et plusieurs manifestants portaient un masque, mais la distanciation physique n’était pas respectée.

« L‘interdit, ça crée souvent plus de grabuge que de laisser aller », a-t-il cependant affirmé pour expliquer sa décision de ne pas interdire la manifestation de Montréal.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a justement accusé M. Trudeau d’avoir enfreint toutes les directives de distanciation physique que martèlent les autorités de la Santé publique fédérale depuis trois mois.

Les gens se font répéter de rester chez eux, ils se font interdire de rendre visite à leurs proches mourants ou de se réunir pour leurs funérailles, a rappelé M. Scheer.

« Après ces moments difficiles que les gens ont traversés, je peux comprendre qu’ils soient confus quant à savoir quels conseils ils devraient suivre et fâchés de voir que le premier ministre semble avoir ignoré complètement l’avis des représentants de la Santé publique », a-t-il déploré.

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a quant à lui reproché au premier ministre d’avoir pris un risque qu’il juge « imprudent » en se mêlant à une foule d’une telle ampleur.

« Aller faire des photos dans une manifestation, à genou, est-ce que c’est nécessaire quand t’es premier ministre du Canada ? »

M. Trudeau s’est agenouillé à deux reprises avec les manifestants. « Pour moi, me mettre sur le genou, c’est un signe de respect, de solidarité avec eux », a-t-il expliqué.

 

Une « évolution tranquille » pour sortir du racisme ?

Après la Révolution tranquille, le Québec connaîtra-t-il une « évolution tranquille » ? C’est en tout cas le souhait du premier ministre Legault. Dans la foulée du mouvement de protestation engendré par la mort de George Floyd aux États-Unis, François Legault estime que le Québec est « dû » pour agir plus concrètement dans la lutte contre le racisme, a-t-il dit lundi en point de presse. « Il est temps qu’il y ait une évolution plus rapide de ce côté-là. » François Legault a par ailleurs refusé d’expliquer quelle était sa définition personnelle du « racisme systémique ». « Est-ce qu’il y a un système inconscient au Québec, et quelle est la définition qu’on doit donner à ça ? Les experts ne s’entendent pas. Mais on s’entend sur le constat : […] il y a du racisme au Québec et c’est urgent de le combattre. »

Guillaume Bourgault-Côté

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