Pas de normes nationales pour les CHSLD, tranche Justin Trudeau

«C’est de l’argent qui va permettre d’augmenter le nombre d'infirmières dans les communautés des Premières Nations et d’acheter du matériel spécialisé», a annoncé Justin Trudeau.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «C’est de l’argent qui va permettre d’augmenter le nombre d'infirmières dans les communautés des Premières Nations et d’acheter du matériel spécialisé», a annoncé Justin Trudeau.

Malgré l’indignation grandissante au pays et l’appel de ses propres députés à imposer des normes nationales pour corriger les soins réservés aux aînés dans les CHSLD du pays, Justin Trudeau affirme qu’il respectera les champs de compétence des provinces et n’imposera pas de solution unique dictée par le fédéral. Le premier ministre promet de collaborer avec les provinces pour améliorer la situation à moyen terme. Mais à court terme, il n’a pas su expliquer pour quelle raison l’armée ne peut pas rester au Québec jusqu’en septembre.

Invité à deux reprises à préciser pourquoi les soldats canadiens devront bientôt ralentir leurs opérations dans les CHSLD québécois, M. Trudeau n’a pas offert d’explication. Son ministre de la Défense, Harjit Sajjan, avait affirmé mercredi qu’un prolongement de la mission actuelle jusqu’au 15 septembre comme le demande François Legault était insoutenable.

« Ce sont des discussions d’ordre opérationnel qui se poursuivent entre le gouvernement québécois, le gouvernement canadien et les Forces armées canadiennes », s’est contenté d’affirmer M. Trudeau vendredi. L’armée canadienne compte sur ses 2600 professionnels médicaux pour soigner ses propres soldats et 1444 d’entre eux œuvrent présentement au Québec et 285 en Ontario.

M. Legault a suggéré que les militaires ne travaillent désormais que huit heures par jour, cinq jours par semaine, plutôt que de continuer de travailler 12 heures tous les jours. Mais M. Trudeau lui aurait dit que « ça ne fonctionne pas comme ça dans l’armée », a-t-il relaté lors de son propre point de presse. Le premier ministre québécois s’est néanmoins dit optimiste sur le fait de parvenir à une entente, en suggérant également que les soldats qui préparent des rapports à l’extérieur des CHSLD en ce moment soient plus nombreux à prêter main-forte à l’intérieur de ces résidences.

Les rapports de l’armée sur l’état de la situation dans les CHSLD québécois et ontariens ont révélé un certain chaos, à des degrés différents dans les deux provinces. Cinq députés libéraux de la région de Toronto ont écrit une lettre à M. Trudeau et à sa ministre de la Santé, Patty Hajdu, exhortant le gouvernement à travailler avec les provinces pour établir des normes de soins nationales pour les résidences pour aînés.

M. Trudeau n’a pas voulu présumer des solutions dont conviendront Ottawa et les provinces. Il a répété que le fédéral répondra présent pour aider les provinces, que ce soit avec l’armée à court terme ou par le biais de ressources ou d’investissements à moyen ou à long terme. « Il y a tout un éventail de besoins, tout un éventail de situations partout au pays. Une solution unique du gouvernement fédéral n’est pas la meilleure façon de régler la situation », a-t-il toutefois reconnu.

 

Les désaccords commencent

M. Trudeau s’est entretenu avec ses homologues provinciaux jeudi soir pour discuter de la crise. Les premiers ministres ont notamment abordé le souhait d’Ottawa de voir tous les travailleurs du pays avoir droit à dix jours de congé de maladie payés par année — ce qui relèverait encore là de la juridiction des provinces. Le gouvernement fédéral veut éviter que des citoyens, qui ne peuvent pas se permettre de perdre encore leurs revenus, aillent travailler cet automne même s’ils ont des symptômes grippaux qui pourraient s’apparenter à ceux de la COVID-19.

Le premier ministre a reconnu qu’il existe une « variété de perspectives » parmi ses homologues provinciaux. Le premier ministre québécois, François Legault, s’est inquiété du coût d’un tel changement au Code du travail. Une préoccupation partagée par plusieurs autres provinces, selon nos informations.

M. Trudeau a réitéré qu’Ottawa en paierait la « grande partie ». Il n’a toutefois pas encore proposé de formule de partage des coûts à ses homologues. Dans un premier temps, ces dix jours de congés maladie seraient financés par les gouvernements pour éviter d’imposer un fardeau financier aux entreprises frappées par la crise. Ottawa envisage de créer un tout nouveau programme ou de verser les sommes par le truchement du programme d’assurance-emploi.

Le premier ministre fédéral a en outre parlé à ses homologues de la possibilité d’ajuster l’entente entre le Canada et les États-Unis sur la fermeture de la frontière pour permettre la réunification de familles rapprochées. Ottawa songe à autoriser l’entrée au pays pour les conjoints, les enfants ou les parents de citoyens canadiens ou résidents permanents qui ne peuvent pas venir au Canada à l’heure actuelle.

L’idée ne fait cependant pas l’unanimité parmi les provinces. Celles de l’Ouest, qui sont moins touchées par la pandémie, sont plus disposées que celles de l’Est à relâcher les restrictions frontalières, a relaté M. Legault. « On pense qu’on devrait restreindre la circulation des familles, des touristes, encore quelques mois », a-t-il précisé.

650 millions pour les Autochtones

Ottawa bonifie l’aide versée aux Autochtones pour traverser la pandémie. Aux 700 millions de dollars déjà consentis, notamment pour venir en aide aux entreprises, le gouvernement ajoute une somme de 650 millions de dollars. Une part de 285 millions de dollars servira à améliorer les soins de santé et une autre de 270 millions de dollars ira à un programme de soutien au revenu dans les réserves. Le reste servira à construire puis à gérer douze refuges pour femmes et filles autochtones victimes de violence — dix dans les réserves et deux dans les territoires. « Bien que nous ayons fait des progrès, certaines communautés ne sont toujours pas suffisamment équipées pour répondre à une éclosion de COVID-19 », a fait valoir le premier ministre Justin Trudeau. Cet argent, a-t-il précisé, servira à embaucher des infirmières dans les communautés et à acheter du matériel spécialisé.


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