L’armée décrit l’horreur dans les CHSLD en Ontario

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est dit troublé par les constats faits par les militaires dans les cinq CHSLD où ils ont été appelés en renfort par son gouvernement.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, s’est dit troublé par les constats faits par les militaires dans les cinq CHSLD où ils ont été appelés en renfort par son gouvernement.

Agressivité du personnel soignant, médicaments périmés, présence de coquerelles : le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dévoilé mardi après-midi un rapport accablant des Forces armées canadiennes sur les cinq résidences ontariennes pour aînés où des soldats ont été déployés.

« C’est le rapport le plus dur que j’ai lu de toute ma vie », a déclaré Doug Ford en point de presse, qualifiant les informations contenues dans le rapport d’« horribles » et de « choquantes ». Le premier ministre canadien Justin Trudeau a, quant à lui, parlé d’un rapport « extrêmement dérangeant ».

« J’ai eu de la tristesse, j’ai été choqué, j’ai été déçu, j’ai été fâché, a-t-il mentionné. Je pense qu’on voit une situation qui évidemment est une réalité liée actuellement à la COVID, mais qui est là depuis longtemps et que nous devons entreprendre en tant que pays à améliorer. »

L’armée a également préparé un rapport sur son déploiement dans 25 CHSLD du Québec, qui a été expédié au gouvernement provincial mardi en fin de journée. On ignore si les constats des soldats canadiens y ont été aussi dramatiques qu’en Ontario. Mais une source fédérale a confié au Devoir que les conclusions n’étaient pas reluisantes. Une autre personne a expliqué que le fait que le rapport ait été préparé en cours de mission, plutôt qu’après la fin du déploiement des Forces armées, suggère qu’il y avait un « enjeu sanitaire ».

Depuis plusieurs semaines, les témoignages faisant état d’une qualité de soins déficiente, de patients laissés à eux-mêmes et de conditions hygiéniques déplorables dans certains CHSLD et résidences pour aînés du Québec se bousculent dans les médias. Le bureau du coroner a en outre ouvert une enquête sur la mort suspecte de 51 résidents de la résidence Herron dans l’ouest de l’île de Montréal.

 

Des résidences en crise

En point de presse, le premier ministre Doug Ford a plaidé pour que « cette tragédie serve de prise de conscience [wake-up call] pour tout le pays ». La crise de la COVID a mis au jour les failles profondes du réseau de soins de longue durée qui a été négligé pendant des années, a-t-il argué. La voix nouée par l’émotion, le premier ministre Ford a assuré qu’il allait « remuer ciel et terre pour réparer ce système, peu importe ce qu’il faudra et combien ça coûtera ».

Le rapport de l’armée dresse point par point les défaillances notées dans les cinq résidences de la région de Toronto qui étaient « en situation de crise » lorsque l’armée est arrivée en renfort. Des soldats ont rapporté avoir été témoins de patients criant à l’aide parfois pendant deux heures avant d’obtenir du soutien ou encore de résidents s’étant étouffés après avoir été nourris ou abreuvés sans que leur tête ait été adéquatement soulevée. Certains aînés n’avaient pas pris de bains depuis des semaines et plusieurs avaient des escarres. D’autres étaient en détresse après avoir été coupés de contacts avec leur famille sans pour autant bénéficier d’un soutien psychologique. Certains résidents ne recevaient pas trois repas par jour.

L’armée rapporte également de nombreuses défaillances dans la prévention et le contrôle des infections : des patients ayant contracté la COVID-19 circulaient à leur guise dans la résidence, du personnel passait des zones chaudes aux zones froides et du matériel médical souillé était utilisé.

Multiples enquêtes

« Il est choquant que cela puisse se produire ici au Canada », a regretté le premier ministre Ford, ajoutant que la lecture du rapport l’avait hanté une partie de la nuit. « Il y aura justice pour ces résidents et leur famille », a-t-il dit.

Déjà, le gouvernement ontarien a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les allégations rapportées par l’armée. Le Bureau du coroner en chef enquête sur un décès. Et la Direction de l’inspection du ministère des Soins de longue durée va enquêter sur certains incidents graves rapportés par l’armée.

Queen’s Park avait en outre déjà annoncé le lancement en septembre d’une commission indépendante sur le système de soins de longue durée. « Nous avons besoin de réponses », a dit Doug Ford.

Il est choquant que cela puisse se produire ici au Canada. Il y aura justice pour ces résidents et leur famille.

Les cinq centres de soins de longue durée visés par le rapport de l’armée sont : Eatonville Care Centre à Etobicoke, Hawthorne Place Care Centre à North York, Orchard Villa à Pickering, Altamount Care Community à Scarborough et Holland Christian Homes’Grace Manor à Brampton.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré plusieurs fois qu’il fallait que les choses changent et qu’Ottawa aiderait les provinces. « Le gouvernement fédéral sera là pour appuyer les provinces dans le travail qu’elles devront faire », a-t-il mentionné.

Le rapport sur les abus constatés dans les résidences pour aînés en Ontario est daté du 14 mai. Les bureaux des ministres de la Sécurité publique et de la Défense, Bill Blair et Harjit Sajjan, affirment en avoir obtenu copie seulement le 22 mai. Le gouvernement ontarien a été alerté cette fin de semaine.

Prolongement de la mission

Les gouvernement québécois et ontarien ont par ailleurs demandé à Ottawa de prolonger le déploiement de soldats dans leurs résidences de soins de longue durée. Le premier ministre ontarien Doug Ford a indiqué souhaiter que l’armée prête main-forte 30 jours de plus en Ontario, au-delà de la date prévue de la fin de la mission le 12 juin.

Justin Trudeau a indiqué que les gouvernements discuteraient de cette demande. « Mais bien sûr, nous allons être là pour aider », a-t-il assuré.

Avec Hélène Buzzetti

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11 commentaires
  • Jacques Bordeleau - Abonné 27 mai 2020 05 h 41

    Horreur

    Hélas, trois fois hélas, à tous ceux qui sont prompts à accabler le Québec et à le comparer négativement, voyez que l'enfer est partagé et qu'il se dévoilera à nos yeux de plus en plus et un peu partout. Nous sommes dans la même galère, à des degrés divers peut-être, mais pas tant que ça quand on aura compté de la même façon partout au Canada. Il faudra bien un jour que Statistique Canada fasse le ménage et la vérité dans le fatras des chiffres qui nous sont diversement présentés.
    Par ailleurs, Ottawa qui se désole avec nous et avec raison doit se faire rappeler que de 50 %, sa participation aux defraiement des coûts de santé à été ramenée progressivement à 23% actuellement. Si on commençait par ça ?

    Jacques Bordeleau

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 mai 2020 10 h 45

      Et n'oublions pas les coupures dans la santé par des gouvernements néolibéraux successifs, que ce soit au Québec, ou en Ontario. N'oublions pas aussi les larmes de crocodile de Doug Ford qui a coupé les inspections dans les maisons de repos à longue durée depuis son arrivée au pouvoir. La prochaine fois que les premiers ministres des provinces veulent réduire les dépenses dans les services publics, qu'ils se rappellent que ces coupures ont un effet pervers sur de vraies personnes qui en souffrent les conséquences.

    • Michel Belley - Abonné 27 mai 2020 13 h 10

      Ce qu'il faudrait savoir, c'est si ces situations déplorables sont dues à un manque de personnel depuis longtemps, ou à un manque de personnel dû au coronavirus, avec d'une part des préposés aux bénéficiaires malades et d'autres parts, des préposés qui ont simplement quitté leur emploi à cause de leur crainte du virus.
      Comme ce virus n'est généralement qu'une grippe pour les personnes en bonne santé, la crainte du Covid est, à mon avis, très exagérée, et c'est cette peur maladive qui pourrait être la véritable cause des problèmes actuels dans plusieurs CHSLD.

      Quant à l'espoir que tout peut s'améliorer dans le futur pour les CHSLD, j'ai des très gros doutes. Comme l'argent ne tombe pas du ciel, que les gouvernements s'endettent énormément et qu'une grosse récession pointe à l'horizon, alors même que la population vieillit et qu'on a de plus en plus de personnes retraitées, les gouvernements vont devoir couper dans leurs dépenses... et ça va inclure la santé et les soins en tout premier lieu…
      De plus, avec le réseau scolaire et l'idée de garder les élèves à 2 m les uns des autres, il va falloir augmenter le nombre de classes et le nombre de professeurs, ce qui est irréaliste en temps de récession. Et garder les enfants à la maison avec l'enseignement à distance, c'est aussi mettre de la pression sur les parents qui ont besoin de travailler et qui n'ont pas les moyens de payer du gardiennage.

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 mai 2020 16 h 12

      À monsieur Michel Belley: Les problèmes dans les CHSLD et les maisons de repos ne datent pas d'aujourd'hui, ils existent depuis longtemps et les protecteurs de citoyens ont déjà sonné l'alarme à plusieurs reprises. C'est le résultat de la négligence de plusieurs gouvernements néolibéraux qui ont privilégié les coupures dans les services publics, que de mettre les fonds nécessaires dans les maisons de repos à long terme.
      De plus, comment se fait-il que l'on ne grimpe jamais les rideaux quand il s'agit des dépenses de l'état en cadeaux, ou en subventions aux grandes entreprises privées telles que Bombardier, Rona ou le Cirque du Soleil, mais l'on s'offusque aussitôt que nos gouvernements dépensent nos impôts pour combler les urgences criantes dans nos services publics?

    • wisner Joselyn - Abonné 27 mai 2020 17 h 51

      Quand les chiffres de sur-mortalité (Mortalité pour la période où le COVID-19 faisait rage à laquelle on retranchera la mortalité moyenne basée sur les années antérieures), vont être disponibles, je vous parie que le constat sera à peu de choses près le même, c'est-à-dire que la mortalité due au virus sera plus élevée au Québec suivi de l'Ontario. Bien sûr que la question du sous financement joue un rôle, mais à mon avis c'est le choix que la société Québécoise à fait de garder autant de personnes âgées en institution ainsi que le (peu) respect qu'on a pour ceux-ci qui ont le plus pesé. Pensez-y, même si vous avez la même prévalence (il n'y a pas de raison jusqu'ici de douter qu'il n'en soit pas ainsi) dans le milieu des CHSLD qu'ailleurs au pays, avec plus de gens en institution qu'ailleurs, vous risquez d'avoir proportionnellement plus de victimes. Je crois que le manque d'argent est surtout responsable du manque de soignante (salaire exécrable qui rend cette profession très peu attrayante) donc du manque de soins mais de grâce, arrêtons de faire semblant que le sort des personnes âgées nous tient à coeur, nous avons collectivement préféré confier à l'état l'essentiel de cette responsabilité (Je ne dis pas que tous individuellement l'ont fait. Je généralise de la même manière qu'on généralise sur l'effet de n'importe quelle politique sociale ne touchant pas de façon universelle l'ensemble de la société mais au moins une bonne majorité de celle-ci) voilà que nous nous montrons émus quand la machine technocratique montre ces lacunes. Non, nous ne devons pas, nous ne pouvons pas nous en tirer si facilement. Ce calice, nous allons le boire collectivement jusqu'à la lie.

  • Samuel Prévert - Inscrit 27 mai 2020 07 h 10

    Et le rapport sur la langue française?

    L'émotion de Ford se justifie. On aimerait qu'il en éprouve aussi envers les Canadiens français et leur langue.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 27 mai 2020 07 h 29

    Une telle situation dans le Dominion est ignoble!

    Je constate, comme les autres citoyens, que le Canada, que je nomme plus souvent comme le Dominion, n'a pas, comme l'Ontario et le Québec, de quoi être fier! Évidemment, c'est grâce à une source indépendante, l'Armée ici, que la réalité est affichée au grand jour! Pas en catimini, comme nous le savons avec la ministre M. Blais du Québec et une armée de gestionnaires qu'il faudra mettre au pas, sinon en virer plusieurs! Je n'ose en dire plus devant la détresse de ceux et celles qui ont de la famille dans de tels établissements en souhaitant que des mesures sérieuses soient entreprises! Quand on parle de pays de bananes i n'y a pas de quoi s'en moquer mais plutôt de les aider à combattre de telles atitudes et de leur fournir des moyens adéquats!

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 mai 2020 08 h 15

    Noir Canada

    Il y a un livre, Noir Canada, qui montraiit des traits non louables du Canada à l'étranger. Maintenant, on voit ce comportement dans ses murs.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 mai 2020 08 h 27

    Affronter

    Dans l'autre article, Affronter la COVID-19 et la canicule, on ne peut commenter. On y parle de l'actuelle course pour climatiser les CHSLD, on dit que Madame la Ministre Blais ne croit pas réussir... mais hier à TVA, le journaliste Michel Jean a montré une entreprise Loue froid, qui a écrit en avril au Gouvernement pour offrir de climatiser tout ce qui a besoin de l'ëtre. Pas de réponse. Un paquet de climatiseurs sont dans on entrepôt maintenant en chômage alors qu'on annonce 42 degrés, ressentis. Parfois il y a des décisions, bonnes ou mauvaises mais il y a aussi des non-décisionis prises par des non-personnes qui font mal..