Interdiction des armes d’assaut: l’exemption aux Autochtones dérange

Le chef du Bloc québécois, Yves-François, a dit faire cette sortie publique en tant qu'allié des Autochtones.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois, Yves-François, a dit faire cette sortie publique en tant qu'allié des Autochtones.

Le Bloc québécois s’interroge sur le bien-fondé de l’exemption accordée aux Autochtones par Ottawa dans son décret interdisant les armes d’assaut de type militaire. Ces derniers sont tout autant surpris, n’ayant pas formulé cette demande au gouvernement fédéral.

« Je doute qu’une communauté ou une nation autochtone dise qu’elle veut préserver le droit d’utiliser des armes d’assaut pour faire de la chasse, activité traditionnelle. Le gouvernement doit clarifier cet aspect-là », a lancé le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, en conférence de presse.

M. Blanchet dit faire cette sortie publique parce qu’il est l’allié des Autochtones. « La réaction de beaucoup de gens au Québec a été peu sympathique aux communautés autochtones, présumant qu’elles voulaient avoir quelque chose comme un droit de chasser au nom de la tradition avec des armes d’assaut. »

La semaine dernière, Ottawa a inscrit quelque 1500 modèles et variantes d’armes d’assaut sur la liste des armes prohibées au pays. Le premier ministre Justin Trudeau a justifié sa décision par le fait que ces armes sont conçues pour « tuer le plus grand nombre de personnes possible le plus rapidement possible » et ne servent pas à la chasse. « Vous n’avez pas besoin d’un AR-15 pour abattre un cerf », avait-il dit. Or, le gouvernement accorde une exemption aux Autochtones et « ceux qui chassent pour se nourrir ».

En entrevue avec Le Devoir, le chef de la section québécoise de l’Assemblée des premières nations, Ghislain Picard, s’en étonne lui aussi. Il rappelle que le gouvernement avait consulté les communautés il y a environ un an sur son projet d’interdiction. « Je douterais fort — je n’ai pas fait le tour systématiquement au niveau national — que les communautés aient été consultées là-dessus. Je suis prêt à l’avancer pour le Québec. »

Certes, continue le chef Picard, les Autochtones ont traditionnellement demandé d’être soustraits aux mesures de contrôle des armes à feu au nom de leurs droits ancestraux de chasser. Mais ces droits, affirme-t-il, n’ont pas été évoqués dans le contexte de cette consultation sur les armes d’assaut. « On ne s’est jamais rendu aussi loin que ça. […] D’où ça vient ? C’est plus le gouvernement qui a réponse à ça. »

M. Picard dit avoir interpellé le bureau du ministre des Services aux Autochtones pour se faire expliquer la raison de cette exemption. « J’ai essayé d’en savoir davantage auprès du ministre [Marc] Miller, mais je suis toujours en attente de détails sur la logique du gouvernement pour l’ajout de cette exception. » Personne au bureau du ministre n’avait répondu au Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.