Le Parlement se réorganise pour le temps de la crise

Le premier ministre, Justin Trudeau, a rendu hommage aux victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse devant des banquettes presque vides, lundi, à la Chambres des communes.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre, Justin Trudeau, a rendu hommage aux victimes de la tuerie en Nouvelle-Écosse devant des banquettes presque vides, lundi, à la Chambres des communes.

Malgré les protestations des libéraux, des bloquistes et des néo-démocrates, la Chambre des communes a repris ses travaux lundi parce que les conservateurs avaient refusé le compromis proposé pour éviter de siéger pendant la pandémie. Mais l’exercice se sera avéré vain pour Andrew Scheer, puisque les libéraux ont réussi à imposer par un vote à majorité la formule que les conservateurs avaient rejetée.

La motion qu’a fait adopter le gouvernement lundi après-midi instaure une période de questions en personne de deux heures et quart le mercredi à laquelle se soumettra le premier ministre Justin Trudeau. Cela équivaut à la durée de trois périodes de questions régulières.

À cette séance s’ajoutera une session virtuelle hebdomadaire à compter de la semaine prochaine, qui passera à deux séances virtuelles par semaine à compter du 4 mai. Le gouvernement espère qu’à compter du 25 mai, les instances de la Chambre des communes auront concocté une formule fiable pour siéger régulièrement de manière virtuelle.

La motion a été adoptée à 22 voix pour et 15 contre. Seuls les conservateurs s’y sont opposés. La séance de lundi ayant compté pour la séance hebdomadaire en personne, la Chambre ne siégera plus d’ici mercredi prochain.

Lorsque la Chambre a ajourné ses travaux le 13 mars dernier pour cause de pandémie de COVID-19, on avait convenu qu’elle reprendrait ses activités le 20 avril. Jugeant un tel retour prématuré, les libéraux avaient concocté au cours des derniers jours une proposition à laquelle s’étaient ralliés le Bloc québécois et le NPD, mais pas les conservateurs. Leur chef, Andrew Scheer, exigeait que le Parlement siège en personne au moins trois fois par semaine. En l’absence d’entente, la Chambre a été obligée de revenir, comme prévu, lundi.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, ne s’est pas gêné pour accuser les conservateurs d’être responsables d’une « prise d’otage des institutions parlementaires à des fins partisanes » et de « tataouinage » qui « n’intéresse pas beaucoup le proverbial vrai monde ».

Andrew Scheer a répliqué en rappelant que tous les partis avaient approuvé le 13 mars un retour du Parlement le 20 avril. « M. Blanchet a mal compris le rôle des députés de l’opposition. C’est le rôle de l’opposition de s’assurer qu’il y a de la transparence et de la responsabilisation. M. Trudeau n’a pas besoin d’un autre cheerleader. »

Le premier ministre Justin Trudeau s’est montré plus circonspect en point de presse puisqu’il réagissait à la tuerie survenue en Nouvelle-Écosse en fin de semaine. « Je ne vais pas m’immiscer dans des chicanes partisanes. Je pense que ce n’est pas quelque chose que les Canadiens veulent voir. »

M. Trudeau fait valoir que, même lorsqu’il n’y a qu’une poignée de députés siégeant à la Chambre, beaucoup d’employés de soutien doivent aussi se déplacer. La Chambre des communes indique qu’entre 55 et 58 employés doivent être présents. À cela s’ajoutent le personnel politique de chaque parti et les gardiens, que le service ne veut pas énumérer pour des raisons de sécurité.

Les conservateurs reprochent cependant à M. Trudeau de ne pas les tenir informés de l’état de la situation, alors qu’au Québec, François Legault discute avec ses homologues de l’opposition deux fois par semaine au téléphone.

M. Blanchet aurait préféré que le Parlement ne siège en personne que lorsqu’il faut voter une mesure d’aide. Le NPD s’est rallié à la proposition du gouvernement, mais, au départ, il militait lui aussi, avec le Parti conservateur, pour la tenue d’au moins une séance par semaine en personne. Le Parti vert, n’étant pas officiellement reconnu à la Chambre, n’a pas pris part aux négociations. Mais sa cheffe, Elizabeth May, s’oppose aux séances en personne.

Revoyez le point de presse de Justin Trudeau du 20 avril