L'impasse persiste sur la réouverture du Parlement

Selon Andrew Scheer, c’est seulement grâce à des séances aux Communes en personne, en groupe restreint, trois fois par semaine, que l’opposition pourra demander des comptes au gouvernement sur sa gestion de la crise provoquée par la pandémie.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Selon Andrew Scheer, c’est seulement grâce à des séances aux Communes en personne, en groupe restreint, trois fois par semaine, que l’opposition pourra demander des comptes au gouvernement sur sa gestion de la crise provoquée par la pandémie.

Le Parti conservateur s’entête à réclamer au moins trois séances hebdomadaires en personne à la Chambre des communes. Et cette position, à moins d’entente de dernière minute, forcera le rappel des 338 députés lundi matin, à Ottawa.

« Pour moi, c’est un peu frustrant », a lâché en point de presse dimanche le premier ministre Justin Trudeau, avant de qualifier l’opposition officielle de « déraisonnable ». « Nos autorités, nos experts […] nous disent qu’il faut continuer à prendre des choix responsables, à limiter nos déplacements. Et il me semble que c’est assez évident que le Parlement ne devrait pas revenir de la même façon qu’il était avant, dès demain », a-t-il noté.

Le Bloc québécois a lui aussi critiqué l’adversaire conservateur dimanche. « Le Parti conservateur pense pour le Parti conservateur, ce qui ne va pas nécessairement dans le sens des besoins de la population », a pesté Alain Therrien, leader parlementaire bloquiste.

Le Parlement est un service essentiel [...] en tout temps et deux fois plus en temps de crise

« Je ne comprends plus ce parti-là. Je ne comprends pas qu’il y a des conservateurs québécois dans ce caucus-là qui acceptent de revenir trois jours par semaine pendant que le Québec est au pic de sa contagion », a enchaîné le député, au bout du fil.

Les travaux parlementaires aux Communes ont été suspendus le 13 mars jusqu’au 20 avril, grâce à un accord unanime des partis reconnus en Chambre. Il faut un pareil accord de ces mêmes partis pour que les travaux ne reprennent pas lundi matin.

En point de presse, dimanche après-midi, Andrew Scheer, chef par intérim du Parti conservateur, s’est appuyé sur la motion adoptée le 13 mars pour justifier un retour le 20 avril.

« C’est n’importe quoi », a lâché M. Therrien. Le député a rappelé que, le 13 mars, on ne savait pas où on en serait à ce moment-ci de la pandémie.

Bloquistes, néo-démocrates et libéraux s’entendent pour que la suspension des travaux parlementaires continue jusqu’au 24 mai, au moins. Entre-temps, ils proposent de tenir aux Communes, chaque semaine, une séance en groupe réduit, en personne, et deux séances virtuelles.

Le conservateur Scheer n’en démord pas. « Les séances doivent se tenir trois fois par semaine », a-t-il répété. « Le Parlement est un service essentiel, a-t-il dit, essentiel en tout temps et deux fois plus en temps de crise. » Puis, il a accusé Justin Trudeau « d’essayer de remplacer le Parlement par des conférences de presse ».

Selon M. Scheer, c’est seulement grâce à des séances aux Communes en personne, en groupe restreint, trois fois par semaine, que l’opposition pourra demander des comptes au gouvernement sur sa gestion de la crise provoquée par la pandémie.

Un retour des élus aux Communes signifie aussi un retour au travail sur place pour des centaines d’employés de soutien dans un lieu où la distanciation sociale est difficile à respecter. M. Scheer a esquivé les questions sur le sort de ces employés, se limitant à répéter que sa proposition est « sensée ».

Même s’il n’y a pas d’entente, lundi matin, ils ne seront que trois députés bloquistes à se déplacer jusqu’à Ottawa. Deux d’entre eux, le chef, Yves-François Blanchet, et le leader parlementaire, Alain Therrien, seront accompagnés des membres de leur cabinet.

M. Scheer a laissé entendre que les conservateurs ne seraient pas non plus tous là, sans préciser combien d’entre eux iront aux Communes.

Les sénateurs, de leur côté, se sont entendus pour reporter leur retour aux travaux parlementaires au 2 juin.

Les bilans à venir

Justin Trudeau estime qu’il faudra enquêter, éventuellement, sur les responsabilités de la Chine et d’autres pays dans cette pandémie. Mais pour le moment, « la priorité doit demeurer pour moi et pour les autres leaders comment on va protéger nos citoyens aujourd’hui et demain, comment on va s’assurer qu’on a tout ce qu’il nous faut pour nous garder en sécurité ».

Pour ce qui est d’un retour sur l’état de préparation du Canada lorsque la pandémie a frappé, le premier ministre n’hésite pas à faire un mea culpa. « Quand on vit une crise comme ça, avec les tragédies qu’on est en train de voir, on ne peut jamais dire qu’on était tout à fait préparé », a-t-il fait remarquer.

« On s’est rassemblés pour pouvoir mettre en place des mesures pour protéger les gens, pour freiner la propagation de ce virus [d’une] façon qui est bien positive, comparée à d’autres pays, a-t-il ajouté. Mais même si nous, on a une meilleure histoire que d’autres pays à raconter, on ne va pas se tromper, c’est une tragédie extraordinaire et atroce pour trop de familles. »

Il y a eu plus de 550 000 tests effectués au Canada jusqu’à maintenant. Ces tests ont décelé 35 050 cas confirmés et probables. La COVID-19 a provoqué la mort de 1650 Canadiens. Le Québec reste la province la plus touchée par le virus, suivi de l’Ontario et de l’Alberta.

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