Dure bataille pour trouver de l’équipement médical

Justin Trudeau et François Legault ont tenté de se faire rassurants quant aux craintes de pénurie d’équipement médical au pays. Ottawa a reçu d’importants arrivages et il les distribuera bientôt, tandis que Québec martèle qu’il est prêt à jouer dur pour obtenir son lotdes fournitures expédiées de l’étranger. Quant à la surenchère à laquelle s’adonnent les États-Unis pour faire le plein de matériel de protection, M. Trudeau a indiqué que son gouvernement est en discussion avec Washington pour protéger l’approvisionnement canadien.

Les risques de pénurie de fournitures médicales préoccupent tout le pays.Justin Trudeau devait d’ailleurs en discuter avec ses homologues provinciaux lors d’une réunion téléphonique jeudi soir.

Le premier ministre fédéral avait cependant de bonnes nouvelles en début de journée. Le Canada a reçu plus d’un million de masques mercredi soir, ce qui s’ajoute aux 10 millions reçus plus tôt cette semaine.

Ottawa s’est en outre fait offrir 500 000 masques par une fondation et a pigé dans sa réserve fédérale pour en récupérer encore 700 000 qui seront à leur tour expédiés aux provinces « aussi vite que possible », a promis M. Trudeau.

Même chose pour 174 respirateurs artificiels et des milliers de gants et d’écouvillons.

La ministre de la Santé fédérale, Patty Hajdu, a expliqué que tout cet équipement sera distribué selon la taille de la population des provinces, mais aussi en fonction des besoins plus criants dans certaines régions — un calcul en voie d’être terminé.

« C’est un calcul minutieux qui tient compte de la population, mais aussi du besoin de préserver la capacité de redéployer rapidement des ressources dans une région qui voit une augmentation de cas. »

Le gouvernement fédéral dispose d’une réserve d’équipement de protection individuelle. Mais il refuse de révéler ce qu’elle contient et en quelle quantité. En coulisses, on indique que le nombre fluctue de jour en jour et que, pour des raisons de sécurité nationale, on ne le révèle pas.

Mercredi, le premier ministre québécois, François Legault, avait indiqué que, grâce à quelques commandes arrivées récemment, les stocks d’équipements médicaux du Québec étaient encore suffisants pour durer au moins une semaine.

Pour la suite des choses, M. Legault a argué jeudi qu’il était prêt à jouer du coude lui aussi pour s’approvisionner dans un marché où « ça joue dur ».

« Oui, les prix ont augmenté, mais ça n’a pas de valeur, pour moi, la vie des Québécois », a-t-il lancé, en assurant que des millions d’équipements de protection individuelle sont en route vers le Québec.

M. Legault a également accepté les 25 000 masques et les gants que lui a offerts le président d’Air Transat.

Le gouvernement québécois a recours à des méthodes non orthodoxes pour assurer la livraison à bon port des masques, blouses et gants qu’il a commandés.

«On joue, nous aussi, selon les règles du jeu. Ça veut dire que, des fois, il faut arriver avec de l’argent comptant, il faut avoir des policiers, des gens qui suivent tout le transport », a-t-il lancé. Une cargaison de masques N-95 en provenance de la Chine a été détournée jeudi vers l’Ohio, aux États-Unis, après avoir pourtant été livrée comme prévu à Saint-Lambert, a révélé Le Journal de Montréal.

Les États-Unis agressifs

Justin Trudeau a dit être au fait de ces allégations. « J’ai vu avec une grande préoccupation ce rapport qui soulignait qu’il y aurait peut-être eu détournement. On est très inquiets et on va faire des suivis », a-t-il assuré.

Il a demandé à ses ministres des Transports et de la Sécurité publique de se pencher sur la question pour vérifier « ce qui s’est passé et surtout pour s’assurer que l’équipement destiné au Canada arrive au Canada ».

M. Trudeau dit que des discussions « pour souligner cet enjeu spécifiquement » ont déjà été entamées avec les autorités américaines. « On travaille ensemble. On comprend que les besoins aux États-Unis sont criants, mais les besoins au Canada sont criants aussi. »

Dans ce contexte, la ministre de la Santé, Patty Hajdu, encourage les provinces à passer par Ottawa pour placer leurs commandes afin d’accroître leur pouvoir d’achat. « Cela nous donne plus de poids lorsque nous travaillons en tant qu’Équipe Canada pour faire ces commandes et pour faire la logistique par la suite afin de nous assurer que la livraison se fasse depuis plusieurs pays comme la Chine. »

Le gouvernement québécois a refusé de commenter cette possibilité.

L’Association médicale canadienne (AMC) dit craindre une pénurie imminente, après avoir consulté 5000 de ses membres. Plus d’un tiers des médecins en soins communautaires — comme des cliniques sans rendez-vous — manquent déjà de masques N-95, de protecteurs faciaux, de lunettes de sécurité ou s’attendent à en manquer d’ici deux jours.

Des scénarios dévoilés « bientôt »

Par ailleurs, le gouvernement fédéral refuse toujours de révéler les scénarios sur lesquels il se penche dans sa gestion de la pandémie de coronavirus : Combien de temps pourrait durer la crise ? Combien de décès pourraient survenir ? Aucune information n’a filtré jusqu’à présent. Le premier ministre a indiqué que c’est parce que cela ne serait pas utile.

« Les gens peuvent s’imaginer l’éventail de scénarios allant de “Tout le monde va soudainement mieux au cours des prochaines semaines” à “La situation continue d’empirer et nous faisons face à une situation similaire à celle vécue par d’autres pays les plus affectés”. Il y a un éventail et le souligner n’est pas aussi utile ou important que d’être capable d’avoir des chiffres et des analyses clairs à propos de ce qu’on est susceptibles de vivre. »

M. Trudeau s’est tout de même engagé à fournir certaines de ces informations d’ici peu. « Je sais que beaucoup de gens se demandent quand les choses iront mieux ou à quel point elles empireront. Vous voulez voir des chiffres et des prédictions. […] Je comprends. Nous aurons plus d’information bientôt. »

Il devait aussi aborder cette question lors de son appel à ses homologues provinciaux. Le premier ministre Doug Ford a déjà indiqué qu’il dévoilera vendredi les scénarios sur lesquels travaille l’Ontario.