Pas de garantie contre les pénuries de masques, dit Trudeau

M. Trudeau s’est dit disposé à piger dans la réserve fédérale d’équipement médical.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne M. Trudeau s’est dit disposé à piger dans la réserve fédérale d’équipement médical.

Justin Trudeau assure qu’il fera tout le nécessaire pour éviter une pénurie de matériel médical au Québec ou ailleurs au pays. Ottawa pigera dans ses réserves fédérales et négociera avec les autres provinces afin d’allouer les masques disponibles à ceux qui en ont le plus besoin. Mais M. Trudeau a aussi concédé mercredi qu’il ne peut pas garantir que les pénuries appréhendées seront évitées.

« Dans cette situation, on ne peut rien garantir », a laissé tomber le premier ministre fédéral lors de son point de presse quotidien mercredi. La veille, le premier ministre québécois François Legault avait brandi le risque d’une pénurie d’équipement médical de protection personnelle d’ici trois ou sept jours au Québec.

« On est en train de travailler extrêmement fort pour combler les différents besoins, pour s’assurer que l’équipement nécessaire qui arrive d’outre-mer soit bien distribué à travers le pays. […] Nous allons continuer de travailler avec les provinces pour combler ces besoins », a assuré M. Trudeau. « Mais beaucoup dépend des choix que les citoyens vont faire », a-t-il insisté, en rappelant aux citoyens qu’ils devraient rester chez eux.

M. Trudeau s’est dit disposé à piger dans la réserve fédérale d’équipement médical. « La réserve fédérale est là pour aider les Canadiens où ils en ont besoin », a-t-il affirmé, sans toutefois élaborer sur le type de matériel qui pourrait être envoyé au Québec dans l’urgence ni quand.

Le premier ministre a en outre affirmé qu’il « est en train de travailler extrêmement fort avec les autres provinces pour voir s’il y a des options pour venir en aide au Québec et aux régions qui ont besoin de plus d’équipement ». Mais là encore, M. Trudeau n’a pas offert de précisions. Ses ministres étaient tout aussi avares de détails mardi.

Tout au plus M. Trudeau a-t-il martelé que le Canada attend des livraisons d’équipement médical « dans les prochains jours, si ce n’est pas avant ».

Quant aux citoyens qui commencent déjà à en avoir marre d’être enfermés chez eux et les entreprises qui craignent de ne pouvoir se remettre de la crise, Justin Trudeau a concédé qu’il faudrait encore patienter un bout de temps. Une note interne gouvernementale obtenue par le National Post laisse entendre que « dans le meilleur des scénarios, les mesures actuelles devraient être maintenues jusqu’au mois de juillet ». La note ne précise toutefois pas de quelles mesures il s’agit – que ce soit les mesures de confinement ou simplement celles d’aides financières offertes par Ottawa.

M. Trudeau n’a néanmoins pas exclu que des « mesures » soient en place jusque-là. « C’est un scénario réaliste. Il y a d’autres scénarios plus courts, d’autres scénarios plus longs », a-t-il nuancé. « Puisque ça ne dépend pas tout simplement d’un gouvernement, ça dépend de tous les citoyens aussi, on est en train de préparer et de regarder un éventail de possibilités. »

La prestation d’urgence dès lundi

Le premier ministre a par ailleurs confirmé que la prestation canadienne d’urgence (PCU) offerte aux travailleurs sans revenus sera disponible à compter de lundi. Ceux qui ont déjà placé une demande d’assurance-emploi verront celle-ci automatique reprise sous le nouveau programme de la PCU. Les autres pourront réclamer la PCU sur Internet dès lundi. Pour éviter que le site du gouvernement fédéral ne soit surchargé, les citoyens seront invités à placer leur demande sur une période de quelques jours selon leur mois de naissance : le 6 avril pour les citoyens nés entre janvier et mars, le 7 avril pour ceux nés entre avril et juin, le 8 avril pour ceux nés entre juillet et septembre, et le 9 avril pour ceux nés entre octobre et décembre.

« Mais je vous assure que tout le monde recevra son argent », a assuré M. Trudeau. La ministre de l’Emploi Carla Qualtrough a renchéri que ses fonctionnaires sauront traiter rapidement toutes les demandes.

Les versements seront disponibles par chèque ou dépôt direct. « Après, tout ce qu’il va vous rester à faire c’est de confirmer une fois par mois que vous êtes toujours sans emploi », a indiqué le premier ministre.

Le ministre des Finances Bill Morneau précisera quant à lui cet après-midi les modalités de la subvention salariale promise aux entreprises par le gouvernement. Les employeurs pourront demander au fédéral de couvrir jusqu’à 75 % du salaire (plafonné à 58 700 $) de leurs travailleurs. Pour peu qu’ils aient perdu 30 % de leurs revenus en raison de la crise économique engendrée par l’épidémie de la COVID-19.

« Les employeurs qui utilisent cette subvention doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour offrir les 25 % restants du revenu des travailleurs », a insisté M. Trudeau. « Il y aura des amendes légales considérables pour ceux qui vont essayer de profiter du système et de leurs compatriotes », a-t-il réitéré.

Nouveau retour du Parlement

Le premier ministre a enfin annoncé que son gouvernement souhaitait convoquer de nouveau le Parlement pour discuter de l’évolution de ses mesures d’aides annoncées depuis deux semaines.

Les députés et les sénateurs sont revenus à Ottawa la semaine dernière afin de voter le plan d’aide fédéral. Mais depuis, d’autres mesures ont été annoncées et la subvention salariale offerte aux entreprises a été bonifiée (d’une subvention couvrant 10 % des salaires réservée aux petites et moyennes entreprises à une subvention couvrant jusqu’à 75 % des salaires, et ce pour toutes les entreprises).

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, s’était justement plaint mercredi matin que le gouvernement ait annoncé un programme d’aide aux entreprises qui ne correspond pas à celui édicté par le projet de loi d’urgence adopté la semaine dernière. M. Scheer avait suggéré qu’un rappel du Parlement s’impose.

« Nous faisons remarquer qu’il y a une différence entre ce que le premier ministre a annoncé et ce que le projet de loi dit vraiment. Il revient au gouvernement de décider comment procéder, mais s’il veut aller de l’avant avec le programme qui a été annoncé, ils devront amender la loi. Il leur revient de décider ce qu’ils veulent faire ou combien de temps ils sont prêts à attendre pour le faire », a-t-il argué en point de presse dans sa ville de Regina en Saskatchewan.

Invité à dire si c’était une bonne idée de convoquer le Parlement chaque fois que le gouvernement doit réaligner le tir dans la gestion d’une crise en constant changement, M. Scheer a rétorqué que le Parlement est « un service essentiel ». « C’est essentiel que le Parlement demande des comptes au gouvernement, de la transparence et qu’il y ait une analyse critique. »

M. Scheer a fait valoir qu’il était possible de siéger, comme la semaine dernière, en nombre restreint dans le respect des consignes sanitaires provenant des autorités de la santé publique.

Avec Hélène Buzzetti