Coronavirus: Ottawa élargit sa subvention salariale aux grandes entreprises

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau

Justin Trudeau bonifie une fois de plus son aide aux entreprises. Le gouvernement fédéral subventionnera finalement non seulement les salaires des employés des petites et moyennes entreprises, mais aussi ceux des grandes compagnies. Le premier ministre a cependant servi un avertissement à ceux qui seraient tentés de flouer le système : les conséquences seront sévères.

M. Trudeau a précisé les détails de l’aide aux entreprises qu’il avait annoncée vendredi dernier, c’est-à-dire qu’Ottawa subventionnerait les salaires des employés de PME jusqu’à concurrence de 75 % afin de permettre aux entreprises d’éviter d’avoir à mettre à pied leurs employés si leurs activités roulent au ralenti.

Finalement, cette subvention sera offerte à toutes les compagnies, peu importe leur taille. Il suffira de déclarer avoir perdu au moins 30 % de ses revenus en raison de la crise entraînée par l’épidémie de coronavirus. Le plan initial d’Ottawa dévoilé il y a dix jours prévoyait subventionner seulement 10 % des salaires d’employés de PME pendant trois mois. Ottawa subventionnera finalement 75 % de la première tranche de 58 700 $ de chaque salaire, ce qui correspondra à une somme de 847 $ maximum par semaine. La mesure est rétroactive au 15 mars.

« Le but c’est que les gens puissent continuer à recevoir un salaire peu importe s’ils travaillent pour une entreprise qui emploi 10 ou 1000 personnes », a fait valoir M. Trudeau lors de son point de presse quotidien devant sa résidence, où il demeure en isolement pour une période prévue de deux semaines depuis que son épouse Sophie a révélé samedi qu’elle était guérie de la COVID-19.

Le premier ministre a lancé un message aux entreprises, en les invitant à faire preuve de bonne foi et de ne pas abuser du nouveau programme qui devrait être en place « dans les prochaines semaines ».

« On a confiance que vous allez prendre les bonnes décisions. Si vous avez les moyens de payer le 25 % qui n’est pas couvert par la subvention salariale, faites-le. Si vous pensez que vous pouvez déjouer le système ou en tirer profit, ne le faites pas. Il va y avoir des conséquences sérieuses pour ceux qui tentent d’en tirer profit », a prévenu M. Trudeau, sans préciser quelles seraient ces conséquences.

Le premier ministre a nié craindre des abus répandus et a plutôt expliqué que puisque plusieurs programmes gouvernementaux sont concoctés rapidement, dans l’urgence, ceux-ci ne sont peut-être pas entièrement ficelés.

« On comprend que, quand la priorité c’est de donner de l’aide au plus grand nombre de gens le plus rapidement possible, il faut faire les choses rapidement. Et il y a un niveau de confiance qui est exigé de la part des gens, à savoir qu’ils vont bien se comporter, qu’ils ne vont pas profiter du système. Mais je peux aussi rassurer tout le monde que nous allons avoir des systèmes en place dans les semaines à venir pour veiller à ce qu’il n’y ait pas d’abus. Et si jamais il y en avait, il y aurait des conséquences sévères pour quiconque tenterait de tirer profit du système et donc des Canadiens pendant ces moments difficiles », a argué M. Trudeau. Il n’a pas chiffré la facture de la subvention salariale élargie à toutes les entreprises. « Notre préoccupation c’est de s’assurer que les Canadiens sont en sécurité dès maintenant et que notre économie pourra rebondir rapidement », a-t-il fait valoir.

M. Trudeau avait en outre annoncé vendredi dernier la création d’un Compte d’urgence pour les entreprises, en vertu duquel les PME pourront obtenir un prêt sans intérêt de 40 000 $ garanti par le gouvernement fédéral. Une tranche de 10 000 $ pourra même être non-remboursable.

Ottawa avait aussi annoncé que les entreprises n’auront pas à retourner au gouvernement fédéral avant le mois de juin l’argent de la TPS qu’elles collectent, afin là encore de leur permettre de profiter de davantage de liquidités en période de ralentissement économique.

La construction d’oléoducs inquiète

Le premier ministre a par ailleurs indiqué qu’il se pencherait sur la poursuite des travaux d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain – dont le gouvernement fédéral est maintenant propriétaire — alors que ceux-ci se poursuivent malgré l’épidémie de COVID-19.

Les travaux de Trans Mountain et ceux de construction du gazoduc Coastal GasLink, notamment, se poursuivent au grand dam de leurs détracteurs habituels. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a déclaré ces travaux essentiels ce qui fait qu’ils peuvent donc se poursuivre.

« Plusieurs décisions sont en train d’être prises à travers le pays par rapport à qui est un travailleur essentiel, qui ne l’est pas, et quel travail peut continuer en ce moment et lequel ne le devrait pas. Je vais faire un suivi là-dessus », a affirmé M. Trudeau lorsqu’interrogé sur le sujet lundi.

La semaine dernière, le Parti vert du Canada a demandé que les travaux de Trans Mountain et Coastal GasLink soient mis sur pause pour protéger la santé des autochtones. Ces grandes infrastructures traversent ou longent en effet plusieurs communautés.

« Les travailleurs sont transportés par avion », écrivait le parti dans son communiqué de presse. « Ces employés, qui arrivent de l’ensemble du Canada et sont logés dans des camps sur place, pourraient mettre gravement en danger leur propre santé ainsi que celle des populations autochtones voisines. »

Lundi, l’Union des chefs autochtones de Colombie-Britannique a ajouté sa voix aux critiques. Le grand chef Stewart Phillip a rédigé une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau et à celui de la Colombie-Britannique John Horgan, leur demandant de faire cesser les travaux sur Coastal GasLink.

« Nous vous exhortons à agir promptement pour protéger le public de la menace accrue que posent les risques de transmission de la COVID-19 découlant des travaux de construction de Costal GasLink en cours », a-t-il écrit. « L’agrandissement des entreprises économiques ne peut être considéré comme un besoin essentiel lorsqu’il menace directement notre santé et notre bien-être. La menace est trop grande pour les communautés du Nord », note-t-il dans sa missive.

Dans une réponse écrite envoyée au Devoir, Trans Mountain a indiqué qu’elle n’opérait pas à l’heure actuelle de site d’hébergement pour les employés travaillant le long du corridor allant d’Edmonton à Burnaby. Soit les travailleurs se rendent par eux-mêmes au site chaque matin, soit ils y sont conduits par autobus. Trans Mountain assure respecter toutes les règles sanitaires émises par les autorités.

Trans Mountain a été achetée par Ottawa en 2018 au coût de 4,5 milliards de dollars et est maintenant une société d’État.