Jean Charest renonce à un retour en politique

Jean Charest a mis un terme aux spéculations: il ne sera pas de la course à la direction du Parti conservateur.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Jean Charest a mis un terme aux spéculations: il ne sera pas de la course à la direction du Parti conservateur.

Les ambitions de Jean Charest de diriger un jour le Canada étaient connues de tous à Ottawa. Mais, malgré ce désir, l’ancien premier ministre du Québec a choisi de renoncer à briguer la chefferie du Parti conservateur. La course risque donc de ne pas compter de candidat vedette québécois, ce qui vient libérer les appuis de la province, qui aura un poids énorme dans cette course.

« J’ai beaucoup réfléchi. J’ai consulté. Et finalement, je prends la décision de ne pas être candidat », a déclaré Jean Charest en entrevue à Radio-Canada mardi, mettant ainsi fin à des semaines de suspense.

M. Charest fait le constat que le Parti conservateur de 2020 « a beaucoup changé » par rapport au Parti progressiste-conservateur qu’il a quitté en 1998. « Il y a des sujets sur lesquels, moi, j’ai un certain nombre de principes qui ne vont pas changer », a-t-il affirmé.

Plusieurs conservateurs avaient critiqué récemment l’appui de M. Charest au contrôle des armes à feu ou à la tarification du carbone lorsqu’il dirigeait le Québec. Deux positions politiques qu’il a lui-même citées pour expliquer sa décision, en reconnaissant qu’elles sont en porte-à-faux avec celles du Parti conservateur.

C’est notamment pour cette raison que Stephen Harper a d’ailleurs décidé de quitter le Fonds conservateur auquel il siégeait, afin de se défaire de son obligation de neutralité dans la course et ainsi pouvoir militer pour bloquer la route à Jean Charest. Car l’ancien premier ministre conservateur juge que son ex-homologue québécois reste un libéral, qui aurait trop tiré son parti dans cette direction s’il avait accédé à la chefferie. Au sujet de M. Harper, Jean Charest a reconnu que leur relation n’est « pas très bonne, mais disons respectueuse ».

L’ex-politicien québécois déplore en outre que les règles de la course conservatrice soient « très serrées ». « Dans le fond, les règles n’ont pas été écrites pour un candidat qui est de l’extérieur », s’est-il plaint à Radio-Canada. En effectuant un retour au Parti conservateur, il aurait été confronté à une partie du membrariat qui ne lui aurait pas été favorable et il aurait eu à recruter de nombreux nouveaux membres pour s’assurer des appuis. « Ça ne donne pas beaucoup de temps », a-t-il dit.

Le parti a rejeté ce reproche, arguant que les règles servent « à mettre au défi les candidats ». Les frais d’entrée dans la course ne sont que de 25 000 $, a dit le porte-parole Cory Hann, et les candidats ont ensuite jusqu’à la fin de mars pour verser les 275 000 $ restants (dont 100 000 $ de dépôt). Idem pour les 3000 signatures, dont seules 1000 sont exigées dès l’entrée dans la course.

Le défi était de taille pour Jean Charest, qui n’a pas retrouvé certains de ses partisans de l’époque où il avait brigué la chefferie du PPC, en 1993. « Le parti n’est plus le même qu’à son époque », a raconté une source.

L’ancien premier ministre Brian Mulroney se serait aussi rangé derrière l’ex-ministre Peter MacKay — issu, comme M. Charest, de l’ancien Parti progressiste-conservateur qu’il a dirigé avant de participer à sa fusion avec l’Alliance canadienne. Les collecteurs de fonds proches de M. Mulroney feraient déjà des appels pour aider M. MacKay.

S’ajoute à cela l’enquête Mâchurer de l’Unité permanente anticorruption et les nouvelles allégations rendues publiques la semaine dernière. Jean Charest a déclaré que le retour de cette affaire dans les médias « n’a pas joué » dans sa décision. « Parce que j’ai ça dans le décor depuis six ans. […] Je n’aurais jamais évoqué la possibilité d’être candidat si j’avais senti un seul instant qu’une affaire comme ça était sujette à une poursuite ou que ça allait me nuire », a-t-il indiqué.

À qui le Québec ?

Les avis étaient partagés au Québec quant à la possible candidature de Jean Charest. Ainsi, le sénateur Leo Housakos y était opposé, tandis que l’ex-ministre Lawrence Cannon y était favorable.

Mais puisque M. Charest et le député Gérard Deltell ont tous deux décidé de passer leur tour, les bleus du Québec devront choisir — parmi les candidats vedettes prétendus pour l’instant — entre Peter MacKay et les députés Pierre Poilievre et Erin O’Toole. M. Poilievre figure parmi les favoris de plusieurs membres du caucus québécois, car il est bilingue, est originaire de l’Alberta et pourrait donc incarner la réconciliation nationale.

Le Parti conservateur pondère les votes de ses membres afin que chacune des circonscriptions ait un poids égal de 100 points, ce qui fait que le Québec compte pour 23 % du vote national.


 
12 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 22 janvier 2020 05 h 35

    Rien à voir !

    Jean Charest nous dit sans rire que l’enquête Machurer de l’UPAC dont il est toujours l’objet n’a rien à voir avec sa décision de ne pas se présenter à la direction du Parti Conservateur. Patrice Roy qui l’interviewe conclut l’entretien en affirmant que son invité aura sûrement l’occasion de commenter à nouveau Machurer. Trente secondes plus tard, un extrait bien choisi, Gaétan Barrette enfonce le clou en commentant le retrait de son ancien chef, je paraphrase, c’est bien dommage qu’un bon gars comme Jean Charest ne puisse se présenter à cette course à la chefferie à cause d’une enquête policière.
    Jean Charest vient de passer une demie-heure en ondes à tenter de nous faire croire que ça n’a rien à voir...

  • Bernard LEIFFET - Abonné 22 janvier 2020 08 h 09

    Le temps passe très vite, parfois il nous rattrape, et il faut envisager l'avenir autrement!

    Tout à une fin, pas toujours celle que l'on aurait voulu avoir! Qu'importe Monsieur Charest, vous saviez avant d'entrer dans la course pour le PCC que traîner un boulet rendait la tâche quasi-impossible! Bien sûr que j'aurai préféré vouloir vous battre contre le PLC et son chef Justin Trudeau qui a profité de Andrew Sheer dont le français était encore moins bon que le sien! La bataille aurait été rude, bien que vous ayez en commun quelques aventures politiques qui ont déplues aux Québécois. Tout d'abord, comme vice-président du comité du Non lors du référendum de 1995 perdu par des poussières où un amalgame de magouilles, payé par les Québécois eux-mêmes (transport par autobus, par train, etc. des gens du ROC) pour dire combien ils nous aimaient! Comme PM du Québec, les deux mains sur le volant, ce qui nous amène à aujourd'hui à commenter les aléas politiques sur la scène québécoise.
    Sur la scène fédérale il apparaît que le Dominion est à la croisée des chemins! Le messie québécois absent de la course au PCC, les dès sont déjà pipés, comme c'est la coutume dans ce pays rongé par les travers d'un colonialisme éclaté! Quel sera l'avenir du Québec avec la CAQ qui montre des signes inquiétants dans plusieurs domaines, leurs élu(e)s n'en faisant qu'à leur tête, sans rendre des comptes! Cela ressemble étrangement aux époques précédentes où la transparence faisait défaut!

    • David Cormier - Inscrit 22 janvier 2020 15 h 43

      Donc, il aurait fallu choisir entre Charest et Trudeau? Bref, l'électeur aurait dû choisir entre un coup de pied au cul ou une bonne claque sur la gueule?

  • Louise Collette - Abonnée 22 janvier 2020 09 h 31

    Ouf

    Ouf, j'ai eu chaud.

  • Lucette Dussault - Inscrite 22 janvier 2020 10 h 21

    Abstention de M. Charest

    Merci

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 janvier 2020 11 h 36

    Parcours "monopolyste"

    Passez Go, n'empochez pas 200$ et rendez-vous directement en prison!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 janvier 2020 14 h 31

      M.Cotnoir ,elle est bien bonne et j'ajouterais que nous l'avons assez vu encore etre grassement payé pour ses consultations-bidons.

      A l'.ombre son humour emballera ses compagnons .