Avec son discours du Trône, Trudeau tend la main à ses adversaires

Le premier ministre, Justin Trudeau, écoute la gouverneure générale, Julie Payette, lire le discours du Trône.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le premier ministre, Justin Trudeau, écoute la gouverneure générale, Julie Payette, lire le discours du Trône.

Contexte minoritaire oblige, le nouveau gouvernement de Justin Trudeau a présenté jeudi un discours du Trône qui tend la main à ses adversaires, surtout de gauche mais aussi de droite. Si aucun ne s’est dit d’emblée séduit, l’adoption du discours est néanmoins assurée grâce au Bloc québécois qui votera en sa faveur.

Sans surprise, le discours, lu par la gouverneure générale Julie Payette, a repris les grands thèmes du programme électoral libéral : lutte contre les changements climatiques, aide à la classe moyenne, réconciliation avec les Autochtones. Mais le discours a surtout tenté d’apaiser à peu près tout le monde sur le spectre politique.

Ainsi, sur l’épineuse question des changements climatiques, le discours du Trône rappelle qu'« une nette majorité de Canadiens ont voté pour un plan d’action ambitieux ». Il réitère donc l’intention libérale d’atteindre la cible de zéro émission nette d’ici 2050, de poursuivre la tarification de la pollution par le carbone et même de « collaborer étroitement avec ses partenaires afin de réduire encore plus les émissions ». Cependant, il précise du même souffle que le gouvernement « travaillera avec la même ardeur afin d’acheminer les ressources canadiennes vers de nouveaux marchés et offrira un soutien inébranlable aux femmes et aux hommes qui travaillent fort dans le secteur des ressources naturelles du Canada ».

Si ce passage visait à satisfaire le Parti conservateur et les provinces de l’Ouest, les libéraux auront échoué. Le chef conservateur Andrew Scheer s’est dit « déçu » que le gouvernement ne reconnaisse pas qu’il est l’artisan des malheurs économiques là-bas. « Le discours du Trône est une insulte pour les gens d’Alberta et de Saskatchewan à cause de son incapacité à reconnaître la colère et le sentiment qui prévaut là-bas », a déclaré M. Scheer. Il indiquera plus tard comment ses troupes voteront.

Mais le suspense est néanmoins nul parce que le Bloc québécois, lui, a trouvé son compte dans le fait que le discours ne mentionne pas une seule fois le mot « pétrole ». « Puisque les mots sont vagues sur les sujets délicats, nous on va en faire ce qu’on veut. […] Je vois dans le libellé de ce discours des avenues qui me permettent de faire des gains », a déclaré le chef Yves-François Blanchet. Les 32 bloquistes voteront en faveur du discours, ce qui en garantit l’adoption.

Le Bloc est par ailleurs heureux que le discours mentionne que « les secteurs soumis à la gestion de l’offre seront pleinement et équitablement indemnisés » et que les premiers chèques arriveront « ce mois-ci ». M. Blanchet avait fait de ces compensations une condition sine qua non à son appui au gouvernement.

À gauche, quand même

Bien que le discours du Trône ait surtout offert des promesses susceptibles de plaire aux partis de gauche, la cheffe du Parti vert Elizabeth May a dit qu’elle voterait contre et le chef néodémocrate Jagmeet Singh a refusé de garantir son appui au gouvernement.

Le discours du Trône reprenait en effet plusieurs thèmes électoraux du NPD et du Parti vert : investissements en logement abordable, réconciliation avec les communautés autochtones, interdiction des armes d’assaut de type militaire tout en permettant aux villes qui le souhaitent d’interdire les armes de poing.

Le discours fait en outre la part belle à la réconciliation autochtone, puisqu’il s’engage à nouveau à déposer un projet de loi mettant en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, à faire disparaître d’ici 2021 tous les avis à long terme d’ébullition d’eau dans les réserves, et à « continuer à travailler » à la mise en oeuvre des recommandations formulées par la Commission de vérité et réconciliation et l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées.

« Ce n’est pas suffisant. On voit beaucoup de beaux mots, mais pas de gestes concrets », a déploré M. Singh. Le chef espère que Justin Trudeau corrige le tir en précisant que l’assurance médicaments promise sera universelle et gratuite, et en adoptant des cibles plus contraignantes dans sa lutte contre les changements climatiques. Relégué au rang de troisième opposition, le NPD ne pourra toutefois pas déposer de sous-amendement en ce sens au discours pour forcer la main du gouvernement.

Mme May a elle aussi déploré que le discours soit trop flou sur ces deux sujets. « Le discours du Trône s’engage à réduire les frais de téléphonie cellulaire de 25 %. Si on peut être aussi précis sur les prix de cellulaires, pourquoi ne peut-on pas être précis quant à ce qui sera fait pour s’assurer que la planète demeure habitable ? »

Le gouvernement se dit ouvert à considérer les idées des autres partis. « Le mandat de cette récente élection est un point de départ, et non le dernier mot. Le gouvernement est réceptif aux nouvelles idées provenant de tous les parlementaires, les parties intéressées, les fonctionnaires et les Canadiens — des idées comme les soins dentaires universels. » Là encore, il s’agit d’une promesse défendue en campagne électorale autant par le NPD que le Parti vert.

En somme, le gouvernement de Justin Trudeau se montre optimiste malgré son statut minoritaire. « De l’avis de certains, les gouvernements minoritaires sont incapables d’obtenir des résultats, mais l’histoire du Canada brosse un tout autre tableau. »

Si le gouvernement est assuré de survivre au vote de confiance portant sur son discours du Trône, qui pourrait ne se tenir qu’après les Fêtes, il devra subir un autre test dès mardi prochain lors du vote sur les crédits budgétaires.


 
2 commentaires
  • Réal Gingras - Inscrit 6 décembre 2019 08 h 00

    des nouvelles idées...

    Voici une nouvelle idée que je propose à notre nouveau gouvernement.
    Cette idée peut bien sûr être acheminée par un parlementaire pour lequel j'ai voté.

    "Organiser un référendum pan-canadien sur l'abolition de la Reine ou du Roi d'Angleterree comme chef de l'État et ainsi, du même coup, abolir les postes de Gouverneur général et des Lieutenants gouverneurs des différentes provinces"

  • Yvon Bureau - Abonné 6 décembre 2019 21 h 15

    J'aurais aimé que l'on parle des GSAA,

    des Grands souffrants adultes APTES, que l'on affirme «Avançons maintenant».

    J'aurais aimé que l'on propose d'ici Noël un projet de mise à jour de la Loi C-14/AMM, sans ce critère de «mort naturelle raisonnablement prévisible». En y enlevant, quant à y être, les irritants opérationnels et des us maintenant non appropriés. Au nom des GRANDS SOUFFRANTS ADULTES APTES (GSAA) !

    J'aurai aimé que l'on promette dans ce discours du Trône de faire cela bien avant le 11 mars 2020. Compassion et solidarité avec les GSAA OBLIGENT!

    J'aurais aimé que l'on promette aussi de ne pas demander un délai pour le faire. Ce qui serait humainement et même professionnellement injustifiable, inhumain et cruel.