Amère déception chez les conservateurs

Les partisans d’Andrew Scheer arboraient une mine déconfite à Regina, lundi soir.
Photo: Geoff Robins Agence France-Presse Les partisans d’Andrew Scheer arboraient une mine déconfite à Regina, lundi soir.

Andrew Scheer a concédé la victoire à Justin Trudeau lundi soir... en mettant toutefois en garde le premier ministre libéral: les conservateurs comptent bien prendre leur revanche la prochaine fois.

Le chef conservateur s'est adressé à ses troupes deux heures après que l'élection d'un gouvernement libéral minoritaire ait été annoncée. Ses militants s'impatientaient. Plusieurs avaient déjà commencé à partir. Arrivé sur scène, M. Scheer ne s'est pas montré dépité.

«Bien que le résultat de ce soir ne soit pas ce que nous souhaitions, je suis incroyablement fier de notre équipe, de notre campagne, et de l'équipe conservatrice encore plus forte que nous envoyons à Ottawa», a-t-il lancé. En fin de soirée, le Parti conservateur était en voie d'avoir remporté 27 sièges de plus qu'à la dissolution de la Chambre des communes — 121 sièges — alors que le Parti libéral et le NPD ont tous deux terminé la soirée avec un total moins élevé. Et le chef conservateur n'a pas manqué de souligner qu'il s'était mérité, au moment où ces lignes étaient écrites, une plus grande part du vote populaire que les libéraux qui ont gagné 156 sièges (34,5% contre 33%).

Andrew Scheer a rappelé à ses militants qu'en 2015, tout le monde prédisait une réélection facile pour Justin Trudeau et le début d'une nouvelle dynastie. «Mais ce soir, nous avons mis en garde Justin Trudeau. Son leadership est endommagé et son temps au gouvernement va bientôt prendre fin. Et quand ce moment viendra, les conservateurs seront prêts et nous allons gagner!», a-t-il scandé.

Le chef ne s'est pas avoué vaincu. Car, a-t-il insisté, peu de partis ont contraint un gouvernement majoritaire de ne se mériter qu'une minorité pour son second mandat comme l'ont fait les conservateurs aux libéraux lundi.

M. Scheer s'est aussi adressé à la nation québécoise. «Les Québécois peuvent compter sur nous pour défendre les intérêts du Québec», a-t-il affirmé, avant de brandir — en anglais — la menace que posent les bons résultats du Bloc québécois. «Le Canada a besoin de nous», a-t-il plaidé. «Avec la montée du Bloc québécois séparatiste et nos résultats dominants dans l'Ouest du Canada ce soir, le Canada est un pays plus divisé que jamais.»

Andrew Scheer a bien l'intention de rester en selle pour affronter la prochaine bataille électorale. Le chef devra cependant se soumettre à un vote de confiance au prochain congrès conservateur, au mois d'avril, puisque la Constitution du PC le prévoit lorsqu'un chef ne remporte pas le pouvoir suite à une élection.

Pertes au Québec

Andrew Scheer n’a vu l’appui à ses troupes augmenter que de 2,5 points de pourcentage par rapport à 2015 (34,5 % contre 31,9 %).

La popularité du Bloc québécois dans la Belle Province a coûté des sièges au Parti conservateur: les députés Sylvie Boucher et Alupa Clarke, dans les deux circonscriptions de Beauport on été battus. Richard Martel dans Chicoutimi-Le Fjord a failli y passer lui aussi, mais il a repris les devants pour conserver son siège en fin de soirée.

Les conservateurs ont en revanche été heureux de voir leur candidat Richard Lehoux reprendre la Beauce à Maxime Bernier, qui avait quitté le parti l'an dernier pour former son Parti populaire. L’annonce de la victoire conservatrice de ce côté a reçu des applaudissements bien sentis, les militants se réjouissant au moins de voir M. Bernier exclu de la Chambre des communes.

Dès le début de la soirée, les conservateurs ont constaté qu’ils n’avaient pas réussi à ravir autant de sièges qu’espéré aux libéraux dans les Maritimes. En fin de soirée, ils n'avaient repris que 4 circonscriptions sur 32 dans les provinces atlantiques — alors qu’ils espéraient en ravir jusqu’à 10 —, notamment grâce aux victoires de leurs anciens députés Rob Moore et John Williamson au Nouveau-Brunswick. Mais d’autres qu’ils avaient dans leur mire sont restées dans le giron libéral, comme la circonscription de Nova-Centre en Nouvelle-Écosse, un siège aux racines conservatrices qui avait été représenté par l’ancien ministre Peter MacKay de 1997 à 2015.

La déception s’est poursuivie en Ontario, où les conservateurs n'ont gagné que trois sièges de plus qu’en 2015 — tout en perdant de gros joueurs comme la chef adjointe Lisa Raitt à Milton qui a dû s'incliner derrière le candidat vedette du Parti libéral et kayakiste Adam von Koeverden.

Les militants étaient réunis depuis une heure au quartier général d’Andrew Scheer lorsque les réseaux de télévision ont prédit l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire. Les organisateurs de la soirée conservatrice ont rapidement changé le poste de télévision dans la salle. Les militants, eux, sont restés de marbre. L’ambiance était terne. Les seuls applaudissements de la soirée ont été ceux venant saluer l’élection de députés conservateurs — et la réélection du chef Andrew Scheer —, mais le verdict n’était pas celui espéré.

Le plein dans les Prairies

Comme prévu, les conservateurs ont par contre délogé presque tous les libéraux dans les provinces des Prairies -outre quatre qui ont résisté dans la région de Winnipeg. Deux des trois autres députés libéraux du Manitoba, les trois élus rouges de l’Alberta, de même que le siège de l’indépendant Darshan Singh Khan (ex-libéral) sont passés au bleu.

Même le vétéran libéral Ralph Goodale, qui était député de la circonscription voisine d'Andrew Scheer à Regina-Wascana depuis 1997, a perdu son siège.

En Colombie-Britannique, la députation conservatrice était en voie de doubler, de 8 à 16 sièges.