Le Bloc québécois a visé juste

«Si le gouvernement est parlable, le Bloc québécois sera parlable, sauf s’il s’agit de passer davantage de pétrole à travers le Québec», a lancé Yves-François Blanchet devant quelques centaines de militants enthousiastes au Théâtre National, rue Sainte-Catherine, tard lundi soir.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Si le gouvernement est parlable, le Bloc québécois sera parlable, sauf s’il s’agit de passer davantage de pétrole à travers le Québec», a lancé Yves-François Blanchet devant quelques centaines de militants enthousiastes au Théâtre National, rue Sainte-Catherine, tard lundi soir.

Fort de l’élection de 32 députés souverainistes, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est engagé lundi soir à collaborer avec le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau «si ce qui est proposé est bon pour le Québec».

Le mouvement souverainiste a retrouvé la «fierté» avec le retour en force du Bloc québécois. Le parti d’Yves-François Blanchet a plus que triplé sa représentation à Ottawa en remportant 32 des 78 sièges au Québec.

Le parti souverainiste, que plusieurs considéraient mort et enterré il y a tout juste six mois, a fait des gains dans pratiquement toutes les régions. Il s'est engagé à défendre les intérêts du Québec portés par le gouvernement Legault — y compris la Loi sur la laïcité de l’État.

Le chef bloquiste a prévenu qu’il ne participerait pas à un gouvernement de coalition. Il est cependant prêt à travailler avec n’importe quel gouvernement, sans jamais «compromettre les valeurs québécoises» que sont la défense du français et la laïcité.

«Si le gouvernement est parlable, le Bloc québécois sera parlable, sauf s’il s’agit de passer davantage de pétrole à travers le Québec», a lancé Yves-François Blanchet devant quelques centaines de militants enthousiastes au Théâtre National, rue Sainte-Catherine, tard lundi soir.

Le chef du Bloc ne fera pas «fonctionner le fédéralisme», mais il ne mettra pas non plus des bâtons dans les roues de la Chambre des communes. «Soyons de bons amis et parlementaires. […] Partenaires, mais égaux et libres», a-t-il dit.

Au moment où ces lignes étaient écrites, 32 candidats du Bloc étaient élus ou en avance, y compris le chef Yves-François Blanchet dans la circonscription de Chambly. Les 10 députés bloquistes sortants ont conservé leurs sièges. Le parti se dirigeait aussi vers la victoire dans 18 des 22 circonscriptions des banlieues nord et sud de Montréal (le 450).

Christine Normandin a été élue dans Saint-Jean et Denis Trudel, dans Longueuil-Saint-Hubert (contre le libéral Réjean Hébert, ex-ministre péquiste). Stéphane Bergeron, vétéran du Bloc et du Parti québécois, a remporté Montarville, et l’ex-péquiste Alain Therrien a été élu dans La Prairie. Le seul bloquiste de la région au cours du dernier mandat, Xavier Barsalou-Duval (Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères) aura désormais de la compagnie sur les banquettes de la Chambre des communes.

Le parti souverainiste a remporté les circonscriptions de Jonquière et Lac-Saint-Jean, où Alexis Brunelle-Duceppe, fils de l’ex-chef Gilles Duceppe, a été élu.

Le Parti libéral de Justin Trudeau a sauvé les meubles au Québec en remportant plus de voix et plus de sièges que le Bloc québécois : le PLC avait 33,8% des voix et 35 élus, comparé à 32,9% et 32 élus pour le Bloc. Le Parti conservateur suivait avec 16,1% (10 élus). Le Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est écrasé avec à peine 10,7% des voix. En fin de soirée, le néo-démocrate Alexandre Boulerice, dans Rosemont, était le seul survivant de la vague orange qui avait balayé le Québec en 2011.

«On veut un pays!»

Des militants survoltés ont acclamé les résultats du parti souverainiste au Théâtre National. Une énergie rarement vue chez les souverainistes après les défaites crève-coeur du Bloc québécois (2011 et 2015) et du Parti québécois (2014 et 2018).

«Le Québec c’est nous! On veut un pays!», scandaient les militants bloquistes.

«Le Québec se réveille!», a renchéri Mario Beaulieu, réélu dans la circonscription de La Pointe-de-l’île, dans l’est de Montréal.

La formation souverainiste a visé juste en défendant les positions du gouvernement Legault, qui est toujours en lune de miel un peu plus d’un an après avoir pris le pouvoir à Québec.

«Je pense que tout le monde a besoin d’une victoire. La souveraineté n’est pas l’objet de la campagne cette année, mais ça donne un peu d’air», a dit au Devoir Rhéal Fortin, chef intérimaire du Bloc québécois, qui était en voie d’être réélu dans la circonscription de Montcalm, dans la Couronne nord de Montréal.

«Il y a quelque chose là, un mouvement nationaliste où on dit : on a pris une décision, on s’est donné un gouvernement à Québec, on envoie à Ottawa des gens qui vont protéger notre décision, qui vont travailler pour nous. On ne peut que s’en féliciter.»

M. Fortin estime que le chef Yves-François Blanchet a mené une campagne «extraordinaire». Les quatre autres partis — libéraux, conservateurs, néo-démocrates et verts — ont aussi démontré qu’ils ne correspondaient pas aux «valeurs du peuple québécois», selon lui.

Les hésitations du chef conservateur au sujet de l’avortement et l’opposition des trois autres partis à la Loi sur la laïcité ont pesé lourd dans la balance électorale, croit Rhéal Fortin.

Michel Duchesne, candidat défait dans Laurier-Sainte-Marie, a évoqué la «fierté retrouvée» du Bloc québécois après la descente aux enfers des dernières années. Le Bloc s’était déchiré sous la direction de Martine Ouellet, en 2017 et 2018, et s’était effondré lors des deux derniers scrutins, en faisant élire à peine quatre et dix députés.

30 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 octobre 2019 05 h 21

    « on est tous gagnants! »

    «Le Québec c’est nous! On veut un pays!» (Militants bloquistes réunis au Théâtre National)

    Effectivement, « le Québec c’est nous! », et on est un pays de nous, avec ou sans le Canada (Ce pays si loin et si proche de nulle part) !

    Tout en saluant et félicitant la performance du BQ et, de notre circonscription (A), il est bien de remercier et saluer le député sortant, M François Choquette (NPD), qui, ayant, avec talents et honneur, a servi les intérêts drummondvillois, demeure tout un « gagnant » !

    En effet, qu’on perd ou qu’on gagne, …..

    … « on est tous gagnants! » (B) - 22 oct 2019 -

    A : https://www.journalexpress.ca/2019/10/22/defait-francois-choquette-garde-la-tete-haute/ .

    B : Devise-slogan du Tournoi Provincial de Hockey Balle, en « déficience intellectuelle » (TPHB).

  • Louise Collette - Abonnée 22 octobre 2019 08 h 07

    ;-)

    Suis un peu déçue, j'aurais aimé au moins une quarantaine de bloquistes à Ottawa mais bon, on va faire avec...

  • Pierre Samuel - Abonné 22 octobre 2019 08 h 08

    Encore la vieille peau d'ours ...

    < Le Québec c'est nous ! On veut un pays !, scandaient les militants bloquistes. > Bien beau, mais ils se trompent d'endroit ! Que nous ayons les meilleurs trombonistes à Ottawa, plutôt qu'à Québec, en bout de compte tout comme Duceppe auparavant, jusqu'à ce que ses électeurs s'en lassent deux fois plutôt qu'une, ils n'auront d'autre choix que de suivre la parade...organisée par Trudeau et ses sbires !

    L'avenir du mouvement souverainiste quoi qu'on en dise ou fasse, se décidera toujours au Québec et non à Ottawa ! Et, dans l'état actuel des choses, le parti-phare fondé par René Lévesque agonise lamentablement. Où sont actuellement les candidats potentiels à la chefferie du PQ ayant véritablement une chance d'affronter Legault sans se faire déculotter ? Lévesque, lui-même, n'a jamais cru véritablement à l'utilité du Bloc, si ce n'est aller y gaspiller des forces vives qui seraient beaucoup plus nécessaires là où il y a lieu d'être ...

    Pourquoi Blanchet, lors de la désertion de PKP et suite à la raclée subie par Lisée, ne s'y est-il pas risqué ? Connaissant fort bien le sempiternel <panier de crabes >, beaucoup moins périlleux d'aller jouer les gérants d'estrades à Ottawa ...

    Comme le mentionnait si pertinemment en ces pages, le militant indépendantiste NIc Payne, le douze octobre dernier, dans la section LIbre opinion ( La vraie nature du bloquisme ) : < Certes, les bloquistes peuvent se dire - mais pas trop ! - qu'ils sont indépendantistes et que l'indépendance serait une bien belle chose. Mais leur travail concret, au quotidien contredit l'indépendance en montrant qu'on peut faire fonctionner le Canada en y défendant correctement < les intérêts du Québec >. (...) le faire au nom de l'indépendance, toutefois, relève d'un réflexe incantatoire qui trahit la difficulté, immense et récurrente, qu'ont les indépendantistes à faire les remises en question qui s'imposent depuis si longtemps >. Que ça plaise ou non, on ne saurait véritablement mieux dire !

  • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2019 08 h 13

    Le NPD plus fort que le Bloc

    En commentaire au Devoir :

    Le NPD plus fort que le Bloc

    « Le Parti libéral de Justin Trudeau a sauvé les meubles au Québec en remportant plus de voix et plus de sièges que le Bloc québécois » relève Marco Fortier.

    - Alors, pour "Le Québec c'est nous", on repassera.

    On ne prétend incarner tout le Québec avec 32,9% des voix.

    Sans compter que le NPD pourra gouverner en coalition avec le Parti libéral qui pourra clairement se passer du Bloc pour gouverner.

    Autrement dit, même avec moins de députés, le NPD sera plus fort et plus influent que le Bloc.

    Bienvenue dans la réalité les bloquistes.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 octobre 2019 09 h 04

      M. Montmarquette,

      Vous avez le droit de vous consoler avec peu. La réalité traduit bien le langage ambivalent qui est le vôtre et d'au moins 40% des membres de Québec solidaire: indépendantiste le lundi, fédéraliste le mardi, indépendantiste le mrecredi.....etc.

      C'est la dernière fois que je vous réponds. Vous êtes incapable de nous dire si, vous-même, faites partie des 40% Qsistes fédéralistes ou des 60% indépendantistes.

      Mon opinion: le NPD a commis une erreur magistrale en se débarrassant de Thomas Mulcair. Quant au chef actuel, je suis d'avis qu'Il aura toujours des problèmes au Québec en raison de son signe religieux ostentatoire.

      P.S. Plusieurs des députés QS actuels vont la trouver moins drôle: ils viennent de perdre un député NPD dans leur comté. Et VIncent Marissal qui avait fait des approches du côté du PLC!!!

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2019 09 h 10

      À noter que le NPD risque de faire passer le meilleur du PLC, c'est à dire les politiques sociales et environnementales, et de bloquer le pire, soit, les projets pétroliers et ses accointances avec les entreprises et les riches financiers.

      C'est donc dire que je crois avoir pas mal gagné mes élections ou du moins, évité le pire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2019 09 h 42

      @ Pierre Grandchamp,

      C'est la dernière fois que je vous répète:

      1 ) Je ne vois pas ce que ma position personnelle sur l'indépendance vient faire dans une discussion sur les élections fédérales.

      2 ) Les souverainistes n'ont rien de mieux à faire que de faire voter des fédéralistes pour un parti souverainiste, à moins de vouloir prêcher à des convaincus.

    • Yvon Pesant - Abonné 22 octobre 2019 10 h 36

      Monsieur Montmarquette, vous devriez à tout le moins convenir que, 32,9 % du vote populaire québécois avec 32 députés sur 67 ( 48% des postes) c'est plus que le double de celui obtenu par Québec solidaire (16,1 %), lors de l'élection générale du 1er octobre 2018 au Québec, et plus que le triple en terme de députés élus (10 sur 125, soit 8 % des postes). Bienvenue dans la réalité des Solidaire, oserai-je vous dire.

      Je ne sais pas à quoi tient cette haine souveraine qui vous tient au coeur mais il serait bien que vous vous en départissiez car, après tout, comme tout le monde devrait le savoir, Québec solidaire prône l'indépendance du Québec, n'est-ce-pas.?.

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2019 12 h 54

      @ Yvon Pesant,

      Je ne sais pas à quoi tient cette haine souveraine qui vous tient au coeur - Yvon Pesant

      1 ) Je ne fais que relever le chauvinisme et la prétention du Bloc ( "Le Québec c'est nous" ..mon c.. oui) , qui plus est, s'est fait le porte-queue d'un parti fédéraliste.

      2 ) Québec solidaire mène une lutte infiniment plus ardu que le Bloc en se battant pour un changement de régime politique et contre les abus des capitalisme, alors que des partis conformiste et conservateur comme le PQ, le Bloc et la CAQ, ne proposent rien qui remette en question les tares du système actuel; et c'est déjà une prouesse qu'il ait doublé ses vote et triplé ses députés.

      2 ) Ajoutons à cela que Québec solidaire aurait obtenu 20 députés avec un scrutin équitable.

    • Yvon Pesant - Abonné 22 octobre 2019 15 h 18

      "...en se battant pour un changement de régime politique et contre les abus des capitalisme (sic)..."

      "Parce que nous sommes de gauche, nous voulons repenser l’économie pour qu’elle soit davantage au
      service des personnes et des collectivités. Tous les secteurs de l’économie seront mis à contribution et
      devront fonctionner dans le respect du bien commun et des règles sociales, environnementales et autres
      en vigueur au Québec. Quel que soit le secteur, notre objectif sera de renforcer le contrôle collectif et
      les initiatives de la population au sein même des entreprises et par rapport aux décisions économiques
      qui la concernent." (Programme politique de de Québec solidaire)

      Quel régime politique nous est proposé par QS pour remplacer celui tout de même assez social-démocrate qui prévaut chez nous présentement, monsieur Montmarquette?

    • Yvon Pesant - Abonné 22 octobre 2019 21 h 49

      J'attendais une réponse de votre part et je l'attends toujours. Quel est le régime politique de remplacement proposé par QS, monsieur Montmarquette?

      Il serait quand même bien que, depuis que le parti existe, QS le précise afin que les électeurs le sachent vraiment avant d'aller voter au Québec, la prochaine fois. Quel est donc ce régime politique qui propose de "...renforcer le contrôle collectif et les initiatives de la population au sein même des entreprises et..."?

      Est-il besoin de s'adresser aux instances suprêmes de QS pour le savoir? Cela a déjà été tenté et ça a viré en eau de boudin. C'est pourquoi je compte sur vous pour nous le dire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 octobre 2019 07 h 21

      Quel est le régime politique de remplacement proposé par QS - Yvon Pesant

      Sortir du néolibéralisme pour construire une véritable sociale-démocratie.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 22 octobre 2019 08 h 48

    « le Parti libéral […] pourra clairement se passer du Bloc pour gouverner.» (Christian Montmarquette)



    On voit vers qui votre cœur balance… vers les instigateurs du multiculturalisme au pays… Il est vrai que le parti qui a mis en place la «Loi sur les mesures de guerre» est le chef de file en la matière.

    Bien venue dans l'univers fantaisiste des qséraux...

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2019 09 h 37

      @ Mathieu Lacoste,

      Pour qui vous prenez-vous pour savoir de quel côté mon coeur balance?

      Je favorise toujours ce qui peut venir en aide aux gens ordinaires et aux plus démunis et qui défendent la justice socialeni NPD ou autres soient-ils.

      Dans les circonsances, le NPD risque de faire passer le meilleur du PLC, c'est à dire les politiques sociales et environnementales, et de bloquer le pire, soit, les projets pétroliers et ses accointances avec les entreprises et les riches financiers.