Les contes de fées de Berthier-Maskinongé

La candidate néodémocrate Ruth Ellen Brosseau (ci-dessus) et le bloquiste Yves Perron sont au coude à coude, selon les sondages.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La candidate néodémocrate Ruth Ellen Brosseau (ci-dessus) et le bloquiste Yves Perron sont au coude à coude, selon les sondages.

Qui l’eût cru ? La candidate fantôme par excellence de 2011 — Ruth Ellen Brosseau — est devenue si populaire dans Berthier–Maskinongé qu’elle pourrait être l’une des rares néodémocrates de la vague orange à subsister au Québec. Le Devoir s’est rendu sur place pour voir si c’était vrai et comprendre pourquoi.

Premier arrêt à Saint-Élie-de-Caxton, patrie des lutins et de Fred Pellerin. Enveloppé dans la lumière dorée de l’automne, le village est désert à l’exception du propriétaire d’une petite boutique d’antiquités qui répare sa porte. La campagne fédérale ? On n’en jase pas tant que ça, dit-il. « Les gens parlent plus des problèmes entre la ville et Fred Pellerin. »

Véritable conte de fées touristique, la collaboration entre l’artiste et sa ville natale a pris fin, ces derniers mois, en raison d’une mésentente. Apparemment, les contes de fée ne sont pas éternels.

Qu’en sera-t-il de celui de la députée sortante Ruth Ellen Brosseau ? Beaucoup s’étaient moqués d’elle en 2011 quand on l’avait trouvée à Las Vegas en pleine campagne électorale. Or, elle « a fait ses preuves », note Laurence Bédard, chargée de projet pour un OSBL régional, rencontrée à Louiseville.

Devenue porte-parole en agriculture dans une région fortement agricole, Ruth Ellen Brosseau est souvent décrite comme une députée « qui écoute ». Les gens disent qu’elle est « partout ». « Je pense que, cette fois-ci, les gens votent beaucoup plus pour la personne que pour le parti », dit la principale intéressée en entrevue en signalant « qu’en région, tout le monde se connaît ». « Les gens m’ont vue prendre du galon, prendre plus de responsabilités. »

Mercredi matin, elle rencontrait des retraités au restaurant Mike’s de Berthierville. Petit aparté pour dire que Berthier–Maskinongé est une grande circonscription au profil particulier. Essentiellement rurale, elle englobe une MRC de Mauricie et une autre de Lanaudière, avec une portion de la banlieue nord de Trois-Rivières et Lavaltrie à l’extrême sud en passant par Berthierville.

Ce qui nous ramène au Mike’s où près d’une trentaine de personnes étaient venues déjeuner avec Mme Brosseau. Parmi elles, un ancien producteur de lait très critique des accords de libre-échange signés par Justin Trudeau. « Le prix du lait a baissé. Mon fils a dit qu’on était mieux de vendre avant de ne plus avoir rien. » En plus, a-t-il ajouté, l’argent des compensations « n’est pas encore arrivé ».

« Ruth Ellen, c’est la seule qui parle d’agriculture et qui essaie de nous défendre, nous les cultivateurs », a alors ajouté un autre résident de Saint-Cuthbert à la même table. Et son chef, Jagmeet Singh ? « C’est un bon garçon, mais c’est le turban qu’on a de la misère à accepter. »

Les vieux amis

Ainsi, en dépit des difficultés du NPD à s’imposer dans la province, les sondages placent la députée sortante au coude à coude avec Yves Perron, du Bloc québécois, qui vit son propre conte de fées. Déclaré mort il n’y a pas si longtemps, son parti est en remontée un peu partout.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le bloquiste Yves Perron

« Les gens nous accueillent comme un vieil ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps », explique M. Perron, enseignant d’histoire au secondaire et président du BQ. La Loi sur la laïcité de l’État revient souvent dans son discours. En conférence de presse mercredi, il a répété que Jagmeet Singh s’était « réjoui » de voir Calgary s’opposer à cette loi.

De 2004 à 2011, c’est le Bloc qui représentait la circonscription avec le député Guy André. Candidat pour la deuxième fois, M. Perron avait été défait en 2015 avec 25 % des voix. Or, « c’est beaucoup plus facile de convaincre les gens cette fois-ci », dit-il. « J’ai convaincu un fédéraliste de voter pour moi l’autre fois lors d’un souper de l’âge d’or. J’étais moi-même surpris. »

Du côté du Parti libéral, la candidate est Christine Poirier, une entrepreneure qui s’est fait connaître notamment pour sa compagnie de vêtements d’allaitement et comme candidate dans Laurier–Sainte-Marie en 2015. « En étant à la table des décisions, c’est plus facile de faire progresser des idées », dit-elle en soulignant que son parti a plus de chance d’être au pouvoir que le Bloc ou le NPD.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Candidate dans Laurier–Sainte-Marie en 2015, la libérale Christine Poirier tente quant à elle d’être la première élue de son parti dans la circonscription depuis 1984.

Libéraux et conservateurs derrière

Quoi qu’en dise le Bloc, la défense de la Loi sur la laïcité n’est « pas un enjeu » dans la circonscription, selon Mme Poirier « On l’entend beaucoup dans les médias mais dans mon porte-à-porte, ce n’est pas le sujet qu’ils vont mentionner. » Lorsqu’on lui demande si les gens votent pour la personne ou le parti, elle rétorque qu’elle « mise » sur le parti. Mais la tâche n’est pas facile pour le PLC dans ce coin du Québec. Son plus récent élu dans le coin était de la génération de Trudeau père (Antonio Yanakis 1968-1984).

« Ce que j’ai senti dès le début, c’est que Monsieur Trudeau, ça ne passe plus », souligne quant à elle la candidate du Parti conservateur, Josée Bélanger. Professeure de philosophie au cégep, ancienne réserviste, Josée Bélanger précise que les gens du coin sont plus conservateurs qu’ils le disent. « Je suis nationaliste, mais je veux un Québec fort dans le Canada », affirme celle qui a adhéré au Parti conservateur pour son « pragmatisme ».

Chez les verts, le candidat Éric Laferrière table sur les préoccupations grandissantes des gens pour la cause environnementale. « Quand je rencontre les gens de ma circonscription, environ 2 à 3 personnes sur 10 me font part d’un intérêt marqué sur l’urgence climatique », dit-il.

Enfin, à la droite des conservateurs, le Parti populaire du Canada présente l’ancien maire de Saint-Étienne-des-Grès, Luc Massé. La députée sortante, dit-il, est « très populaire, mais quand je demande aux gens quelles sont ses réalisations, personne n’est capable de me répondre ». M. Massé se présente comme le candidat du commerce et de l’économie. « En ce moment, on met plus d’énergie à aider les personnes dans la pauvreté qu’à essayer de les sortir de la pauvreté », déplore-t-il. Avec un revenu médian des ménages de 54 327 $, Berthier-Maskinongé est au 297e rang sur les 338 circonscriptions du Canada pour ce qui est du meilleur revenu.