L’ex-président catalan menace de poursuivre le Canada

En attente depuis plus de cinq mois d’une décision du ministère fédéral de l’Immigration pour sa visite au Québec, l’ancien président de la Catalogne, Carles Puigdemont, lui a fait parvenir une mise en demeure. Dans une lettre signée par son avocat et dont Le Devoir a obtenu copie, il somme le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, et son ministère de lui fournir une réponse d’ici vendredi, sans quoi il entreprendra des recours judiciaires.

« À un moment donné, c’est assez, et il faut prendre les moyens pour forcer le gouvernement à rendre une décision, peu importe laquelle ; qu’il rende une décision et ensuite on réagira le cas échéant », a affirmé son avocat, Me Stéphane Handfield, en entrevue.

Invité de la SSJB

M. Puigdemont a été invité par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) à faire une tournée de conférence au Québec pour parler du référendum de 2017 sur l’indépendance de la Catalogne. L’ex-élu, qui est exilé en Belgique, fait l’objet depuis lundi d’un nouveau mandat d’arrêt international pour sédition et détournement de fonds publics. La justice espagnole venait de condamner neuf indépendantistes catalans à des peines exemplaires de 9 à 13 ans de prison pour leur rôle dans le référendum du 1er octobre 2017 sur la sécession de la Catalogne, une communauté autonome de l’Espagne. Depuis, des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour manifester contre ce qu’ils considèrent comme une injustice.

Clairement, il y a des manœuvres dilatoires pour ne pas rendre de décision

« Cette mascarade a assez duré, a dénoncé le président de la SSJB, Maxime Laporte. On considère que cette obstruction, dont fait preuve Ottawa, témoigne d’une complaisance honteuse de la part des autorités canadiennes à l’égard de cet autoritarisme espagnol qui s’exprime plus que jamais ces derniers jours. »

« Le comportement du Canada, que ce soit dans le cas de M. Puigdemont et dans le cas du gouvernement du Québec, il y a un fil conducteur qui est le mépris [vis-à-vis du droit] qu’ont les peuples à disposer d’eux-mêmes », a-t-il ajouté en faisant allusion à l’argumentaire juridique d’Ottawa contre la loi 99 sur l’autodétermination du Québec.

Manoeuvres dilatoires

Sa première demande d’autorisation de voyage (AVE) annulée, M. Puigdemont en a soumis une deuxième en mai. Le ministère de l’Immigration lui a demandé à trois reprises de soumettre de la documentation et des arguments supplémentaires.

« Clairement, il y a des manoeuvres dilatoires pour ne pas rendre de décision », a affirmé Me Handfield. Les délais habituels sont de 72 heures. Dans la majorité des cas, c’est même en deçà de trois jours. » Il a fourni plus de 400 pages de documents au ministère.

« On en a profité pour soumettre des documents pour dire qu’organiser un référendum, ce n’est pas une infraction criminelle au Canada, a souligné Me Handfield en s’appuyant sur l’histoire québécoise. M. Puigdemont ne devrait pas être interdit de territoire et interdit d’accès au territoire canadien parce que Madrid ne respecte pas le référendum qui a eu lieu. »

Photo: Jasper Jacobs Agence France-Presse En exil à Bruxelles, Carlos Puigdemont a manifesté cette semaine devant la Commission européenne, appelant les pays à protester contre la condamnation à la prison de politiciens catalans à l’origine du référendum sur l’indépendance de cette région de l’Espagne.

Deux demandes de réponses effectuées au début et à la fin du mois de septembre sont demeurées sans réponse. « La question que je me pose, c’est est-ce qu’il y a eu ingérence du gouvernement dans ce dossier-là pour retarder de rendre une décision, a demandé Me Handfield. Est-ce que les autorités de Madrid sont intervenues dans ce dossier-là pour faire de la pression pour ne pas que le Canada délivre l’AVE ? S’il y a eu cette pression-là, est-ce qu’on a décidé de ne pas rendre de décision, comme ça, tant qu’il n’y a pas de décision, on ne se met pas les pieds dans les plats ? »

« Est-ce que la campagne électorale a joué également dans la balance de dire [qu’]on ne rendra pas de décision, peu importe laquelle pendant la campagne électorale, a-t-il continué. On peut spéculer, mais une chose est certaine, il y a clairement eu quelque chose dans ce dossier-là qui ne se passe pas dans d’autres dossiers. »

Le ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) n’a pas voulu commenter le cas de Carles Puigdemont. « Toutes les personnes souhaitant venir au Canada sont assujetties au même processus administré par des agents indépendants à IRCC », s’est contenté de répondre un porte-parole.

27 commentaires
  • J-F Garneau - Abonné 17 octobre 2019 04 h 46

    Franchement!

    J'ai plusieurs amis catalans. Je suis de très près la situation en Catalogne puisque je m'y rend 2 fois par mois. Je suis très sensible à l'ensemble de la crise et je suis outré par la sévérité des sentences cette semaine.

    En revanche, M. Puidgemont pousse le bouchon un peu loin là! Où est-il Puidgemont pendant que ses collègues sont en procès et font face à la justice et solidairement vont faire appel des jugements tout en étant en prison? Et bien Il s'est poussé, comme un filou, et maintenant il risque une révision de son statut en Belgique et donc il veut se pousser encore plus loin, et il a le culot de poursuivre le Canada ? Faites moi rire. Retournez auprès de vos camarades M Puidgemont, soyez solidaire et faites face à vos responsabilités. Comme un homme ou une femme avec une colonne vertébrale. Comme vos 12 collègues qui eux ne se sont pas exiles.
    Pour mémoire vous n'avez pas besoin de visa pour entrer en Espagne.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 17 octobre 2019 10 h 03


      Je n’ai pas, comme vous, d’amis Catalans, mais j’ai toujours été intéressée par la situation qui prévaut en Catalogne. Cependant, même le titre seul de l’article m’a fait sursauter car malgré une certaine admiration que j’avais pour M. Puigdemont, je constate que lui et son avocat québécois poussent le bouchon un peu loin comme vous le mentionnez dans votre commentaire. J’aurais apprécié que ce politicien Catalan puisse venir donner des conférences au Québec mais le fait de déclarer publiquement qu’il va poursuivre le Canada parce qu’il n’a pas encore reçu l’autorisation désirée dépasse de beaucoup les limites acceptables. Le Canada est un pays souverain qui prend les décisions qu’il veut lorsque bon lui semble. C’est dommage pour ceux et celles qui veulent entendre M. Puidgemont au Québec, mais je suis irritée d’apprendre la menace de poursuite contre un pays en vue de le forcer à y laisser entrer un individu, aussi respectable soit-il.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 octobre 2019 10 h 24

      Vos amis catalans ont le droit de ne pas etre souverainistes.Et les autres catalans n'ont droit qu'à la prison
      et pour longtemps.L'Espagne est-elle une démocratie ou une dictature ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 17 octobre 2019 13 h 39

      @JFG On reconnait bien dans votre argumentaire...la position des partis: PLQ et PLC.... On ne s'attendait pas à mieux.
      Il y a aussi que vous vous targuez de "connaître" des Catalans...sûrement non indépendantistes ...on s'entend !?

      Moi aussi, je "connais" des Canadiens qui ne feront jamais l'effort pour essayer de comprendre pourquoi une Québécoise, comme moi, a un jour décidé de milliter (avec son peuple) pour une finalité: un Pays...celui du Québec.

      Carles Puigdemont, président catalan démocratiquement élu...n'a pas à subir le mépris que vous lui vouez, vous et les vôtres, parce qu'il
      croit à l'indépendance de la Catalogne et, comme l'ont décidé à la majorité, les Catalans, lors d'un récent référendum..La Catalogne ayant tous les atoûts pour devenir un Pays à part entière....

      Refuser à un (ex) président, qui a mené son peuple à une victoire référendaire lors d'un scrutin démocratique exemplaire, de venir nous entretenir de sa démarche????....Le Canada est devenu bien "petit" !

      Vos commentaires méprisants vont sûrement ouvrir les yeux à certains de mes compatriotes qui tardent à faire le pas ou hésitent encore...

      Je suis de tout coeur avec les Catalans et leurs chefs qui, encore aujourd'hui, sont emprisonnés pour avoir voulu un jour
      utiliser ce droit à " l'autodétermination" qu'ont les peuples . Autodétermination inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 octobre 2019 05 h 16

    … sceptico-indépendantistes !

    « À un moment donné, c’est assez, et il faut prendre les moyens pour forcer le gouvernement à rendre une décision, peu importe laquelle ; qu’il rende une décision et ensuite on réagira le cas échéant » (Me Stéphane Handfield, Avocat de M Carles Puigdemont, ex-président, Catalogne)

    Effectivement, il faut agir et se tenir debout devant-derrière des situations « cocasses », notamment celles en lien avec une simple demande d’Autorisation d’entrée et de circulation tout autant au Canada (Ce pays si loin et si proche de nulle part) qu’au Québec ; une demande simple qui, provenant d’une Autorité politique indépendantiste en situation d’exil invitée par la SSJB à titre de conférencier, demeure comme "soudainement" difficile à traiter !

    De plus, et compte tenu de la présente mise en demeure au Ministère (IRCC) et de son implication généreuse et pacifique à des Manifs (comme celle de Bruxelles) et Autres, il est yahou d’apprécier que Carles Puigdemont, un des Rares Libérateurs de Peuple en-corps VIVANT.S, constitue tout un Modèle d’affirmation et de réalisation nationales ; un Modèle susceptible d’inspirer-éveiller tout autant les sachants de l’Indépendance que les pseudo et …

    … sceptico-indépendantistes ! - 17 oct 2019 -

  • Pierre Lalongé - Abonné 17 octobre 2019 07 h 26

    Conséquences

    C'est ce qui arrive quand on délègue à un autre pays le soin de s'occuper nos relations internationales!

  • Raynald Rouette - Abonné 17 octobre 2019 07 h 54

    Le Canada n’est pas le pays qu’il prétend être!


    Ni l'Espagne d'ailleurs...

    • Lise Bélanger - Abonnée 17 octobre 2019 09 h 07

      L'Espagne est un pays en soi, incluant la Catalogne. Le Canada est une monarchie constitutionnelle dont le chef d'État est à l'étranger, soit en Angleterre. C'est la Reine qui poursuit quand vous commettez un crime au Canada et non pas le Canada. Le Canada n'est donc pas un vrai pays indépendant. Le Canada est un amas de provinces fédérées trés récent et non pas un pays à part entière. Il y a une différence entre la Catalogne qui fait partie d'un vrai pays et le Québec qui est une simple province dans un amas fédératif dont on peut s'exclure en ne reconnaissant plus l'autorité de la Reine ou gouverneur général sur notre territoire.

    • Raynald Rouette - Abonné 17 octobre 2019 13 h 22


      Mme Bélanger,

      Pour moi, le Canada est comme dit Alain Deneault " un projet colonial réussi ".

      Quant à l'Espagne, il faut reconnaître qu'elle est encore une dictature déguisée! Un pouvoir occulte y exerce encore le pouvoir...

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 17 octobre 2019 08 h 19

    C'est de la censure pure et anti démocratique.
    Ceux qui se demande bêtement pourquoi il ne rentre pas faire face à "l'injustice" avec les autres, heu..sûrement parcequ'il a un QI plus élevé que ceux qui se posent cette question.
    Il n'y a rien d'honorable à aller faire face à ce cirque en plus d'être inutile pour la cause.
    Sa liberté est la seule façon d'aider les catalans et ses pairs emprisonnés. Ils le savent et c'est pourquoi il poursuit son combat, pas pour éviter la prison mais pour ne pas qu'on oublie .
    Cet homme est un héro politique et il fait bien de fuir.
    Le Canada ne le laissera jamais entrer au pays et c'est la preuve de la puissance de son influence.
    Au Canada ou pas, il doit circuler et continuer de dénoncer les abus politique de Madrid et promouvoir le choix des catalans d'être indépendant car Madrid se comporte comme une dictature lâche et le Canada aussi, dans ce dossier.
    Bonne chance M.Puigdemont

    • Michel Lebel - Abonné 17 octobre 2019 09 h 24

      Le principe de base du droit international est celui de la souveraineté de l'État sur son territoire. Madrid a donc tout à fait le droit de s'opposer au désir de sécession catalane, d'autant plus que la Constitution espagnole interdit le droit de sécession d'une partie du pays. Tout ce conflit devra éventuellement se résoudre par des négociations entre les parties impliquées. Ce que j'en comprends, c'est qu'une nette majorité de Catalans veut plus d'autonomie, sans réclamer la souveraineté. Ce qui (une plus grande autonomie) devrait sans doute arriver un jour ou l'autre. Faut-il rappeler que les provinces canadiennes ont présentement beaucoup plus de pouvoirs que la Catalogne.

      M.L.