Désinformation: Facebook se défend d’avoir à jouer un rôle d’«arbitre»

Facebook s’est retrouvé sur la défensive, en raison d’un article de fausse nouvelle qui a fait état d’une rumeur au sujet de Justin Trudeau.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Facebook s’est retrouvé sur la défensive, en raison d’un article de fausse nouvelle qui a fait état d’une rumeur au sujet de Justin Trudeau.

Les plateformes numériques ont promis, à la veille de la campagne électorale, de déceler la désinformation sur leurs réseaux et d’en avertir les internautes. Au terme de l’exercice, Facebook confirme toutefois qu’elle ne peut pas tout dépister en temps réel et que certaines fausses nouvelles ont néanmoins réussi à se propager sur son site.

Facebook s’est targuée mardi d’avoir mis en oeuvre plusieurs mesures pour protéger les électeurs canadiens contre d’éventuels tentatives de désinformation. « Mais je crois que personne qui oeuvre à protéger cette élection n’estime que nous devrions décider pour les autres de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas », s’est défendu le responsable des politiques publiques du site, Kevin Chan.

La plateforme estime bel et bien qu’elle a un rôle à jouer pour sécuriser l’élection qui est en cours. Mais il ne s’agit pas de jouer à « l’arbitre » quant au contenu partagé sur son site, a fait valoir M. Chan au cours d’une séance d’information téléphonique offerte aux médias. « Nous devons trouver le bon équilibre entre la liberté d’expression et s’assurer que les gens aient la bonne information pour faire des choix informés », a martelé le porte-parole.

Facebook s’est retrouvé sur la défensive, en raison d’un article de fausse nouvelle qui a fait état d’une rumeur au sujet de Justin Trudeau et qui a été partagé plusieurs centaines de fois. (Comme d’autres grands médias, Le Devoir a choisi de ne pas détailler cette rumeur non fondée.) L’article avait été publié par un groupe qui se présente sur Facebook comme étant un « journal » mais qui est reconnu comme propageant de fausses informations au Canada et aux États-Unis.

Il a fallu quelques jours avant que l’article ne soit vérifié par l’Agence France-Presse, à laquelle Facebook s’est associé pour que l’agence contre-vérifie de façon indépendante les informations partagées sur son site. L’AFP mène ces efforts aussi rapidement que possible et, lorsqu’une publication s’avère inexacte, un avis y est joint pour le préciser. Les internautes qui ont déjà partagé la publication sont avertis qu’elle a été démentie et l’article devient plus difficile à partager pour les autres par la suite. La distribution de telles fausses nouvelles diminue généralement de 80 % une fois que l’AFP les a dénoncées, selon M. Chan. Un compte « récidiviste » qui publie souvent des fausses nouvelles peut aussi éventuellement se faire interdire de publier du nouveau contenu sur Facebook.

Or, M. Chan s’est fait demander à plusieurs reprises mardi pourquoi la vérification de faits de ce faux article sur M. Trudeau avait pris autant de jours, ce qui a permis qu’il soit partagé à de nombreuses reprises. Le cas de la publication fautive aurait aussi été évoqué selon M. Chan par des représentants du Bureau du conseil privé — le ministère responsable du bureau du premier ministre — qui surveille lui aussi l’intégrité de la campagne électorale. Le BCP a refusé de confirmer, mardi.

« C’est un commentaire qui est le bienvenu. Nous l’avons entendu ailleurs aussi. Et nous tentons de trouver différentes façons d’y répondre », a réagi M. Chan aux questions critiques des médias. « Mais fondamentalement, on en revient à la question de la liberté d’expression et de celle de permettre aux gens de partager du contenu sans devoir attendre que Facebook l’approuve — ce que personne ne souhaite à mon avis. »

Les représentants de Facebook ont par ailleurs indiqué qu’aucun parti politique n’avait vu ses publications retirées de la plateforme pour cause de désinformation. L’équipe ne départage pas les auteurs des publications fautives. « Je ne suis pas au courant, personnellement, de cas où un parti a publié quelque chose que l’on aurait retiré », a cependant avancé M. Chan.