Scheer prévoit d'importantes compressions pour équilibrer le budget

Le chef conservateur, Andrew Scheer, était de passage vendredi à Delta, en Colombie-Britannique, pour dévoiler la plateforme et le cadre financier du parti.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le chef conservateur, Andrew Scheer, était de passage vendredi à Delta, en Colombie-Britannique, pour dévoiler la plateforme et le cadre financier du parti.

Le retour à l’équilibre budgétaire que promet le chef conservateur d’ici cinq ans se fera au détriment des fonctionnaires fédéraux et de l’infrastructure. S’il est élu, Andrew Scheer sabrera l’appareil gouvernemental en plafonnant notamment les embauches et en reportant à plus tard une part significative des investissements prévus pour la construction de ponts et de routes. Déjà, la Ville de Montréal s’inquiète.

Le Parti conservateur, qui se faisait reprocher par les libéraux de cacher aux électeurs ses intentions, a finalement dévoilé sa plateforme et son cadre financier vendredi, levant le voile sur les mesures d’austérité qu’il envisage. On savait déjà que M. Scheer voulait sabrer les subventions aux entreprises et l’aide étrangère, afin de récupérer au total 3 milliards de dollars par année. On sait maintenant où il ira chercher les dizaines de milliards additionnels qui lui manquaient pour remiser l’encre rouge.

Ainsi, M. Scheer propose d’amputer 18 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années des budgets d’infrastructures. Ces sommes seront dépensées ultérieurement puisque le programme qui s’étalait sur 12 ans sera étiré sur 15 ans, mais avec le même budget.

En point de presse, le chef conservateur a nié qu’il sabre les investissements en infrastructures. « Il ne s’agit pas de dépenser moins. Le montant total de dépenses demeure le même au total, a-t-il insisté. Nous allons conserver le montant total de dépenses sur une période de temps responsable, afin de cesser d’emprunter des milliards et des milliards aux contribuables. »

 
18 milliards
C’est le montant que le Parti conservateur compte amputer des budgets d’infrastructures au cours des cinq prochaines années.

Mais à Montréal, on a réitéré qu’on appelait l’ensemble des partis fédéraux — y compris le Parti conservateur — à continuer de s’engager à investir en infrastructures pour rattraper le déficit vécu dans la métropole. « Assurément, pour que Montréal puisse poursuivre son élan, les partis doivent accroître leurs investissements en matière d’infrastructures et de transports en commun, notamment pour la ligne rose », a commenté le cabinet de la Ville.

La fonction publique devrait pour sa part contribuer à hauteur de 16,8 milliards de dollars sur le même horizon de cinq ans. Le nombre de fonctionnaires sera gelé à son niveau de 2020-2021, ce qui représentera à terme une économie d’un demi-milliard de dollars. Surtout, l’appareil devra réduire ses dépenses de fonctionnement de 1,2 % par année. On sabrera les frais de consultants, les dépenses de déplacement et d’hébergement, ainsi que les coûts immobiliers. On ramènera de 140 à 100 le nombre de pieds carrés accaparés en moyenne par chaque fonctionnaire.

À ces compressions s’ajoutera une somme de 750 millions, dont la provenance n’est pas précisée, qui sera redirigée vers la lutte contre l’évasion fiscale. Les conservateurs espèrent récupérer 11 milliards de dollars sur cinq ans. À titre de comparaison, le Parti libéral prévoit ainsi de récupérer 6 milliards en quatre ans, le NPD, 22 milliards en quatre ans et le Parti vert, 30 milliards en cinq ans.

Les géants du Web seront pour leur part mis à contribution à hauteur d’un demi-milliard par an. Les conservateurs leur imposeraient une taxe de 3 % sur leurs revenus. M. Scheer prévoit par contre une exemption pour les compagnies qui auraient une succursale au pays et qui paient déjà de l’impôt au Canada. L’objectif est d’inciter les plateformes à venir s’installer ici.

Au final, le déficit sous Andrew Scheer serait presque le même que dans un scénario de statu quo pendant ses deux premières années de mandat. Il s’établirait ensuite à 10 milliards en 2022-2023 (comparativement aux 12,5 milliards prévus), et diminuerait abruptementà la quatrième et dernière année d’un éventuel mandat majoritaire pour atteindre 4,8 milliards (contre 11 milliards dans le scénario de référence). Il enregistrerait un léger surplus en 2024-2025, de 667 millions.

Justin Trudeau a été prompt à condamner le plan conservateur, dévoilé selon lui « en catimini ». « Nous venons d’apprendre pourquoi Andrew Scheer a attendu le vendredi soir précédant un long week-end pour dévoiler son programme, a lancé le chef libéral. C’est parce qu’il contient 53 milliards de dollars en compressions. Ce sont des compressions plus importantes que celles qu’assène le gouvernement [de Doug] Ford aux Ontariens. »

Mais M. Scheer a argué que c’était plutôt que M. Trudeau qui avait fait erreur, en enregistrant des déficits à répétition. « Les risques de récession mondiale que plusieurs évoquent sont précisément la raison pour laquelle nous devons nous remettre sur la bonne voie dès maintenant. Justin Trudeau a tellement dépensé que nous n’avons plus aucune flexibilité à long terme. »

La loi et l’ordre au menu

Un gouvernement Scheer réintroduirait en outre une loi obligeant le gouvernement fédéral à maintenir l’équilibre budgétaire lorsque le déficit aura été éliminé. En vertu de cette loi, toute nouvelle dépense devrait être financée à même des compressions équivalentes. Et M. Scheer prévoirait que les salaires du premier ministre et des ministres soient à l’avenir liés au respect de cet équilibre budgétaire.

Les conservateurs aboliraient le programme d’échange de seringues dans les prisons mis en place par les libéraux pour lutter contre la propagation de l’hépatite et du VIH. Et ils interdiraient la libération conditionnelle des meurtriers qui refusent de divulguer l’emplacement du cadavre de leurs victimes.

Les conservateurs faciliteraient aussi le dépôt d’accusations contre les Canadiens soupçonnés d’être allés à l’étranger pour participer à des activités terroristes en renversant le fardeau de la preuve. Ils dresseraient une liste d’endroits sous contrôle terroriste et les personnes qui en reviendraient seraient d’emblée accusées. Il leur reviendrait de prouver qu’elles s’y étaient rendues pour une raison légitime (visiter la famille ou faire du journalisme, par exemple). Toutefois, les conservateurs s’engagent à concevoir « un processus pour assurer que les enfants canadiens de terroristes détenus à l’étranger peuvent revenir au Canada ». Un chercheur canadien a dénombré jusqu’à présent 18 citoyens mineurs coincés dans des prisons kurdes en Syrie.

Enfin, les conservateurs promettent d’accorder aux parents d’un nourrisson qui décède un congé payé de huit semaines. À l’heure actuelle, le congé parental est stoppé dans la semaine suivant le décès.