Le NPD dévoile ses chiffres… et ses déficits

En point de presse vendredi, le chef Jagmeet Singh a indiqué qu’il ne pense pas que les plus fortunés cacheront leurs avoirs pour éviter la taxe sur la richesse accumulée.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne En point de presse vendredi, le chef Jagmeet Singh a indiqué qu’il ne pense pas que les plus fortunés cacheront leurs avoirs pour éviter la taxe sur la richesse accumulée.

Le Nouveau Parti démocratique promet que son ambition de réinvestir massivement dans les programmes sociaux se fera à coût nul après seulement une année au pouvoir. La raison ? Les nouveaux revenus qu’il prévoit de puiser dans la poche des riches et des sociétés seront suffisants pour financer le tout.

Le NPD a dévoilé vendredi matin son cadre financier en vue de l’élection, devenant l’avant-dernier parti politique à le faire. On y lit que sous un gouvernement Singh, le déficit bondirait la première année par rapport au scénario du statu quo, mais diminuerait par la suite de telle sorte qu’il serait inférieur à ce que prévoient les libéraux de Justin Trudeau dans leur propre cadre financier. L’équilibre budgétaire n’est toutefois pas sur l’écran radar.

Ainsi, le NPD reconnaît que ses promesses seront coûteuses. Dès 2020-2021, les nouvelles dépenses totaliseraient 35 milliards de dollars. Au sommet trônent l’instauration d’une assurance médicaments (10 milliards par année), la construction de logements sociaux (5 milliards) et son pendant, l’allocation financière versée aux familles qui consacrent une trop grande part de leurs revenus au logement (1,2 milliard), l’assurance dentaire (1,9 milliard) et le financement du transport collectif (1,4 milliard).

Pour compenser, le parti de M. Singh propose de nouveaux revenus de 30 milliards de dollars dès la première année. Le taux de taxation du gain en capital passerait de 50 % à 75 % (8 milliards), l’impôt sur le revenu des entreprises grimperait de 15 % à 18 % (6 milliards), les paradis fiscaux seraient combattus (5,8 milliards) et les fortunes accumulées valant plus de 20 millions seraient taxées à 1 % (5,6 milliards).

Au final, donc, les nouvelles dépenses seraient supérieures aux nouveaux revenus la première année d’un mandat néodémocrate, ce qui ferait bondir le déficit prévu à presque 33 milliards de dollars. Pour les années subséquentes, les nouveaux revenus dépasseraient les nouvelles dépenses de manière telle que le déficit diminuerait pour se fixer légèrement sous la barre des 17 milliards en 2023-24. Pour les quatre années d’un éventuel mandat néodémocrate, les déficits anticipés totaliseraient 84 milliards de dollars contre 62 milliards dans le scénario du statu quo et 94 milliards dans le cadre financier électoral des libéraux.

Le NPD se vante d’avoir été prudent en ajoutant à son déficit annuel une somme correspondant à 15 % des revenus supplémentaires anticipés. Il prend acte du fait que ces nouveaux revenus ne seront peut-être pas au rendez-vous si les sociétés et les contribuables les plus fortunés modifient leur comportement pour éviter les nouvelles taxes.

Car ce scénario a de fortes chances de se produire. Le Directeur parlementaire du budget (DPB), qui a évalué les prévisions de revenus du NPD, a indiqué qu’elles comportaient toutes un degré d’incertitude « élevé ». Pour la taxation accrue du gain en capital, l’estimation des revenus « est très incertaine, puisque la planification et l’évasion fiscales risquent fort d’être abusives », écrit le DPB. Les gains escomptés de l’impôt corporatif à 18 % « ne sont pas nécessairement représentatifs du comportement possible des entreprises quant aux investissements ». Quant à la taxation de la richesse accumulée, « une forte modification du comportement est attendue en raison des stratégies d’évitement et d’optimisation de la valeur des familles riches ».

Le chef Jagmeet Singh se montre néanmoins optimiste. Il a indiqué en point de presse vendredi qu’il ne pense pas que les plus fortunés cacheront leurs avoirs pour éviter la taxe sur la richesse accumulée. « C’est une crainte véritable, mais nous avons été stratégiques dans notre choix du taux de 1 %. On nous a indiqué qu’il coûterait plus cher d’essayer de cacher l’argent que de payer le 1 % », a-t-il soutenu.

Pas d’incidence sur l’économie

De même, le NPD ne prévoit pas que l’économie pourrait ralentir du fait d’une augmentation soudaine des ponctions fiscales imposées au milieu corporatif. Le NPD estime que les profits des entreprises et les gains en capitaux des entités (un individu peut aussi enregistrer un gain en capital) sont de l’argent qui aurait « dormi » dans des comptes en banque. Les taxer davantage n’aura pas d’effet, pense le NPD, sur l’activité économique.

« On ne fait que revenir à ce qui existait avant au Canada », a déclaré le chef. Il faut remonter à 2010 pour trouver un taux d’imposition des entreprises à 18 %, et à 2000 pour un taux d’imposition du gain en capital de 75 %.