Louis-Hébert, l’infidèle circonscription

Le député sortant Joël Lightbound (libéral) est toujours favori dans la course.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le député sortant Joël Lightbound (libéral) est toujours favori dans la course.

Depuis 20 ans, les électeurs de Louis-Hébert ont changé de parti à chaque scrutin. Ils ont voté pour les libéraux (2000), le Bloc québécois (2004), les conservateurs (2006), le Bloc à nouveau (2008), le NPD de Jack Layton (2011), et sont revenus chez les libéraux (2015)… Comment expliquer pareille infidélité ? La tradition se répétera-t-elle cette année ?

C’est assurément ce qu’espère la candidate conservatrice, Marie-Josée Guérette, une ancienne dirigeante du groupe d’assurances La Capitale. Les sondages la placent juste derrière le député actuel dans les intentions de vote. Quand on lui demande si « c’est serré », elle rétorque que « c’est un comté qui a changé six ou sept fois de parti ».

La circonscription englobe la totalité de l’arrondissement Sainte-Foy–Sillery–Cap-Rouge à l’échelle municipale. Or il y a « plusieurs Louis-Hébert », mentionne Mme Guérette. « Il y a un Louis-Hébert bordé par le fleuve, un autre qui va jusqu’à l’aéroport, il y a un Louis-Hébert qui est à l’entrée de la ville. « C’est un secteur qui est à proximité de tout ce qui en fait un comté super pour vivre », résume-t-elle.

Une circonscription où il fait bon vivre, mais où il est ardu de faire campagne, note son conseiller Jean Nobert, qui a lui-même été candidat dans le secteur pour l’Action démocratique du Québec (ADQ) en 2007. « La grande différence par rapport aux autres circonscriptions, c’est qu’il y a de grandes disparités. Tu as Cap-Rouge qui est plus famille, Sillery qui est plus aisée, la pointe de Sainte-Foy qui est plus défavorisée et où il y a plus d’immigration… Ce n’est pas évident », dit-il.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir La candidate Marie-Josée Guérette (conservatrice)

Les plus riches et les plus pauvres

On trouve en effet dans Louis-Hébert les populations les plus fortunées et scolarisées de la région, mais aussi des poches de pauvreté importantes. Un sujet auquel le député libéral sortant Joël Lightbound, se dit très sensible.

« Une des raisons pour lesquelles je me suis lancé en politique, c’est la réduction des inégalités », explique-t-il, en signalant que l’Allocation canadienne pour enfants développée par le gouvernement Trudeau visait justement cela.

Lorsqu’on l’interroge sur la tendance des gens de Louis-Hébert à mettre ses députés dehors, il rétorque qu’il ne tient rien pour acquis. Mais la circonscription a quand même un bon fond libéral, note le sénateur libéral Dennis Dawson, une figure bien connue du parti dans la région et qui a lui-même été député de Louis-Hébert de 1977 à 1984.

« Le comté a toujours eu une tendance plus libérale que le reste de la région », dit-il. Un phénomène qui s’observe aussi lors des élections québécoises. L’automne dernier, le secteur a élu le libéral Sébastien Proulx alors que la CAQ l’emportait partout ailleurs. Enfin, en 2015, seuls Louis-Hébert et Québec (Jean-Yves Duclos) n’ont pas voté pour les conservateurs.

Peu d’enthousiasme

Or sur le terrain, on sent peu d’enthousiasme pour Justin Trudeau. Marie-Michelle, une jeune mère croisée sur la promenade Samuel-De Champlain avec sa poussette, a laissé entendre qu’elle aimerait soutenir Joël Lightbound, mais moins son chef. « Il y a le député et il y a le chef… Ce n’est pas toujours évident », a-t-elle laissé tomber.

« Il y a toujours quelque chose qui accroche », a confié quant à lui André Carrier, un retraité qui promenait son chien. Les libéraux ont augmenté les dépenses publiques et fait des déficits. Le Parti conservateur gérait bien les finances, mais en même temps, j’étais contre les coupes à Statistique Canada. Il y a le côté religieux et la droite de l’Ouest canadien qui m’embêtent aussi. »

Caroline Milot, une autre retraitée croisée sur place, envisageait de donner son appui aux verts pour la première fois. « J’espère que les verts vont faire une percée. […] Ça prend un virage à 180 degrés pour atteindre les cibles de l’Accord de Paris. »

Au-delà des allégeances, toutes les personnes croisées par Le Devoir ont dit vouloir entendre parler davantage d’environnement. Pour la candidate des verts, Macarena Diab, ce n’est pas une campagne démotivante. « La campagne est au-delà de mes attentes. Les gens sont vraiment à l’écoute de notre message », explique la dame qui travaille dans une entreprise en nouvelles technologies et est originaire de l’Uruguay.

« J’entends clairement plus parler d’environnement qu’en 2015 », fait remarquer à cet égard Joël Lightbound. Les dossiers de transports et le projet de tramway suscitent aussi beaucoup d’intérêt, dit-il, en observant que le mouvement pour le troisième lien est moins fort dans Louis-Hébert qu’ailleurs à Québec.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Christian Hébert se présente pour le Bloc québécois.

Des candidats également diversifiés

La candidate conservatrice concède que le thème de l’environnement revient souvent dans les discussions. Par contre, les électeurs du coin veulent d’abord « avoir une vie plus facile, plus confortable », croit-elle. « Ce que j’entends aussi beaucoup c’est qu’on s’endette beaucoup, qu’on fait des déficits. Ça préoccupe beaucoup les gens. »

À la droite du parti conservateur, le Parti populaire présente le candidat Daniel Brisson, un ex-conservateur qui s’est rallié à Maxime Bernier. Ce dernier, dit-il, l’a séduit avec ses déclarations anti-multiculturalistes ainsi que ses critiques à l’endroit des médias qui « refusent par exemple de recevoir des scientifiques qui ne vont pas dans le discours alarmiste des changements climatiques ».

Le Bloc québécois présente, de son côté, Christian Hébert, un producteur de cidre de Portneuf, dont le profil aurait mieux correspondu à la circonscription voisine, mais qui cherche, malgré tout, à passer un message axé sur l’agroalimentaire. « Tout le monde ici mange au moins trois fois par jour », a-t-il souligné en entrevue. « Les gens sont soucieux de tout ce qu’ils mangent et savent que je suis un porteur de dossier tant au niveau agricole et bioalimentaire que de la transformation. »

Enfin, le Nouveau Parti démocratique (NPD) présente, quant à lui, Jérémie Juneau, un étudiant en comptabilité originaire de l’Abitibi-Témiscamingue. Les deux « promesses qui ressortent beaucoup », dit-il, sont « l’environnement et la santé ». « C’est un comté très diversifié », mentionne-t-il, lui aussi. « Pour réussir dans Louis-Hébert, je pense qu’il faut surtout rassembler les gens. »