Jeunes familles: Trudeau s’inspire des conservateurs et en rajoute

Les libéraux comptent notamment bonifier l’allocation canadienne pour enfants de 15% pour les enfants de moins d’un an, pour une augmentation potentielle maximale de 1000$ la prestation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les libéraux comptent notamment bonifier l’allocation canadienne pour enfants de 15% pour les enfants de moins d’un an, pour une augmentation potentielle maximale de 1000$ la prestation.

Les nouveaux parents seront contents, car ils font l’objet d’une surenchère d’offres électorales. Alors qu’Andrew Scheer leur promet un crédit d’impôt s’ils se qualifient aux prestations parentales, Justin Trudeau le double sur sa gauche en promettant d’exonérer celles-ci à la source pour rendre l’argent disponible immédiatement. Et à ceux qui estiment cette mesure inégalitaire, le chef libéral en rajoute en promettant un revenu minimum pour tous les autres parents qui n’ont pas droit à un congé payé.

La promesse de M. Scheer consiste à accorder un crédit d’impôt non remboursable équivalant à 15 % des prestations parentales ou de maternité touchées, pour une valeur maximale de 4125 $. Le chef conservateur a indiqué qu’il s’agissait de donner de l’argent aux parents pendant les premiers mois de la vie de leur enfant, quand les dépenses s’accumulent (couches, poussette, etc.). Mais les critiques ont fait remarquer que cet argent ne serait disponible qu’au printemps de l’année suivant la naissance, au moment de remplir la déclaration de revenus.

Le Parti libéral semble avoir pris des notes. Il propose ainsi de ne plus retenir à la source l’impôt fédéral sur les prestations versées. « Vous aurez chaque dollar [auquel vous avez droit] dès que vous en avez besoin puisqu’aucun impôt ne sera déduit du chèque d’assurance-emploi lorsque les nouveaux parents le recevront », a plaidé M. Trudeau, qui se trouvait à Terre-Neuve mardi. Tout comme M. Scheer, M. Trudeau promet une compensation équivalente pour les parents du Québec, où un régime distinct est en vigueur.

L’enjeu de l’accès

Le PLC va cependant plus loin et prend acte de l’autre critique formulée à l’encontre de la promesse conservatrice, à savoir qu’elle ne bénéficierait qu’aux parents admissibles aux congés parentaux. Ce programme, à l’image de l’assurance-emploi, nécessite d’avoir cumulé un certain nombre d’heures travaillées pour s’y qualifier. Selon Statistique Canada, 29 % des mères n’y ont pas eu droit en 2017. Le crédit d’impôt de M. Scheer ne leur apporterait donc rien, même s’ils ont eux aussi des dépenses liées à la venue d’un bébé. Les libéraux promettent d’aider ces orphelins du régime.

« Dès la première année de notre retour au pouvoir, nous commencerons à bâtir un système national de congé familial payé garanti », a indiqué M. Trudeau, sans fournir plus de détails. « Cela sera un programme ambitieux pour s’assurer que personne n’est laissé pour compte. »

Sophie Mathieu, chercheuse postdoctorale à l’Université Brock spécialisée dans ces questions, estime que « c’est une excellente idée ». « Il est là, l’enjeu. […] Favoriser l’accès au congé est la voie à suivre. » Elle rappelle que le programme québécois est plus accessible puisque les travailleurs s’y qualifient pour peu qu’ils accumulent 2000 $ de revenus d’emploi dans l’année. « Au salaire minimum, cela représente 160 heures », dit-elle, alors qu’il faut 600 heures pour se qualifier au programme dans le reste du Canada. Selon ses recherches, 89 % des nouveaux parents québécois se qualifient à une prestation, contre 65 % dans le reste du pays.

Dès la première année de notre retour au pouvoir, nous commencerons à bâtir un système national de congé familial payé garanti

Jennifer Robson, professeure à l’Université Carleton, pense de même. « Étant donné les transformations du marché du travail, il est logique de vouloir bâtir des programmes qui couvrent plus de travailleurs et cela changerait beaucoup de choses pour les familles », écrit-elle au Devoir.

Les libéraux permettraient aussi aux parents qui adoptent un enfant de prendre un congé aussi long que les autres, pour un ajout de 15 semaines. À l’heure actuelle, autant le programme d’Ottawa que celui de Québec offrent un congé spécifique à la mère parturiente. Les libéraux n’ont pas été en mesure de dire s’ils — et comment — compenseraient le Québec.

Encore pour les parents

Ce ne sont pas les seules promesses faites aux parents. Les libéraux ont aussi annoncé qu’ils bonifieraient l’Allocation canadienne pour enfants de 15 % pour les enfants de moins d’un an, pour une augmentation potentielle maximale de 1000 $ la prestation.

De son côté, Andrew Scheer a continué son opération charme envers les parents en promettant d’augmenter la subvention fédérale aux régimes enregistrés d’épargne-études (REEE). Alors que le gouvernement supplémente présentement de 20 % la contribution des parents, jusqu’à concurrence de 500 $ par année, M. Scheer ferait passer cette part fédérale à 30 %, ou 750 $. Les conservateurs hausseraient également la contribution maximale à vie du gouvernement, de 7500 $ à 12 000 $.

« La plupart des parents peuvent le dire : les études postsecondaires coûtent très cher, a fait valoir M. Scheer, de passage à Winnipeg. Beaucoup de Canadiens ne peuvent pas juste faire un chèque pour payer les droits de scolarité, les manuels scolaires et les dépenses de l’année. Pour la plupart des parents, envoyer leurs enfants à l’université ou dans un collège de formation professionnelle représente des années d’épargne. Ça représente des concessions, mais ça en vaut la peine. »

Le recours aux REEE n’est cependant pas réparti de façon égale parmi les familles canadiennes. Selon Statistique Canada, 50,8 % des parents détiennent un tel compte.

Avec Marie Vastel