À Longueuil, une course entre transfuges souverainistes

Chef du Parti vert du Québec entre 1994 et 1996, Éric Ferland se joint maintenant à l’équipe du Jagmeet Singh.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chef du Parti vert du Québec entre 1994 et 1996, Éric Ferland se joint maintenant à l’équipe du Jagmeet Singh.

Il y a un ex-péquiste devenu libéral, un ex-néodémocrate maintenant vert et un ancien vert passé chez les néodémocrates. Dans Longueuil–Saint-Hubert, l’élection 2019 mettra aux prises trois transfuges qui brouillent les points de repère… d’autant que voilà trois souverainistes qui ont fait le choix de grossir les rangs de trois partis fédéralistes.

En confirmant lundi la candidature d’Éric Ferland — un ancien chef du Parti vert du Québec au milieu des années 1990 —, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a complété un tableau rare.

Le changement d’allégeance de M. Ferland s’ajoute à ceux de Réjean Hébert (ancien ministre dans le gouvernement Marois, maintenant candidat libéral) et du député sortant Pierre Nantel (élu comme néodémocrate en 2011, passé au Parti vert du Canada dans les dernières semaines).

Autant de transfuges qui ont en point commun d’avoir été (ou d’être encore) souverainistes… mais qui mettent cette question en jachère.

« J’ai déjà été souverainiste, c’est sûr, a expliqué M. Ferland lundi. Mais l’important aujourd’hui est de travailler avec un grand pays pour l’injustice sociale et les changements climatiques. En étant regroupé, ce sera plus facile de lutter [pour ces enjeux]. »

Plus tard, il a souligné que, « dans la vie, on a le droit de changer. Pour le moment, la question de la souveraineté n’est vraiment pas importante pour moi. Dans 10, 15, 20 ans, je ne sais pas. »

C’est essentiellement la réponse qu’avait faite Réjean Hébert au moment d’annoncer son intérêt pour l’investiture du Parti libéral du Canada dans cette circonscription. « La souveraineté à ce moment-ci n’est pas à l’ordre du jour. Ce n’est pas un débat social actuel et, en attendant, il faut faire vivre ce pays, le Canada. Il faut le faire évoluer. »

Pierre Nantel affiche quant à lui clairement ses convictions souverainistes. « Bien sûr, je suis un souverainiste, tout le monde le sait, et cela a toujours été le cas », disait-il encore la semaine dernière.

Le candidat venait de faire bondir sa propre cheffe, Elizabeth May, en soutenant à QUB Radio que « s’il y avait une question référendaire au Québec, je voterais oui […]. Séparons-nous au plus vite ».

Mais, comme les autres, il fait le constat que le combat indépendantiste ne se joue pas maintenant, ni à ce niveau. « Si je voulais m’organiser pour que le Québec puisse enfin être indépendant, j’irais faire de la politique provinciale, avait-il dit sur les ondes de QUB. Là, on est en politique fédérale. Il faut défendre les enjeux concrets qui défendent le Québec ici et maintenant dans un contexte canadien. »

Lundi, Elizabeth May s’est portée à la défense de M. Nantel en affirmant qu’il « n’est pas un fauteur de trouble qui veut briser ce pays ».

Le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice, a offert lundi une réponse semblable à celle de son ex-collègue quand les journalistes lui ont demandé où il se situait maintenant sur cette question.

« Je pense que tout le monde sait que j’ai voté oui en 1995, a indiqué M. Boulerice, présent aux côtés du chef Jagmeet Singh pour l’annonce de la candidature d’Eric Ferland. Ça fait huit ans et demi que je suis député. Ce qui est important, c’est que les progressistes et les environnementalistes soient capables de travailler ensemble pour trouver des solutions et régler des problèmes : on fait de la politique pour régler des problèmes et aider les gens. C’est ma priorité et je suis capable de le faire au sein du NPD. »

Pragmatiques

Que retenir de ces cas de figure ? Politologue à l’UQAM, Anne-Marie Gingras y lit une forme de pragmatisme de la part de ces hommes politiques — plus qu’un abandon de l’option souverainiste comme telle.

« C’est représentatif d’une volonté de vouloir améliorer la société dans laquelle on se trouve, de travailler pour l’environnement ou des programmes sociaux, etc. Et si la question de la souveraineté se repose, peut-être qu’ils se permettront alors de rentrer au bercail… mais ce n’est effectivement pas à l’ordre du jour. »

Je pense que tout le monde sait que j’ai voté oui en 1995

C’est cette idée de « faire avancer des dossiers » qui explique selon elle « l’attrait » de partis fédéralistes auprès de certains indépendantistes — qui auraient autrement pu se retrouver au Bloc québécois. « Les partis pancanadiens offrent effectivement la possibilité de faire des alliances sur d’autres sujets que la souveraineté, et ces alliances-là sont importantes pour que les dossiers cheminent », pense-t-elle.

Quant aux mouvements inter-partisans, c’est selon Mme Gingras la preuve « qu’on sous-estime la proximité idéologique entre certains partis ».

Une proximité qui explique peut-être que, dans Longueuil–Saint-Hubert, le seul candidat qui portera en 2019 les mêmes couleurs qu’en 2015 sera celui du Bloc québécois, en l’occurrence l’acteur Denis Trudel. Et celui-ci estime que la situation entourant ses adversaires donne l’impression d’une campagne « qui devient un cirque ».

« Je pense que c’est très réfléchi et stratégique de la part des partis d’envoyer des candidats qui se réclament un peu de [la mouvance indépendantiste] et agite ça comme un hochet : la circonscription est une des plus souverainistes au Québec », dit-il. C’est d’ailleurs la députée Catherine Fournier (péquiste devenue indépendante, mais toujours souverainiste) qui en représente une partie au provincial.

« Il me semble que quand tu as une conviction comme ça, tu la défends dans un parti qui y croit », affirme M. Trudel.

8 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 17 septembre 2019 05 h 30

    Je suis bien d'accord ....

    avec M. Trudel; quand tu crois à l'indépendance du Kébec (je me fait plaisir en l'écrivant à l'ancienne) et bien tu fais partie du Bloc, et non pas d'un parti fédéraliste. Si toutes ces gens qui sont indépendantiistes votaient ou se présentaient pour le Bloc, il serait très bien représenté plutôt que de tirer la patte, et aurait les effectifs nécessaires financièrement pour faire avancer ses dossiers. Un indépendantiste ne vote pas pour un parti fédéraliste, ça ne fait pas de sens à mes yeux en tout cas.

    • Pierre Labelle - Abonné 17 septembre 2019 08 h 53

      Je suis bien d'accord avec vous madame Gervais. Je suis indépendantiste depuis 1965, je n'ai jamais voté pour un parti fédéraliste, même avant la venue du Bloc, j'allais annulé mon vote. Je n'ai jamais compris ces pirouettes de ces contortionnistes, ils n'ont rien à envier à ceux du Cirque du Soleil. Je trouve triste que par opportunisme politique des personnes agissent ainsi, le plus vieux métier du monde, ça vous dit queque chose!

  • Claude Bariteau - Abonné 17 septembre 2019 06 h 04

    Trois candidats qui ont voté OUI en 1995 veulent se faire élire dans Longueuil-St-Hubert pour jouer au Canada plutôt que de poursuivre le combat pour créer le pays du Québec.

    En se présentant, ils alimentent la retenue des Québécois et des Québécoises envers le combat pour l'indépendance du peuple québécois toutes origines confondues.

    Leurs pirouettes ressemblent à celles de Patriotes après 1840. Sollicités par La Fontaine et ses alliés, ils ont joué au Canada-Uni sans se rendre compte qu’ils contribuaient au pouvoir instauré par Londres pour précisément chasser du Québec les idées républicaines avec le support du clergé catholique.

    Ce faisant, ils ont ouvert la voie à la création du Dominion of Canada, projet conçu par Brown, un député de la section-ouest et ami du gouverneur général Monck, pour unir, avec la collaboration de Cartier, les colonies britanniques au nord des États-Unis, ce que recherchait Londres.

    La conséquence de leurs services fut de détourner les habitants de la section-est, l’ex-Bas-Canada, de la lutte qu’ils menaient. Il en découla un contrôle politique et religieux qui s'irradia dans la province de Québec qui assura une centralisation des pouvoirs économiques au gouvernement fédéral et l’éviction des vues républicaines.

    En 2019, ces ex-souverainistes agissent comme eux. Au Canada, ils feront la promotion des intérêts canadiens et mineront la marche toujours active des futurs citoyens et futures citoyennes pour créer le pays du Québec.

    On ne peut pas se dire indépendantiste et travailler avec le Canada pour qui la lutte contre dont l’indépendance du peuple québécois est une priorité. Dans Longueuil-St-Hubert, la façon de les ramener sur la terre du Québec est d’élire le candidat du BQ.

    Ces souverainistes mêlés découvriront alors qu’ils ont intérêt à servir le Québec en travaillant à la création du pays du Québec. C’est ce message que les électeurs et électrices de ce comté doivent leur dire.

  • Léonce Naud - Abonné 17 septembre 2019 07 h 55

    Partis politiques fédéraux et fragmentation nationale québécoise

    Lire le commentaire : « Partis politiques fédéraux et fragmentation nationale québécoise » inscrit ce matin sous l’éditorial de Benoît Dutrisac intitulé : « Tiers partis au bord du gouffre.»

  • Hermel Cyr - Abonné 17 septembre 2019 07 h 58

    Trois faux jetons !

    J’espère que les Longueilloises et Longueillois vont foutre dehors les trois faux jetons que sont Éric Ferland, Pierre Nantel, Réjean Hébert; trois bouffons qui jouent ou ont joué sur plusieurs tableaux et qui se foutent de leur gueule.
    Comment ne pas être cynique devant une si mauvaise farce ?
    La qualité d'une femme ou d'un homme politique se mesure à sa capacité de lutter à contre-courant et à sa franchise. Se faire porter mollement par ce qu’on croit être la dernière « vague » venue, c'est le jeu des mauviettes.

  • David Cormier - Abonné 17 septembre 2019 08 h 40

    Pleins feux sur les vire-capot

    C'est quoi cette obsession des journalistes à braquer les projecteurs sur ces vire-capot? Dans cet article, on fait dire quelques mots à Denis Trudel du Bloc, comme s'il était un candidat marginal, et on ne dit rien, absolument rien, sur Patrick Clune du parti conservateur. Je ne suis pas partisan des conservateurs, mais je crois qu'ils ont un bon candidat qui aurait mérité une présentation. J'habite la circonscription et, pour ma part, ce sera le Bloc : je ne veux rien savoir des traîtres.