Ottawa n’exclut plus une taxe carbone plus élevée après 2022

La ministre fédérale de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre fédérale de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna

La taxe sur le carbone du gouvernement de Justin Trudeau pourrait continuer d’augmenter au-delà de 2022 pour dépasser les 50 $ la tonne d’émissions, a reconnu pour la première fois la ministre de l’Environnement. Mais si tel devait être le cas, cela surviendrait au terme d’une négociation ardue avec les provinces et ferait l’objet d’un débat au cours de la campagne électorale suivante, tempère Catherine McKenna.

La taxe sur le carbone d’Ottawa, de 20 $ la tonne, doit augmenter de 10 $ par année pour atteindre 50 $ en 2022. Puisque le plan libéral de lutte contre les changements climatiques ne dit rien pour les années subséquentes, les conservateurs supputent que la taxe augmentera encore et que les électeurs seront placés devant un fait accompli après le scrutin d’octobre.

Le Directeur parlementaire du budget a calculé en juin dernier que pour atteindre les objectifs canadiens de réduction des gaz à effet de serre (GES), la taxe devrait continuer à croître jusqu’à 102 $ en 2030. Mme McKenna avait déclaré à ce moment que telle n’était pas son intention. « Le plan n’est pas d’augmenter le prix au-delà de 2022. » Aujourd’hui, son discours est plus nuancé. La ministre rappelle que ce qui arrivera après 2022 ne dépend pas seulement d’elle.

« L’engagement pris s’applique jusqu’en 2022, a-t-elle indiqué lundi. Il n’y a aucune intention d’aller au-delà de ça. Il n’y a pas d’ordre du jour caché. Toute décision d’augmenter [la taxe] serait l’objet d’une consultation avec les provinces et les territoires et cela deviendrait inévitablement un enjeu électoral pour la prochaine élection. » La ministre a laissé entendre qu’il ne serait pas facile de convaincre les provinces d’augmenter encore la taxe. « Nous avons travaillé vraiment fort pour négocier ce prix [actuel]. Il y aura une élection en 2023 et cela fera peut-être l’objet d’une discussion à cette élection. »

Hausse au Québec ?

Les conservateurs se sont emparés de cette sortie pour démontrer que les libéraux ne jouent pas franc-jeu. « Le chat est sorti du sac ! » s’est exclamé le député Pierre Poilievre. « Elle a dit la vérité par accident. Elle a admis que si les libéraux sont réélus, la taxe sur le carbone sera beaucoup plus élevée. »

M. Poilievre estime que cet « aveu » a « une importance au Québec sans précédent ». Le Québec est pour l’instant épargné par la taxe fédérale parce que son système de plafonnement et d’échange des émissions de GES engendre un prix du carbone similaire à celui d’Ottawa. Si Ottawa hausse son prix, le plan québécois ne sera plus suffisant. « Les Québécois seront obligés de payer davantage aussi, prédit M. Poilievre. Le prix de l’essence, de l’épicerie et du chauffage va augmenter au Québec beaucoup plus qu’on avait prévu. »

Nous avons travaillé vraiment fort pour négocier ce prix [actuel]. Il y aura une élection en 2023 et cela fera peut-être l’objet d’une discussion à cette élection.

Les conservateurs promettent d’abolir la taxe sur le carbone s’ils sont élus. Ils remplaceraient aussi la taxe sur les émissions polluantes des grandes entreprises par un système d’investissements verts obligatoires. Celles émettant plus de GES que les plafonds fixés devraient en guise de pénalité investir dans des technologies vertes. Les entreprises seraient autorisées à investir dans leurs propres opérations.

Le plan conservateur a été raillé par les autres partis politiques, et des scientifiques le critiquent aussi. Mark Jaccard, professeur spécialisé dans les questions d’énergies renouvelables à l’Université Simon Fraser, a écrit la semaine dernière dans la revue Options politiques que, selon ses modélisations, « les émissions canadiennes en 2030 seraient 100 mégatonnes inférieures avec les politiques libérales qu’avec le plan climatique proposé par les conservateurs ».

Selon le dernier bilan disponible, les émissions canadiennes s’élevaient à 716 mégatonnes en 2017 et doivent, en vertu des engagements internationaux pris par le Canada, chuter à 513 Mt d’ici 2030. Le plan libéral, pour l’instant, prévoit les ramener à 592 Mt. M. Jaccard calcule que le bilan canadien en 2030 resterait à peu près le même qu’en 2017 avec le plan conservateur. M. Poilievre a indiqué que le Parti conservateur « n’est pas d’accord » avec cette conclusion. Le plan conservateur rendu public en juin n’indique nulle part combien de GES il retranchera du bilan canadien.