Ottawa versera des indemnisations de 1,75 milliard de dollars aux producteurs laitiers

La ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau (à droite), a profité de l’annonce de vendredi pour discuter avec la propriétaire d’une ferme laitière à Compton, en Estrie.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau (à droite), a profité de l’annonce de vendredi pour discuter avec la propriétaire d’une ferme laitière à Compton, en Estrie.

Le gouvernement Trudeau a promis aux producteurs laitiers vendredi une aide financière de 1,75 milliard pour compenser l’effet des concessions des accords avec l’Europe et les pays de l’Asie-Pacifique, un plan qu’ils ont bien reçu, en prévenant toutefois qu’il faudra aussi allonger des sommes pour l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

L’enveloppe, qui sera versée sur huit ans, bénéficiera à 11 000 fermes laitières au Canada, dont la moitié se situent au Québec. Une tranche de 345 millions sera versée dès cette année sous forme de paiements directs, ce qui représente environ 28 000 $ pour une ferme moyenne de 80 vaches.

« Les compensations sont déployées de façon pleine et équitable afin de permettre à chacune et chacun de prendre les meilleures décisions en fonction des nouvelles réalités du marché et de leur situation respective », a soutenu le gouvernement fédéral, dont l’annonce a été faite dans une ferme à Compton, au Québec, par la ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau.

Les modalités des prochaines années du plan d’aide restent cependant à être déterminées entre Ottawa et les Producteurs laitiers du Canada, a indiqué le gouvernement fédéral. Cette aide s’ajoute aux 250 millions offerts en 2016 pour l’accord avec l’Europe, qui permettait notamment de plus grandes importations de fromage.

Réactions positives

L’aide « est conforme aux orientations » dévoilées à la fin de l’hiver dans le dernier budget du ministre des Finances, ont estimé les Producteurs de lait du Québec (PLQ). « Nous souhaitions qu’il n’y ait pas de concessions pour nous dans ces accords, mais des concessions ont été faites. Il fallait donc indemniser les producteurs », a affirmé le président de l’organisation, Bruno Letendre, lui-même producteur à Saint-Georges-de-Windsor, en Estrie.

Selon une première analyse faite par les PLQ, l’enveloppe annoncée devrait couvrir environ 70 % des pertes qui découlent des concessions consenties par Ottawa dans les deux accords avec ses partenaires.

Les versements directs effectués cette année doivent être faits rapidement, avant l’élection, a plaidé la Fédération des chambres de commerce du Québec en rappelant que les producteurs attendent depuis longtemps. Aux yeux du Bloc québécois, le gouvernement Trudeau vient de poser un geste à saveur électorale. « Les producteurs ont très clairement indiqué qu’ils souhaitent recevoir un chèque avant les élections », a affirmé le chef du parti, Yves-François Blanchet. Le Parti conservateur a accusé les libéraux de s’être traîné les pieds et d’avoir attendu à l’approche du scrutin pour faire leur annonce.

Si le plan a été bien reçu, les producteurs préviennent toutefois que le gouvernement devra également sortir le chéquier pour l’AEUMC. Les PLQ demandent notamment aux partis politiques de « s’engager à maintenir le programme annoncé par le gouvernement » et à tracer une ligne lors des prochaines négociations.

Paramètres à surveiller

Selon le directeur des communications des PLQ, François Dumontier, l’impact de l’AEUMC, qui prévoit des concessions de parts de marché d’environ 3,9 %, sera plus ou moins équivalent à celui des deux autres accords. Cependant, des points d’interrogation demeurent quant aux conséquences de certains paramètres, dont les exportations de poudre de lait écrémé et le remplacement de la « classe 7 », qui concerne le lait diafiltré exporté par les Américains, a-t-il dit.

Les discussions préliminaires portant sur une entente commerciale entre les pays du Mercosur et le Canada sont également un enjeu éventuel, a mentionné M. Dumontier. Les négociations entre le Canada et le Mercosur — quatrième bloc commercial du monde, qui comprend le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay — ont débuté en mars 2018 à Ottawa.

Si jamais le Brexit forçait un jour le Royaume-Uni à négocier un accord avec le gouvernement canadien, il pourrait là aussi y avoir un enjeu, a ajouté M. Dumontier.