La charge de Scheer contre le guide alimentaire jugée sévèrement

Le chef conservateur Andrew Scheer, que l’on voit ici boire à même une pinte de lait à l’occasion du souper annuel de la Tribune de la pressse parlementaire, en juin 2017, a dénoncé mercredi la place accordée au lait dans le nouveau guide alimentaire canadien.
Photo: Red Chartrand La Presse canadienne Le chef conservateur Andrew Scheer, que l’on voit ici boire à même une pinte de lait à l’occasion du souper annuel de la Tribune de la pressse parlementaire, en juin 2017, a dénoncé mercredi la place accordée au lait dans le nouveau guide alimentaire canadien.

La volonté du chef du Parti conservateur du Canada de revoir le nouveau guide alimentaire canadien, qu’il accuse de « ne pas être basé sur la science », fait sourciller des experts et des intervenants en nutrition.

De passage à Saskatoon mercredi dans le cadre de l’assemblée générale annuelle des Producteurs laitiers du Canada, Andrew Scheer s’en est pris au guide alimentaire mis à jour il y a six mois par le gouvernement Trudeau. Le chef conservateur a promis un nouvel examen du guide qui refléterait « réellement ce que la science nous dit », si son parti est élu cet automne.

Pour M. Scheer, le document découle d’un « processus imparfait » et d’« une absence totale de consultation ». « [Le guide] semble être idéologiquement motivé par des personnes ayant un parti pris contre certains types de produits alimentaires sains », a-t-il déclaré devant plusieurs médias.

Des propos qui ont vivement fait réagir dans le milieu. « Boire de l’eau, manger plus de fruits et légumes, de grains entiers et de protéines végétales — ce que le guide dit —, c’est ce qui ressort de la littérature scientifique. Dire que c’est biaisé et non scientifique est faux », laisse tomber Bernard Lavallée, nutritionniste, auteur et blogueur connu sous le nom du « nutritionniste urbain ».

La directrice de la Coalition Poids, Corinne Voyer, partage son opinion. « Si M. Scheer refait comme il le dit le processus en se basant sur des sources scientifiques, il aboutira aux mêmes conclusions que le guide actuel, assure-t-elle. C’est refaire le travail deux fois et mettre des sous à la mauvaise place. »

Mme Voyer fait remarquer que la dernière version du guide s’appuie essentiellement sur des études scientifiques, puisque les représentants de l’industrie alimentaire ont été — pour la première fois — écartés des consultations, pour éviter tout conflit d’intérêts.

« Et des consultations, il y en a eu, elles étaient ouvertes et rendues publiques », ajoute-t-elle, se demandant où le chef du Parti conservateur « allait chercher ses informations ».

De son côté, la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a accusé M. Scheer de « raconter des mensonges ». « Ses commentaires ne sont pas surprenants, venant du même Parti conservateur qui a interdit aux scientifiques du gouvernement de s’exprimer et a ignoré de manière flagrante la science », a-t-elle poursuivi.

À la défense des produits laitiers

C’est surtout la présence réduite des produits laitiers dans le nouveau guide qui semble avoir offusqué le chef conservateur. « C’est ridicule de croire que ces produits que nous buvons et que nous mangeons en tant qu’êtres humains depuis des millénaires soient d’un coup malsains », a-t-il déclaré.

Rappelons que dans la dernière mise à jour du guide alimentaire, les produits laitiers sont tombés de leur piédestal, eux qui formaient autrefois un groupe alimentaire à part entière. Ils se retrouvent maintenant aux côtés des autres aliments protéinés, comme les noix, la volaille ou la viande rouge. Ce changement avait soulevé l’étonnement et la colère des producteurs laitiers, qui revendiquaient l’apport essentiel de calcium dans le lait.

Un avis partagé par M. Scheer, qui s’est décrit comme un père longtemps inquiet que son fils, aux habitudes alimentaires difficiles, ne consomme pas assez de calcium. « Je crois vraiment que le lait au chocolat a sauvé la vie de mon fils. »

« C’est dépassé comme argument », s’offusque de son côté le nutritionniste Bernard Lavallée. En plus d’être un produit transformé très sucré, le lait au chocolat, retiré de l’alimentation quotidienne, n’aura pas de réel impact sur la croissance d’un enfant, indique-t-il. « C’est prouvé scientifiquement, le lait n’est pas essentiel à la santé, on n’en a pas besoin tous les jours », ajoute-t-il.