Environ 900 produits alimentaires chinois interceptés aux douanes canadiennes

Près de 900 produits en provenance de Chine ont été interceptés par les inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Près de 900 produits en provenance de Chine ont été interceptés par les inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Les inspecteurs canadiens ont intercepté près de 900 produits alimentaires en provenance de Chine en raison de soupçons concernant des étiquettes défectueuses, des allergènes non indiqués et des contaminants dangereux comme du verre et du métal. Ces produits ont été saisis de 2017 au début de l’année 2019, selon des registres internes du gouvernement fédéral.

Le document présente un aperçu des produits importés de Chine qui ont attiré l’attention des autorités parce qu’ils semblaient ne pas correspondre aux normes de qualité canadiennes. On y trouve notamment des boules de gomme contenant un corps métallique « étranger », du chow mein instantané contenant un insecte et des tentacules de poulpes épicés présentant un « danger non précisé ».

Cette liste dressée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments a été obtenue par La Presse canadienne grâce à la loi sur l’accès à l’information.

Sa publication survient à un moment où l’intérêt public est grandement concerné par l’inspection des aliments qui traversent la frontière, notamment dans le cas des produits échangés entre le Canada et la Chine.

L’examen minutieux des produits agricoles se trouve au coeur d’un différend diplomatique entre le Canada et son deuxième partenaire commercial. Les frictions bilatérales ont gagné en intensité depuis l’arrestation en décembre, à Vancouver, d’une dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou. Deux Canadiens ont ensuite été arrêtés en Chine pour des allégations d’espionnage.

L’opposition conservatrice à Ottawa presse le gouvernement libéral de réagir aux actions de la Chine en adoptant une ligne plus dure envers les importations chinoises.

Au cours des dernières semaines, Pékin a demandé au Canada de suspendre tous ses certificats d’exportation de viande vers la Chine après que des inspecteurs eurent détecté la présence de résidus d’un additif dans le porc appelé ractopamine, une substance destinée à l’alimentation animale.

Selon une déclaration de l’ambassade de Chine à Ottawa, leur enquête aurait parmi de découvrir 188 certificats de vétérinaires contrefaits et de révéler « des failles évidentes » de sécurité dans le système canadien.

Les autorités chinoises ont également bloqué les importations de semences de canola canadiennes en alléguant qu’elles contiendraient des parasites. Le gouvernement fédéral dit avoir tenté en vain d’envoyer une délégation d’inspecteurs en Chine pour examiner les preuves.

Les conséquences économiques des manoeuvres commerciales chinoises sur les exportations alimentaires canadiennes, ainsi que les détentions de Michael Kovrig et de Michael Spavor, sont sérieusement perçues comme des moyens de pression exercés par Pékin pour obtenir la libération de Meng Wanzhou.

La liste de l’Agence canadienne d’inspection des aliments démontre qu’il n’est pas rare que les produits chinois soulèvent des préoccupations.

Entre le 1er janvier 2017 et le 28 février 2019, des agents ont « détecté des problèmes » avec 889 aliments importés ou ingrédients alimentaires en provenance de Chine, d’après le document obtenu.

Toutefois, selon les rapports trimestriels de l’ACIA, seulement quatre expéditions de produits alimentaires en provenance de Chine se sont vues refuser l’entrée au Canada.

Une porte-parole de l’agence a expliqué que l’ACIA enquêtait sur les préoccupations soulevées par ses agents afin de déterminer si les produits représentent un danger ou s’ils ne respectent pas les normes canadiennes. Au besoin, l’agence peut exiger des corrections mineures sur les étiquettes, ordonner des rappels, saisir des produits, refuser les importations ou annuler des permis d’importation.

La ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a déclaré dans un courriel que les problèmes énumérés dans la liste de l’ACIA n’étaient pas nécessairement liés à un enjeu particulier concernant les produits alimentaires importés de pays étrangers.

Elle soutient que le système canadien est reconnu comme l’un des meilleurs au monde et que le gouvernement est convaincu que tous les produits approuvés sont sans danger pour la consommation.

La liste ne fournit que des chiffres pour la Chine et n’inclut pas de données comparables pour les autres partenaires commerciaux du Canada.

Sylvanus Kwaku Afesorgbor, expert en commerce et politique agroalimentaires, a indiqué par courriel que le Canada mettrait probablement beaucoup de temps avant de prendre des mesures contre les importations en provenance de Chine.

Selon ce professeur adjoint de l’Université de Guelph, le Canada va toujours se plier aux règles et d’abord épuiser toutes les voies démocratiques inscrites dans les accords commerciaux internationaux.

« Toute mesure de rétorsion peut entraîner une guerre commerciale et nuire aux deux pays », observe-t-il.