Une plateforme environnementale à 15 milliards pour le NPD

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, était à un rassemble­ment partisan vendredi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du NPD, Jagmeet Singh, était à un rassemble­ment partisan vendredi à Montréal.

Taxation plus sévère des grands pollueurs, électrification des transports, coup de barre dans la lutte contre les gaz à effet de serre (GES) : le Nouveau Parti démocratique a présenté vendredi une plateforme environnementale qu’il juge « audacieuse », mais qui demeure floue sur la manière précise dont les ambitions pourraient se matérialiser.

« C’est le plan environnemental le plus complet que le NPD ait jamais proposé », a dit le chef Jagmeet Singh lors d’un rassemblement partisan préélectoral tenu à Montréal. « Il trace de façon claire la voie à suivre pour évoluer vers une économie qui profitera enfin à tous les Canadiens », a-t-il soutenu.

La volonté avouée des néodémocrates : s’imposer comme le plus vert des partis fédéraux. « Justin Trudeau ne peut pas nous sortir de la crise climatique avec de belles paroles et les conservateurs agissent comme s’il n’y avait pas de crise », a soutenu M. Singh.

Quant au Parti vert du Canada, qui chauffe le NPD dans les sondages, le chef s’est dit convaincu que ce « plan tellement détaillé » va « inspirer les Canadiens » et les inciter à se tourner vers les néodémocrates.

Au total, le NPD promet de nouveaux engagements totalisant plus de 15 milliards pour mettre en place des programmes qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et créer quelque 300 000 « emplois de qualité » à travers le pays.

Le NPD entend notamment conserver la taxe sur le carbone mise en place par le gouvernement Trudeau dans les quatre provinces (et bientôt l’Alberta) ne s’étant pas dotées d’un plan de tarification des émissions de GES. Le remboursement fiscal accordé aux familles sera aussi maintenu.

Le NPD promet par contre « d’éliminer les exemptions que les libéraux ont accordées aux grands pollueurs ». Or, la portée de cet engagement a semblé confondre le chef et son équipe vendredi.

Dans le système actuel, Ottawa a établi une moyenne d’émissions de GES pour chaque catégorie de grands émetteurs industriels (cimenteries, alumineries, etc.). À l’origine, on avait fixé à 70 % de cette moyenne le seuil à partir duquel les entreprises doivent payer pour la pollution qu’elles provoquent.

Ottawa a toutefois rehaussé ce seuil à 80 % — voire à 90 % pour certaines industries. Les entreprises qui émettent davantage doivent donc payer une taxe, alors que celles qui émettent moins obtiennent un crédit qu’elles peuvent vendre à d’autres (c’est le principe de la Bourse du carbone).

Selon les explications fournies par les employés du NPD, la plateforme environnementale du parti suggère de ramener à 70 % le plafond d’émissions gratuites. Mais en point de presse, le chef Singh a indiqué qu’il s’agissait en fait de taxer 100 % des émissions de GES des grands pollueurs. « Exactement, a-t-il répondu à une question ainsi formulée. Il faut qu’elles paient leur juste part. […] Ça ne fait aucun sens d’avoir un plan pour mettre un prix sur la pollution qui exempte les grands pollueurs. »


Gaz à effet de serre

Pour assurer la part du Canada dans l’objectif de limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C, le NPD veut revoir la cible de réduction des GES que le Canada s’est donnée. À l’heure actuelle, la cible canadienne consiste à réduire d’ici 2030 les émissions de GES de 30 % par rapport à leur niveau de 2005, ce qui signifie d’émettre au maximum 513 mégatonnes d’équivalent de CO2 par année.

Le NPD estime que les mesures de son plan permettront de ramener les émissions canadiennes à 450 mégatonnes, soit une diminution de 40 % par rapport à leur niveau de 2005. Le NPD précise que cela ne représente que les trois quarts de ce qui doit être fait pour respecter la cible de 1,5 °C. Selon un rapport publié par Ottawa en janvier, le Canada est en voie de rater complètement la cible de 30 % : on prévoit que le pays émettra plutôt 592 mégatonnes en 2030, soit 19 % sous le niveau de 2005.

Le NPD entend aussi se lancer dans d’importantes rénovations vertes au pays. Tout y passe : les logements sociaux, les édifices gouvernementaux et les résidences. Pour ces dernières, on propose aux propriétaires des « prêts à faible taux d’intérêt remboursables à même leurs économies d’énergie ».

La mesure paraît timide, mais les néodémocrates pensent que l’incitatif de rénover sera au rendez-vous — une fois le prêt remboursé, les propriétaires jouiront d’une diminution de leurs frais énergétiques, plaide-t-on. L’objectif global est ambitieux : le NPD entend « moderniser l’ensemble du parc de logements du Canada d’ici 2050 », et la moitié d’ici 2030.

Côté transport, le NPD mise lui aussi sur les incitatifs à l’achat de véhicules électriques. La plateforme prévoit de conserver le crédit fédéral de 5000 $, qui pourrait atteindre 15 000 $ si le véhicule est fabriqué au Canada. On ajouterait à cela l’élimination de la TPS (5 %) sur ces véhicules pour les familles de la classe moyenne. On souhaite que 100 % des véhicules neufs vendus au Canada en 2040 soient électriques.

Pour accroître le transport collectif, le NPD promet entre autres un meilleur soutien aux projets de trains ou d’autobus électriques. Le parti va jusqu’à proposer d’aider « les provinces qui feront de la mise en place d’un système de transport collectif gratuit une priorité ».

En point de presse, Jagmeet Singh a parlé de « travailler avec les municipalités » (il a mentionné Montréal) et d’être un « partenaire financier » pour celles qui voudraient rendre gratuits les services offerts.

Les néodémocrates se fixent aussi comme objectif que l’ensemble de l’électricité consommée au Canada soit « sans émission nette » d’ici 2030. À partir de cette même date, on souhaite que toutes les nouvelles constructions au Canada soient des bâtiments « zéro énergie nette », c’est-à-dire qu’ils produisent autant d’énergie propre qu’ils en consomment.

Parmi les autres engagements dévoilés vendredi : la création d’une « Banque canadienne du climat », capitalisée à hauteur de 3 milliards de dollars, pour stimuler l’investissement dans l’économie verte ; l’objectif d’interdire d’ici 2022 tous les plastiques à usage unique ; une place importante pour les Autochtones dans les processus décisionnels en matière de lutte contre les changements climatiques et l’accès à l’assurance-emploi pour les travailleurs d’industries menacées par la transition énergétique qui voudraient prévoir leur mise à pied en suivant une formation.

Le NPD s’engage finalement à éliminer les subventions aux combustibles fossiles.

Taxe carbone: la Saskatchewan ira en Cour suprême du Canada

Le gouvernement de la Saskatchewan contestera la taxe fédérale sur le carbone devant la Cour suprême du Canada. Le ministre de la Justice, Don Morgan, a déclaré vendredi que la province demandera à la Haute Cour de décider si la taxe est constitutionnelle et si Ottawa a la compétence pour l’imposer.

La Cour d’appel de la Saskatchewan a jugé dans une décision partagée, plus tôt ce mois-ci, que la taxe est constitutionnelle. Elle a également déclaré que l’établissement de normes nationales minimales pour un prix sur les émissions de gaz à effet de serre relève de la compétence du gouvernement fédéral.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui a déclaré que la taxe nuisait économiquement à sa province, avait promis de faire appel.
La Presse canadienne