Kenney exprime le ras-le-bol albertain à Trudeau

Le nouveau leader albertain était dans la capitale fédérale jeudi pour rencontrer le premier ministre.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le nouveau leader albertain était dans la capitale fédérale jeudi pour rencontrer le premier ministre.

Jason Kenney a fait son grand retour à Ottawa, maintenant qu’il est premier ministre de l’Alberta, avec un message bien simple pour Justin Trudeau: si le gouvernement fédéral ne tempère pas ses réformes sur l’exploitation de projets énergétiques, il les contestera devant les tribunaux, car les projets de loi libéraux menacent l’économie de l’Alberta et fomentent l’aliénation de la province.

Le nouveau leader albertain était dans la capitale fédérale jeudi pour rencontrer le premier ministre, après avoir témoigné devant le comité sénatorial qui étudie le projet de loi C-69 proposant une réforme de l’évaluation environnementale de projets industriels.

À sa sortie du comité, en matinée, Jason Kenney n’a pas mâché ses mots. « J’espère que la conversation [avec M. Trudeau] sera polie et respectueuse », a-t-il d’abord dit, avant de poursuivre avec ses doléances.

« Je serai très clair avec le premier ministre [et lui dirai] que, si ce projet de loi et le projet de loi C-48 [qui instaure un moratoire du transport maritime de pétrole au large de la Colombie-Britannique] sont adoptés dans leur forme actuelle, cela va enflammer un problème croissant d’unité nationale en Alberta. Et ce sera un dur coup pour la prospérité de notre pays. »

La menace a été lancée. « Au final, nous sommes prêts à utiliser tous les outils légaux et politiques à notre disposition pour défendre nos intérêts économiques vitaux, a martelé M. Kenney. Si le C-69 est adopté tel quel, je vais dire au premier ministre que j’entamerai une contestation constitutionnelle. Et nous ferons de même pour le C-48. »

M. Kenney promet en outre de contester la taxe carbone fédérale si elle est appliquée dans sa province lorsqu’il abolira celle de sa prédécesseure.

L’Alberta répète depuis des mois que ces deux projets de loi signeraient l’arrêt de mort de son industrie pétrolière. L’ancienne première ministre néodémocrate Rachel Notley avait fait les mêmes critiques.

Jason Kenney a en outre fait campagne en insistant sur la frustration des Albertains face aux difficultés économiques de leur province.

L’ex-ministre conservateur fédéral a maintes fois accusé Justin Trudeau de ne pas se préoccuper de leur sort, puisqu’il n’a pas construit de pipeline vers les marchés étrangers. M. Kenney affirme aujourd’hui que l’appui à l’idée d’une sécession de l’Alberta oscille autour de 50 %.

« Le rôle le plus essentiel d’un gouvernement fédéral est de préserver l’unité nationale et la prospérité nationale, a-t-il fait valoir jeudi. Ces politiques [environnementales] les sapent toutes les deux. […] En tant que fédéraliste, je suis ici pour dire : s.v.p. ne générez pas davantage d’aliénation chez les Albertains, qui ont l’impression qu’ils ne peuvent tout simplement pas être traités de façon équitable. »

Le rôle le plus essentiel d’un gouvernement fédéral est de préserver l’unité nationale et la prospérité nationale

M. Trudeau et M. Kenney ont évité de commenter leur rencontre, après leur tête-à-tête. Le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, qui était dans la pièce, a fait état d’échanges « respectueux et productifs ».

En matinée, au comité, le ministre Sohi avait reconnu que sa province de l’Alberta vit une grande anxiété à la suite de son ralentissement économique.

« Mais pour pouvoir construire un oléoduc, on ne peut pas simplement forcer les choses. Il nous faut un processus qui fonctionne, a-t-il fait valoir. Il faut corriger ce processus, autrement nous serons dans la même position qu’au cours des dernières années. »

Sa collègue de l’Environnement, Catherine McKenna, a cependant déploré les menaces de M. Kenney, se disant surprise de l’entendre « parler de sécession de manière qui polarise les gens » plutôt que de tenter de collaborer.

La réplique de McKenna

L’Alberta n’est pas la seule province à s’opposer au projet de loi C-69.

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoît Charette, a lui aussi réclamé des amendements afin de protéger le champ de compétence provincial sur lequel empiète Ottawa, selon lui, avec son nouveau régime d’évaluation environnementale.

Québec et d’autres provinces craignent en outre qu’Ottawa élargisse, avec cette réforme, le spectre de projets qu’il jugera de son ressort.

La ministre McKenna a assuré au comité de sénateurs qu’elle était ouverte à de possibles amendements. Mais elle a du même souffle martelé que son gouvernement avait mené des consultations pendant trois ans avant de déposer le projet de loi C-69.

« Ce n’est rien de neuf. On regarde les projets qui ont des impacts dans les compétences fédérales et l’ancien gouvernement conservateur le faisait déjà », a-t-elle rétorqué au sénateur conservateur Claude Carignan, qui lui a relayé les préoccupations du Québec.

L’avocate spécialisée en droit de l’environnement Karine Péloffy, qui est membre du comité consultatif d’Ottawa sur le projet de loi, reconnaissait toutefois récemment que « le C-69 prend une vision plus globale de ce que représente la compétence fédérale ».

2 commentaires
  • Jean-Pierre Deschenes - Abonné 3 mai 2019 10 h 07

    Alberta indépendante ?

    La crainte de M. Trudeau se perçoit dans la photo où le PM utilise la formule photographique internationale de la table entre deux chaises comme si Kenny était un chef d'État égal à lui... Beaucoup de flafla il me semble. Comme si M. Trudeau avait reçu son successeur.

  • Nicolas Newman - Abonné 3 mai 2019 16 h 12

    Energie propre

    M. KENNY, mes petits enfants ont besoin de l'énergie propre et l'Alberta en a en abondance, nonpas la pollution du pétrole sale, NNewman Montréal