La tension avec la Chine grimpe d’un cran

Michael Kovrig a été vice-consul au consulat canadien de Pékin, de 2014 à 2016.
Photo: Associated Press Michael Kovrig a été vice-consul au consulat canadien de Pékin, de 2014 à 2016.

L’arrestation d’un ancien diplomate canadien en Chine « préoccupe » le gouvernement canadien. Si les troupes de Justin Trudeau ne précisent pas pour l’instant s’il s’agit de représailles, à la suite de l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante de la compagnie chinoise Huawei, les experts en sécurité nationale estiment que c’est fort probable, compte tenu des menaces brandies par les Chinois depuis.

« Nous prenons très au sérieux le cas d’un Canadien arrêté en Chine », a soutenu le premier ministre Justin Trudeau, précisant que le gouvernement canadien était en contact avec les autorités chinoises. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué qu’il offrait également des services consulaires à la famille de cet ancien diplomate, Michael Kovrig. Mais pour le reste, le fédéral s’est abstenu de tout autre commentaire en invoquant la Loi sur la protection des renseignements privés. Impossible de savoir dans quelle ville se trouve M. Kovrig, dans quel État ou les accusations qui sont portées contre lui.

Michael Kovrig a été vice-consul au consulat canadien de Pékin, de 2014 à 2016, avant de travailler au consulat de Hong Kong, selon ce que révèle son profil LinkedIn. Il avait depuis rejoint l’organisation International Crisis Group, où il travaillait à titre d’expert en affaires étrangères et en sécurité dans les pays d’Asie du Nord-Est comme la Chine, le Japon et la péninsule coréenne. L’organisation internationale a dénoncé, mardi, que M. Kovrig soit détenu en Chine. « Nous faisons tout notre possible pour obtenir d’autres informations afin de savoir où se trouve Michael et pour assurer sa libération rapide », a fait valoir l’ONG belge par communiqué.

Le comportement passé de la Chine porte à croire qu’ils ne dédaignent pas de recourir à la prise d’otages

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, n’a pas voulu s’avancer sur un lien possible entre l’arrestation de M. Kovrig et celle de la dirigeante financière de la compagnie de télécommunications Huawei à Vancouver il y a dix jours. « Il n’y a pas d’indication explicite à cet effet pour le moment. » Le gouvernement chinois avait cependant très mal réagi et son vice-ministre des Affaires étrangères, Le Yucheng, avait prévenu qu’il y aurait de « graves conséquences ».

Des précédents inquiétants

L’ancien ambassadeur canadien en Chine David Mulroney n’a pas voulu présumer lui non plus des raisons de la détention de Michael Kovrig — qu’il n’a pas côtoyé lorsqu’il travaillait à Pékin. Mais il s’est dit très inquiet à son tour, invitant le gouvernement chinois à clarifier la situation le plus rapidement possible. « Plusieurs personnes s’inquiètent de la situation dans laquelle elles se trouvent, dans un pays qui peut être aussi capricieux et vindicatif. » Le gouvernement canadien n’a pas prévu l’évacuation de ses diplomates en poste, mais il réévalue l’avertissement fourni aux voyageurs canadiens en Chine.

L’analyste en sécurité nationale Stephanie Carvin a elle aussi joué de prudence en attendant de savoir les raisons de l’arrestation de M. Kovrig. « Mais la séquence des événements est extrêmement suspecte, puisque la Chine faisait des menaces de représailles », observe cette professeure adjointe à l’Université Carleton. « Le comportement passé de la Chine porte à croire qu’ils ne dédaignent pas de recourir à la prise d’otages. » Un couple de Canadiens de Vancouver avait été arrêté en 2014, peu après l’arrestation d’un Chinois en sol canadien qui faisait l’objet d’une demande d’extradition des États-Unis. Le couple Kevin et Julia Garratt avait été accusé d’espionnage.

L’arrestation cette fois-ci d’un ancien diplomate est cependant d’autant plus préoccupante pour David Mulroney, qui prédit que plusieurs pays sont du même avis. « Les diplomates doivent pouvoir faire leur travail. Ils représentent l’État qui les envoie et devraient être en sécurité, même après leur affectation. »

Libérée sous caution

Vancouver — La directrice financière du géant chinois de la technologie Huawei a obtenu sa libération conditionnelle en Colombie-Britannique, mardi. Elle devra notamment verser une caution de 10 millions.

Meng Wanzhou, âgée de 46 ans, avait été arrêtée le 1er décembre lors d’une correspondance à Vancouver. Les États-Unis réclament son extradition pour qu’elle réponde à des accusations de fraude liées à des contrats qu’elle aurait conclus avec l’Iran en violation des sanctions américaines décrétées contre Téhéran.

Le juge William Ehrcke a accepté mardi de la libérer en lui imposant seize conditions, notamment de porter un bracelet électronique pour suivre ses déplacements.

Mme Meng devra aussi remettre ses deux passeports, respecter un couvre-feu de 23 h à 6 h dans l’une de ses deux résidences de Vancouver et demeurer dans la région en tout temps.

Elle devra également débourser une caution de 10 millions, dont 7,5 millions en argent.