Les chefs fédéraux au chevet de la francophonie

La rencontre d’une demi-heure, qui s’est déroulée entièrement en français, a porté sur les moyens qu’Ottawa pourrait déployer pour sauver l’Université de l’Ontario français.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La rencontre d’une demi-heure, qui s’est déroulée entièrement en français, a porté sur les moyens qu’Ottawa pourrait déployer pour sauver l’Université de l’Ontario français.

Les cinq formations politiques à Ottawa ont enterré la hache de guerre pour montrer leur solidarité avec les Franco-Ontariens, mais la trêve n’aura pas débouché sur une solution pour l’instant. Le seul consensus ayant émergé de la rencontre des chefs de parti consiste à continuer de mettre de la pression sur le gouvernement de Doug Ford pour qu’il restaure le financement promis à l’Université de l’Ontario français.

La rencontre d’une demi-heure, qui s’est déroulée entièrement en français, a porté sur les moyens qu’Ottawa pourrait déployer pour sauver l’Université de l’Ontario français, un projet estimé à 83,5 millions de dollars devant accueillir ses 300 premiers étudiants en 2020. Le gouvernement conservateur de l’Ontario a annoncé il y a deux semaines qu’il ne verserait pas les 20 millions promis par le précédent gouvernement. Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué lors de sa rencontre avec ses vis-à-vis mercredi qu’Ottawa pourrait aider le projet par le truchement des programmes fédéraux d’infrastructures, mais que cela implique que la province en fasse la demande et verse sa part.

« On doit s’assurer aussi de faire en sorte que les provinces prennent leurs responsabilités. C’est la responsabilité de la province, en matière d’éducation supérieure », a expliqué la ministre responsable de la Francophonie, Mélanie Joly, au terme de la rencontre. Le chef intérimaire du Bloc québécois, Mario Beaulieu, est d’accord avec cette position. « On veut qu’il y ait un respect des compétences provinciales. […] Il y a un ensemble de moyens, mais il faut que la volonté vienne aussi de l’Ontario. »

De manière générale, la chef du Parti vert, Elizabeth May, s’est dite satisfaite de la rencontre. « C’est la première fois que tous les chefs sont ensemble, dans le bureau du premier ministre, pour discuter d’un seul enjeu. Pour ça, c’est historique. […] C’était une discussion très amicale. Nous sommes ensemble, en solidarité, pour les droits de la francophonie au Canada. Mais il n’y a pas eu de grande percée. »

Le chef conservateur était un peu moins positif. « Je dois dire que la discussion a été collaborative, non partisane, a indiqué Andrew Scheer. Mais je suis déçu qu’une heure à peine avant cette réunion, pendant la période des questions, le premier ministre ait lancé des attaques partisanes sur cet enjeu. C’est tellement dangereux de marquer des points de façon partisane quand on parle de la langue fondatrice de notre nation. » La ministre Joly avait violemment attaqué M. Scheer au lendemain de l’annonce des coupes du gouvernement Ford en enjoignant au chef conservateur de demander à son « patron » à Queen’s Park de faire marche arrière.

M. Scheer a profité de la rencontre pour réitérer sa suggestion, à savoir que le gouvernement fédéral recense ses immeubles excédentaires dans la région de Toronto et en offre un à l’Université de l’Ontario français pour démarrer son projet. Le gouvernement a pris note de l’idée, sans toutefois s’engager à y donner suite.

Pour sa part, le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est dit déçu que la rencontre n’ait pas débouché sur une solution concrète. « Je suis déçu parce qu’il y a eu des propositions concrètes et j’aurais voulu voir un engagement disant que oui, nous sommes prêts à aider ce projet, à investir, à sauver l’université. On n’a pas eu ça. »

À Queen’s Park, les élus ont débattu mercredi d’une motion néodémocrate dénonçant les coupes infligées à la communauté francophone. Doug Ford a défendu ses décisions. « Je ne crois pas que nous avons commis une erreur », a-t-il argué, soulignant qu’il avait écouté la grogne des Franco-Ontariens et ajusté le tir vendredi dernier. « J’aime les Franco-Ontariens. Ils sont passionnés. Ils sont comme moi. On partage cette passion. »