Le député Di Iorio a-t-il choisi lui-même sa date de départ?

Le député Nicola Di Iorio a annoncé la semaine dernière qu’il quitterait officiellement ses fonctions le 22 janvier.
Photo: Facebook Le député Nicola Di Iorio a annoncé la semaine dernière qu’il quitterait officiellement ses fonctions le 22 janvier.

Le député fédéral de Saint-Léonard–Saint-Michel, Nicola Di Iorio, n’aurait pas choisi lui-même sa date de départ. Selon la présidente de son association de circonscription, c’est plutôt le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, qui lui a demandé de démissionner le 22 janvier prochain, date faisant en sorte qu’une élection partielle ne pourra pas être tenue.

« C’est ce que Justin Trudeau veut et c’est ça. Je n’ai rien à dire », a lancé Maddalena Fiore au cours d’un bref échange téléphonique.

Le Devoir lui demandait si l’exécutif de l’association libérale de circonscription qu’elle préside était à l’aise avec la date retenue par leur député pour quitter ses fonctions. « Ce n’est pas lui [Nicola Di Iorio] qui le veut, c’est Justin Trudeau qui a voulu ça comme ça, alors c’est bien », a répété Mme Fiore. Et pourquoi M. Trudeau aurait-il exigé cette date ? « C’est à vous de le savoir. Si vous voulez en savoir plus, il faut lui parler. C’est bien, merci, bonjour », a-t-elle conclu avant de raccrocher.

Une information contredite

Le bureau de M. Trudeau a contredit cette information. « C’est lui, M. Di Iorio, qui a choisi la date de départ », soutient Eleanore Catenaro, une porte-parole du premier ministre.

Quant à M. Di Iorio, il n’a pas répondu aux questions du Devoir.

M. Di Iorio s’est fait élire pour la première fois au Parlement fédéral en 2015. Il a annoncé en avril dernier qu’il démissionnait et a prononcé son discours d’adieu à la Chambre des communes en juin. Mais à la fin de l’été, il a laissé entendre qu’il reconsidérait sa décision. Il ne s’est cependant pas présenté à Ottawa depuis la reprise des travaux parlementaires à la mi-septembre. Après une longue valse-hésitation au cours de laquelle il a soutenu qu’il s’était fait confier une mission par M. Trudeau l’empêchant d’être dans la capitale, M. Di Iorio a annoncé la semaine dernière qu’il quitterait officiellement ses fonctions le 22 janvier.

M. Di Iorio n’a pas expliqué clairement pourquoi il choisissait cette date — un mardi. En vertu d’un projet de loi sur le point d’être adopté, il sera désormais interdit au premier ministre de déclencher une élection partielle si un siège se libère dans les neuf mois précédant une élection générale. Le 22 janvier survient neuf mois moins un jour avant le scrutin du 21 octobre 2019.

Le PLC nie avoir été impliqué dans les tractations

Au Parti libéral du Canada (PLC), on indique ne pas avoir été impliqué dans ces tractations. « Le parti ne prend pas part au processus décisionnel d’un député, quel qu’il soit, concernant sa date de démission », indique le porte-parole Braedon Caley.

Une des personnes intéressées à succéder à Nicola Di Iorio ne s’offusque pas du report de l’élection. « Même s’il y avait une partielle, ce serait juste pour quelques mois. Donc, pour moi, ça ne change rien. Ce n’est ni positif ni négatif », indique Hassan Guillet. Cet imam s’est fait remarquer par son sermon livré aux funérailles des victimes de l’attentat à la mosquée de Québec. Il tentera de ravir l’investiture pour représenter le PLC dans Saint-Léonard–Saint-Michel en 2019.

Sans prétendre être dans le secret des dieux, M. Guillet pense que des considérations financières peuvent avoir pesé dans la balance. « Comme citoyen ordinaire, je peux dire [qu’on a sûrement pensé] aux coûts financiers pour le gouvernement, pour les contribuables et pour le parti. »

Élections Canada estime qu’il lui en coûte en moyenne 1,1 million de dollars pour tenir une élection partielle. « Dans les limites du possible, si on peut faire économiser de l’argent aux contribuables, pourquoi pas ? Quant à savoir si ça justifie que, depuis le 25 avril, Saint-Léonard–Saint-Michel n’est pratiquement pas représentée à la Chambre des communes, c’est autre chose. Ce n’est pas à moi de me prononcer. »