Johnston respectera l’expertise des médias

Le futur commissaire aux débats des chefs reconnaît qu’il pourrait intervenir pour varier les thèmes des joutes oratoires de la prochaine campagne électorale. Mais David Johnston promet du même souffle de respecter pour le reste l’expertise des médias, qui organisaient eux-mêmes ces débats jusqu’à ce que le gouvernement libéral confie la tâche à une nouvelle commission.

« Une saine démocratie est une démocratie stable, transparente et orientée vers l’intérêt public. Ce sont les valeurs qui devraient guider l’organisation de débats des chefs et celles que je soutiendrai », a plaidé l’ex-gouverneur général Johnston mardi, en comité parlementaire pour discuter de son prochain mandat.

Le gouvernement de Justin Trudeau annonçait la semaine dernière qu’une commission indépendante organisera un débat des chefs dans chacune des langues officielles en 2019. Un processus qui sera chapeauté par M. Johnston, qui encadrera l’organisation des débats de même que leur format.

Le commissaire retiendra les propositions de deux diffuseurs — M. Johnston espère que des consortiums de médias s’uniront pour offrir ensemble un débat — et les soumissionnaires suggéreront les thèmes qui y seront abordés.

« Je pourrais changer d’avis, mais je crois qu’on encouragera une grande variété de sujets plutôt qu’une étroitesse », a-t-il affirmé à sa sortie du comité. Est-ce dire qu’il pourrait réclamer l’inclusion d’autres thèmes aux organisateurs des débats ? « Bien sûr », a répondu M. Johnston, en assurant qu’il consultera les joueurs médiatiques en amont pour préparer ses appels d’offres.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec s’était vivement inquiétée la semaine dernière du rôle confié à David Johnston, le qualifiant d’« incompatible avec l’idée qu’on se fait d’une liberté de la presse ».

L’encadrement du commissaire n’irait toutefois pas jusqu’à la sélection des modérateurs des débats. Là encore, l’appel d’offres précisera les attentes de la commission.

« Cela dit, je crois qu’il serait prudent de ne pas être trop pointus afin d’éviter qu’on impose nos idées plutôt que d’accueillir celles des experts de la question », a fait valoir M. Johnston en parlant du rôle des médias.

L’opposition n’est pas convaincue

Le mandat du nouveau commissaire aux débats stipule déjà les critères que devront respecter les chefs des partis politiques fédéraux s’ils veulent être invités aux deux joutes organisées par la commission. Ils devront répondre à deux de ces trois conditions : compter au moins un député élu sous leur bannière ; avoir l’intention de présenter des candidats dans au moins 90 % des circonscriptions fédérales ; avoir obtenu au moins 4 % des votes au Canada ou « avoir une chance légitime de remporter des sièges ».

Or, ce dernier critère de « chance légitime » est vague, a dit le conservateur Scott Reid au comité.

« Le troisième critère pourrait poser des problèmes d’interprétation », a convenu M. Johnston, en s’avouant incapable pour le moment de le définir précisément. Car il faudra conjuguer le souci d’offrir une définition rapidement aux chefs qui voudront savoir s’ils s’y conformeront et celui de prendre le temps d’observer l’opinion publique et les sondages quant aux chances électorales des plus petits partis.

Le commissaire n’a pas su dire s’il clarifierait ce troisième critère avant le déclenchement de la prochaine campagne électorale.

Le néodémocrate David Christopherson a quant à lui déploré à nouveau que le gouvernement libéral ait nommé M. Johnston sans consulter les partis d’opposition ni obtenir leur accord. « C’est une honte épouvantable et une insulte au Parlement », a-t-il affirmé.