Syrie: «Nous sommes prêts à les aider»

Récemment, le réseau Global a dénombré 13 Canadiens, dont 5 enfants issus de mariages binationaux, dans un centre de détention kurde dans le nord de la Syrie.
Photo: Delil Souleiman Agence France-Presse Récemment, le réseau Global a dénombré 13 Canadiens, dont 5 enfants issus de mariages binationaux, dans un centre de détention kurde dans le nord de la Syrie.

Deux organismes à but non lucratif offrent leurs services au Canada pour rapatrier ses ressortissants partis combattre aux côtés du groupe armé État islamique (EI) et maintenant emprisonnés en Syrie. Les groupes disent avoir particulièrement à coeur le bien-être de la dizaine d’enfants coincés là-bas dans des conditions extrêmes.

« On ne peut pas succomber à la présomption de culpabilité », a lancé en conférence de presse Alexandra Bain, du groupe Familles contre l’extrémisme violent (FAVE de son acronyme anglais).

« C’est pour cette raison que FAVE et Reprieve ainsi que les neuf familles canadiennes [que nous représentons] demandent au gouvernement canadien de rapatrier tous ses citoyens au Canada. Nous sommes prêts à les aider. […] Tout ce que le Canada a à faire est de délivrer des documents de voyage d’urgence pour leur permettre de prendre un vol d’Erbil vers le Canada. »

FAVE appuie les familles dont un proche s’est radicalisé tandis que Reprieve offre de l’aide juridique aux personnes soumises à l’arbitraire étatique commis au nom de la lutte antiterroriste. Les deux groupes se vantent d’avoir contribué au récent rapatriement de Samantha El Hassani, une Américaine qui prétend s’être retrouvée en Syrie parce que son mari l’avait bernée. Reprieve paye pour le transport des rapatriés.

FAVE refuse de chiffrer avec précision le nombre de Canadiens à l’étranger qu’elle représente, mais il y aurait neuf familles, monoparentales pour la plupart, comptant plus de dix enfants. Récemment, le réseau Global a pour sa part dénombré treize Canadiens, dont cinq enfants issus de mariages binationaux, dans un centre de détention kurde dans le nord de la Syrie.

« Nous devons présumer que les enfants et les bébés sont innocents, plaide Mme Bain. L’hiver arrive en Syrie et ces enfants vivent dans des tentes très froides avec très peu de nourriture ou de vêtement et sans matériel scolaire. Leur diète se compose presque exclusivement de riz blanc et de pâtes et pour les bébés, il n’y a ni lait ni couches. »

Sécurité

Mme Bain soutient que le Canada n’a rien à craindre en matière de sécurité, car les personnes rapatriées acceptent de se plier à des « arrangements de sécurité volontaires » qu’elle refuse de décrire.

« Je me sens bien plus en sécurité si les Canadiens qui ont travaillé avec le groupe EI sont ramenés ici, font l’objet d’une enquête de nos propres services de sécurité et font face à notre propre système de justice que s’ils errent au Moyen-Orient. »

Les autorités kurdes qui gèrent un complexe de détention de quelque 2400 personnes dans le nord de la Syrie ont indiqué qu’elles n’avaient pas l’intention de juger ces gens ou de les détenir indéfiniment.

John Letts, qui accompagnait Mme Bain, estime que « la région est en train de devenir une sorte de Guantanamo géante ».

M. Letts est le père de Jack Letts, un jeune homme ayant la double nationalité britano-canadienne parti en Syrie en 2014 pour, prétend-il, faire du travail humanitaire. Il admet que son fils a été « naïf » mais affirme qu’il n’a commis aucune exaction. Jack Letts demande au Canada de le rapatrier, même s’il n’a jamais vécu ici.

Statu quo

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, s’est montré insensible à ces requêtes.

« Lorsque vous quittez le confort de la démocratie canadienne, traversez la moitié de la planète pour vous rendre dans une zone de guerre et vous associer à des terroristes, vous devez assumer les conséquences de votre comportement », a-t-il déclaré mardi.

Il a rappelé que le Canada n’avait « aucune obligation légale » de rapatrier ces Canadiens, même pas les mineurs. « Les enfants se retrouvent dans une situation très vulnérable, mais ils sont dans une zone de guerre, de l’autre côté de la planète, où le Canada n’a pas de ressources diplomatiques et très peu de capacités d’action, et les gens qui les ont placés dans cette situation doivent répondre de leur comportement. »