Trudeau assure vouloir mettre de la pression sur l’Arabie saoudite

<p>Justin Trudeau refuse de dire combien ou à qui le gouvernement canadien devrait payer des pénalités si le contrat de vente des blindés canadiens était annulé.</p>
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne

Justin Trudeau refuse de dire combien ou à qui le gouvernement canadien devrait payer des pénalités si le contrat de vente des blindés canadiens était annulé.

Le Canada est en voie de réviser tous ses permis d’exportation d’armements vers l’Arabie saoudite dans la foulée de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Et à ceux qui se demandent quel effet pourra bien avoir la suspension temporaire des ventes d’armes, le premier ministre Justin Trudeau réplique qu’il s’agit d’une puissante façon de forcer Riyad à expliquer ce qui a bien pu se passer.

« Nous sommes en train de réviser actuellement nos permis d’exportation à l’Arabie saoudite », a déclaré M. Trudeau alors qu’il s’adressait à la presse en compagnie de son homologue des Pays-Bas, en visite à Ottawa.

Les permis d’exportation ne doivent pas être confondus avec les contrats. Les contrats lient le fabricant d’armes au pays acheteur. Le rôle du gouvernement canadien est de délivrer par la suite les permis autorisant l’exportation des produits. Il y a souvent plusieurs permis associés à un même contrat.

Depuis quelques jours déjà, M. Trudeau répète que le Canada a suspendu ses permis d’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite dans le passé et n’hésiterait pas à le faire à nouveau.

Suspension de quatre mois

À la fin de l’été 2017, le Canada avait en effet suspendu les permis autorisant la vente de blindés Gurkha, fabriqués en Ontario par l’entreprise Terradyne, parce qu’il était allégué que de tels véhicules avaient été utilisés par le régime saoudien dans le siège sanglant de la ville d’Awamiyah.

Les exportations ont repris de plus belle quatre mois plus tard, une fois que les fonctionnaires canadiens eurent conclu qu’il n’existait « aucune information crédible vérifiable » prouvant l’utilisation des blindés canadiens.

On fait partie d’une communauté internationale qui a des questions graves [...] sur le comportement des Saoudiens par rapport au meurtre de Jamal Khashoggi

Invité à dire à quoi peut bien servir une telle suspension temporaire, M. Trudeau a été catégorique : il s’agit d’un moyen de pression.

« Ça nous donne des moments et un levier pour pouvoir exiger plus de réponses de l’Arabie saoudite. On fait partie d’une communauté internationale qui a des questions graves pour l’Arabie saoudite sur le comportement des Saoudiens par rapport au meurtre de Jamal Khashoggi et tant qu’il n’y aura pas de réponses, nous allons continuer de chercher des moyens pour mettre de la pression concertée sur ce pays pour nous assurer qu’il comprend l’importance de respecter les droits de la personne et la liberté de la presse. »

Tué au consulat à Istanbul

Après avoir soutenu pendant deux semaines que Jamal Khashoggi avait quitté son consulat d’Istanbul après s’y être rendu pour obtenir des documents de divorce, l’Arabie saoudite a reconnu en fin de semaine qu’il n’en était jamais ressorti.

Le régime a soutenu tour à tour que le journaliste avait été tué par des éléments voyous n’agissant pas sous les ordres du prince héritier, puis qu’il était mort accidentellement au cours d’une bataille à mains nues. On ignore sur les ordres de qui le commando de 15 personnes s’est rendu de Riyad au consulat le jour du rendez-vous de M. Khashoggi. Un des membres du commando a revêtu les habits du journaliste et une fausse barbe pour simuler sa sortie du consulat.

Si Ottawa songe à suspendre les permis d’exportation d’armes, il ne semble pas être question de résilier le contrat de 15 milliards de dollars liant l’ontarienne General Dynamics Land System au régime saoudien. Un tel geste coûterait non pas 1 milliard de dollars, comme l’a avancé M. Trudeau plus tôt cette semaine en entrevue avec le réseau CBC, mais « des milliards ».

Faut-il y voir une façon de parler ou un chiffre tiré du contrat ? Le premier ministre refuse de répondre.

« J’ai dit que, peut-être, ça pourrait coûter des milliards de dollars de sortir de ce contrat, mais je ne peux pas donner plus d’information par rapport à ce contrat à cause des clauses de confidentialité signées par l’ancien gouvernement. »