L’Assemblée des Premières Nations doit élire son nouveau chef national

L’actuel chef national de l’APN, Perry Bellegarde (sur la photo), tentera de se faire élire à nouveau. Il est en compétition contre quatre autres candidats : Sheila North, Miles Richardson, Russ Diabo et Katherine Whitecloud.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne L’actuel chef national de l’APN, Perry Bellegarde (sur la photo), tentera de se faire élire à nouveau. Il est en compétition contre quatre autres candidats : Sheila North, Miles Richardson, Russ Diabo et Katherine Whitecloud.

Les chefs de quelque 600 nations autochtones se choisiront un chef national cette semaine, lors de l’assemblée générale de l’Assemblée des Premières Nations (APN). Leur choix tentera de trancher cette sempiternelle question : à quel point l’organisation de représentation des communautés autochtones doit-elle collaborer avec Ottawa pour défendre leurs droits ?

Les chefs des Premières Nations du Canada se réuniront à Vancouver à compter de mardi. Alors que ces rencontres annuelles servent en général à débattre des dossiers politiques de l’heure — éducation, légalisation du cannabis, protection de l’environnement et des territoires ancestraux —, l’assemblée générale de cet été portera surtout sur l’élection d’un prochain chef national représentant les 635 Premières Nations auprès du gouvernement fédéral.

Le chef national sortant, Perry Bellegarde, de la Saskatchewan, brigue sa propre succession. Mais quatre autres candidats lui font la course : Sheila North, du Manitoba, Miles Richardson, de Colombie-Britannique, Russ Diabo, de la communauté mohawk de Kahnawake, et Katherine Whitecloud, elle aussi du Manitoba.

Proximité avec Ottawa

Tous les quatre reprochent à Perry Bellegarde d’être trop proche du gouvernement fédéral de Justin Trudeau. Mais le chef national, qui a été élu en décembre 2014, rejette ces accusations. « Chaque chef national est accusé d’être trop proche du premier ministre, du gouvernement. Nous avons une relation avec les décideurs politiques et législatifs », plaidait-il à La Presse canadienne récemment.

Le rappel historique de M. Bellegarde n’est pas erroné. Il a lui-même été élu à la suite de la démission de son prédécesseur, Shawn Atleo, qui avait quitté la direction de l’APN en pleine tourmente. Ses collègues avaient contesté son leadership, en l’accusant de ne pas tenir tête au gouvernement de Stephen Harper lors des manifestations du mouvement Idle No More et d’avoir trop collaboré avec lui lors de la rédaction d’un projet de loi en matière d’éducation dans les communautés autochtones.

Le chef actuel de l’APN fait campagne et célèbre les réalisations du gouvernement fédéral

Nonobstant, Perry Bellegarde fait aujourd’hui l’objet des mêmes critiques. Ses rivaux l’accusent à son tour de ne pas défendre suffisamment les intérêts des communautés dans ses négociations avec Ottawa, en ce qui a trait cette fois-ci au projet de loi qu’ont promis de déposer les libéraux pour enchâsser les droits ancestraux autochtones dans la loi fédérale.

Le candidat Russ Diabo, de Kahnawake, estime que l’APN a « perdu le contrôle de notre agenda sur la défense de nos droits. Le processus est mené par le gouvernement fédéral », a-t-il dénoncé au réseau CBC.

Sheila North, grande chef du Manitoba, accuse quant à elle l’APN de se comporter comme un gouvernement et de ne pas défendre les préoccupations des communautés sur le terrain. « Le chef actuel de l’APN fait campagne et célèbre les réalisations du gouvernement fédéral », a-t-elle déploré à La Presse canadienne. « Il n’est pas question des choses qui doivent changer pour nos peuples et nos communautés. On dirait qu’il est satisfait de l’état de nos vies en ce moment et je trouve qu’il ne devrait pas l’être. »

Seul Miles Richardson, ancien président du conseil de la nation haïda, croit que les Premières Nations doivent profiter de l’occasion que leur offre Ottawa en souhaitant bâtir une relation de nation à nation. « Mais nous devons mener le processus », soutient-il néanmoins lui aussi.

Sheila North est très connue comme fervente militante des droits autochtones. Elle avait notamment réclamé la démission de la commissaire en chef de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, Marion Buller, lors de l’assemblée générale de l’APN l’an dernier. Si elle est élue, elle serait la première femme à occuper le poste de chef national.

Cependant, Miles Richardson est de la côte ouest, où se trouve une bonne part des nations autochtones dont les représentants auront plus facilement pu se déplacer à l’assemblée générale puisqu’elle se tient cette année à Vancouver.

Le prochain chef national devra récolter 60 % des votes des chefs qui seront réunis mercredi. Chaque chef de communauté aura droit à un vote pour élire leur représentant des trois prochaines années. Les candidats participeront d’abord à un débat, mardi.

L’APN ne représente pas les communautés inuit ou métisse, qui ont leurs propres organisations.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que le chef national Perry Bellegarde était originaire du Manitoba, a été corrigée.

Les derniers chefs nationaux de l’APN

Perry Bellegarde 2014 à aujourd’hui

Shawn Atleo 2009-2014

Phil Fontaine 2003-2009

Matthew Coon Come 2000-2003

Phil Fontaine 1997-2000