La réponse de Trudeau aux défis d’ici et d’ailleurs

Les changements dans l’échiquier politique canadien ont amené le premier ministre Justin Trudeau à confier les relations avec les provinces à Dominic LeBlanc.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Les changements dans l’échiquier politique canadien ont amené le premier ministre Justin Trudeau à confier les relations avec les provinces à Dominic LeBlanc.

Justin Trudeau n’a plus qu’une seule relation difficile à gérer, au sud de la frontière, mais il doit maintenant aussi composer avec un échiquier politique en plein changement sur la scène provinciale. Son dernier remaniement ministériel vient donc ajuster le tir afin de tenter de lutter à la fois contre le protectionnisme américain et contre les forces politiques provinciales qui lui sont moins favorables.

Pour ce faire, le premier ministre a confié le rôle le plus stratégique de son nouveau Conseil des ministres à son vieil ami Dominic LeBlanc. La responsabilité des Relations intergouvernementales ne reviendra plus à M. Trudeau lui-même. Elle a plutôt été confiée au ministre néo-brunswickois, qui s’occupait de Pêches et Océans et qui sera en outre responsable d’un nouveau portefeuille au Commerce intérieur.

Le gouvernement libéral ne s’en cache pas : l’objectif est d’essayer de gérer la relation avec l’Ontario et son nouveau premier ministre progressiste-conservateur Doug Ford, qui s’oppose à la taxe carbone et à la gestion fédérale des migrants. Les rapports entre M. Trudeau et M. Ford étaient déjà tendus dès leur première rencontre, il y a deux semaines.

« Nous reconnaissons que le ton est en train de changer à travers le pays avec différentes élections provinciales. […] On comprend très bien que, pour bien servir les Canadiens dans une nouvelle configuration de premiers ministres provinciaux, je voulais avoir quelqu’un qui puisse se consacrer vraiment aux relations avec les provinces », a expliqué Justin Trudeau après la cérémonie d’assermentation de son cabinet à Rideau Hall.

Outre le nouveau joueur ontarien, les libéraux fédéraux risquent de voir aussi les conservateurs accéder au pouvoir en Alberta avec Jason Kenney — un ancien ministre de Stephen Harper qui a vivement critiqué M. Trudeau. Et au Québec, le fédéral pourrait perdre un allié cet automne si Philippe Couillard est remplacé. Mais, signe que l’Ontario inquiète particulièrement l’équipe Trudeau, trois des cinq nouveaux venus au cabinet sont Ontariens.

Dominic LeBlanc a promis de tenter la méthode douce pour commencer. « On va évidemment amorcer la conversation sur une base très positive, très constructive, a-t-il assuré. Mais nous avons un ordre du jour. Nous avons pris des engagements auprès des Canadiens lors de l’élection, il y a trois ans. Et nous avons l’intention de respecter nos engagements. » M. LeBlanc tentera en outre de convaincre les provinces d’améliorer la fluidité du commerce entre leurs frontières.

Sur la scène internationale, deux ministres seront responsables d’élargir les marchés canadiens en Europe et en Asie. Jim Carr passe des Ressources naturelles au Commerce international — rebaptisé Diversification du commerce international. Une nouvelle recrue ontarienne, Mary Ng, s’occupera des Petites Entreprises et de la Promotion des exportations. « C’est très clair que le contexte international est en train de changer », a reconnu Justin Trudeau. « Les Canadiens comprennent très bien que, [vu] notre dépendance envers les États-Unis ces jours-ci en matière de commerce, ce serait une bonne idée de se diversifier un petit peu. »

Priorité sur les migrants

Autre nouveau ministère : Sécurité frontalière et Réduction du crime organisé, confié à Bill Blair, qui s’occupait précédemment du dossier du cannabis à titre de secrétaire parlementaire.

Le nouveau ministre sera surtout responsable des arrivées irrégulières de migrants. Certains libéraux avaient déploré que l’unilingue anglophone Ahmed Hussen à l’Immigration soit responsable de ce dossier important au Québec. Bill Blair est tout aussi unilingue. Il a refusé de s’en inquiéter, affirmant avoir travaillé avec le Québec dans le passé et pouvoir compter sur des collègues pour l’épauler.

La conservatrice Lisa Raitt a plaidé que la création de ce nouveau poste était un aveu d’échec du gouvernement. Elle s’est en outre inquiétée de la relation qu’auront le nouveau ministre et Doug Ford — dont le frère, feu Rob Ford, avait fait l’objet d’une enquête criminelle menée par nul autre que le chef de police de Toronto de l’époque… Bill Blair. Doug Ford avait été obligé de s’excuser de propos désobligeants à son endroit, sous menace de poursuite.

La néodémocrate Jenny Kwan a réitéré « qu’aussi longtemps que le régime Trump sera au pouvoir, les États-Unis ne seront pas sécuritaires pour les demandeurs d’asile ».

Au sujet de Dominic LeBlanc, Lisa Raitt a reconnu son flair politique, qui laisse toutefois présager, selon elle, une ligne dure avec les provinces.

Un gagnant, une perdante au Québec

Justin Trudeau n’a éjecté aucun de ses ministres mercredi. Il a plutôt choisi de créer quatre nouveaux postes pour faire de la place aux nouveaux joueurs.

Seule Mélanie Joly a subi une rétrogradation. Elle conserve toutefois les Langues officielles et a obtenu la responsabilité du Tourisme (qui était partagée avec celle des Petites Entreprises sous Bardish Chagger) et de la Francophonie (que gérait Marie-Claude Bibeau, avec le Développement international).

Le ministère du Patrimoine passe aux mains de son collègue montréalais Pablo Rodriguez, qui accède au cabinet après avoir été whip du gouvernement.

Mélanie Joly a refusé d’expliquer sa rétrogradation par sa gestion de l’épisode Netflix. « Je suis très fière de tout ce qui a été fait à Patrimoine », a-t-elle affirmé.

Le coeur du Conseil des ministres est ainsi resté intact. Une vingtaine d’entre eux n’ont pas changé de responsabilités. Les ministres québécois demeurent cependant à l’écart de ce centre névralgique. « Les Québécois sont très bien servis au niveau des ministres, mais aussi du caucus », a argué François-Philippe Champagne, qui passe du Commerce international à l’Infrastructure. L’Albertain Amarjeet Sohi, qui dirigeait ce ministère, hérite des Ressources naturelles, alors que son gouvernement est particulièrement mal aimé par la population et les pétrolières de sa province.

Le cabinet compte maintenant 34 ministres (sans compter Justin Trudeau) et la parité reste intacte avec 17 hommes et 17 femmes.

Un nouveau ministère des Aînés a été créé et confié à la nouvelle ministre ontarienne Filomena Tassi, tandis que Jonathan Wilkinson, de la Colombie-Britannique, accède au cabinet en récupérant Pêches et Océans.

Carla Qualtrough, aux Services publics et à l’Approvisionnement, hérite du dossier de l’Accessibilité, qui était auparavant géré de pair avec celui des Sports que conserve Kirsty Duncan avec celui des Sciences. Le président du Conseil du trésor, Scott Brison, est désormais aussi responsable du Gouvernement numérique.

2 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 19 juillet 2018 07 h 11

    Quelle farce!

    Où est le changement?
    On nous fait croire que déplacer ou replacer un ministre parfois unilingue peut donner une nouvelle figure de ce gouvernement de cannabis... Le Québec est un état indépendant et il s'agit de l'officialiser et agir en conséquence.

  • Denis Poitras - Abonné 20 juillet 2018 23 h 37

    Êtes-vous réviseure?

    1- Justin dit "La donne est en train de changer ... avec différents (sic) élections provinciaux (sic)"; vous en faites " Nous reconnaissons que le ton est en train de changer à travers le pays avec différentes élections provinciales."
    2- Dominic "... nous avons cependant un agenda (sic), nous avons fait des engagements (sic)..."; vous en faites " nous avons un ordre du jour. Nous avons pris des engagements"

    Ce n'est pas votre rôle de réécrire leurs discours. Si leur français est déficient, vous devez le montrer avec des "(sic)", comme je l'ai fait ici. Je suis fatigué qu'on considère le premier ministre comme "parfaitement bilingue". Il est très loin de l'être; il n'y a qu'à analyser ses phrases qui sont souvent des traductions de l'anglais, mot à mot.