Trump a raison de se plaindre de ses alliés de l’OTAN

«Les États-Unis ont raison d’être contrariés», tranche Elinor Sloan, de l’Université Carleton.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse «Les États-Unis ont raison d’être contrariés», tranche Elinor Sloan, de l’Université Carleton.

Nouveau sommet, nouvelles tensions provoquées par les attaques de Donald Trump contre ses alliés. Mais cette fois-ci, au sommet de l’OTAN qui se réunit cette semaine à Bruxelles, les remontrances du président américain seront justifiées, selon des experts en matière de défense.

« Les États-Unis ont raison d’être contrariés », tranche Elinor Sloan, de l’Université Carleton. « C’est un engagement que le Canada avait promis de respecter — tout comme ses alliés — et qu’il n’a visiblement aucunement l’intention de tenir », renchérit David Perry, de l’Institut canadien des affaires mondiales.

Cet engagement, c’était celui des pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord d’investir l’équivalent de 2 % de leur produit intérieur brut en matière de défense. La cible ne date pas d’hier. Elle était évoquée dès les lendemains de l’attentat du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Mais après l’annexion de la Crimée par la Russie, les partenaires de l’OTAN ont convenu d’y souscrire sur papier.

Quatre ans plus tard, seulement 4 des 29 pays membres la respectent. Une situation qu’ont maintes fois dénoncée les Américains, mais que Donald Trump semble refuser de tolérer encore longtemps.

La cible de 2 % est avant tout politique. Elle ne traduit pas réellement les contributions apportées par chacun, ni leur capacité militaire ou leur volonté de participer aux missions les plus risquées, nuance Elinor Sloan, qui est professeure de relations internationales à l’Université Carleton.

Mais l’objectif n’est pas pour autant uniquement symbolique, insiste-t-elle. Car de tels investissements mènent à un développement des capacités militaires des pays de l’OTAN — ce dont a besoin l’alliance de l’Atlantique Nord. Autrement, les États-Unis continueront de devoir compenser les lacunes de leurs alliés, comme ils l’ont fait en Libye ou en Afghanistan, où leurs partenaires n’avaient pas toutes les aptitudes nécessaires pour mener à bien les missions. « Les États-Unis doivent combler le vide actuellement », fait remarquer Mme Sloan, spécialiste de l’OTAN.

Elle prévient que les pays membres n’ont d’autre choix que de prendre acte des doléances de longue date des Américains. « L’OTAN ne survivra pas sans les États-Unis. Historiquement, toute la raison d’être de l’OTAN était de lier les États-Unis et le continent européen pour éviter une troisième guerre mondiale en Europe. »

Or, le président américain a haussé le ton à l’approche du sommet. « Les pays de l’OTAN doivent payer PLUS, les États-Unis doivent payer MOINS. Très injuste ! » arguait-il sur Twitter. Donald Trump a même envoyé une lettre à ses homologues, les sommant d’augmenter leurs budgets et les prévenant qu’autrement, il serait « de plus en plus difficile de justifier, auprès des citoyens américains », que certains pays ne respectent pas leurs engagements.

Justin Trudeau, de passage en Lettonie en route vers Bruxelles mardi, est resté de glace. « Il n’est pas prévu de doubler notre budget de défense », a tranché le premier ministre.

Le Canada à 1,36 %

Si les États-Unis dépensent 3,6 % de leur PIB en matière de défense, seuls trois autres pays dépassent de peu la cible du 2 % — dont le Royaume-Uni.

Le Canada se trouve en milieu de peloton, avec des investissements équivalant à 1,36 % de son PIB. L’Allemagne est l’unique autre grande puissance à se classer derrière le Canada, à 1,24 %. « Ce sont ces deux pays que vise Trump », note Elinor Sloan.

Les membres de l’OTAN ont cependant raison, selon elle, de dire que cette mesure n’est pas la seule qui devrait compter. Car le Canada affiche malgré tout le sixième budget de défense en importance, en chiffres absolus, et possède la huitième armée. À titre comparatif, la Grèce figure au deuxième rang du classement des budgets de défense par rapport à son bien plus petit PIB — à 2,38 % —, mais elle n’a pas une grande force déployable rapidement à offrir à l’OTAN.

D’autres notent que les États-Unis déboursent une fortune pour leur défense nationale (près de 686 milliards $US cette année, contre 29 milliards pour le Canada, selon les chiffres de l’OTAN), mais que ces sommes ne servent pas seulement aux efforts de l’OTAN, mais à se protéger sur plusieurs fronts sur les côtes atlantique, pacifique et au large de l’Alaska. « C’est vrai », convient l’analyste en défense David Perry. « Mais c’est un raisonnement qu’on pourrait appliquer — quoique dans une moindre mesure — à plusieurs autres alliés. » La France, par exemple, doit protéger ses territoires outre-mer dans le Pacifique et les Caraïbes. Elle verse 1,8 % de son PIB à ses budgets de défense, comparativement aux 3,6 % des États-Unis.

Un allié de chaque instant

Le gouvernement de Justin Trudeau martèle que le Canada a bonifié ses dépenses en matière de défense (ce qui ne lui permettra toujours pas d’atteindre le fameux 2 %) et qu’il a en outre été de toutes les missions de l’alliance depuis sa création. « L’OTAN n’a entrepris aucune mission, en tant qu’alliance, sans les États-Unis », fait remarquer Elinor Sloan.

David Perry note de son côté que les contributions du Canada n’étaient pas toujours les plus grosses parmi les alliés. À l’heure actuelle, un millier de soldats canadiens participent aux activités de l’OTAN, tandis que 30 000 soldats américains se trouvent en Europe. « Nous avons mené de bonnes opérations pour l’alliance. Mais je m’inquiète parfois du fait qu’on tombe un peu trop dans l’autocongratulation, dans la mesure où d’autres mènent les mêmes efforts que nous et investissent plus d’argent. »

Elinor Sloan et David Perry s’entendent pour dire que la mesure choisie par l’OTAN pour évaluer les investissements de ses pays membres n’est pas parfaite. Mais les solutions de rechange seraient encore plus complexes et subjectives. « C’est le moindre dénominateur commun sur lequel les partenaires ont réussi à s’entendre », résume David Perry.