La mission au Mali sera risquée, reconnaît Ottawa

Les troupes canadiennes sont arrivées à la base des Nations unies de Gao, au Mali, le 25 juin dernier.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les troupes canadiennes sont arrivées à la base des Nations unies de Gao, au Mali, le 25 juin dernier.

Le gouvernement canadien ne se fait pas d’illusions. Son opération de soutien à la mission de paix des Nations unies au Mali sera risquée. Les hélicoptères qui y assureront des évacuations médicales pourraient être la cible de tirs. Mais c’est surtout les périls du désert qui pourraient causer des ennuis aux militaires canadiens qui y entameront leur mission le mois prochain.

« Il y a assurément un risque », a reconnu sans retenue un haut fonctionnaire fédéral, jeudi, lors d’une séance d’information technique pour les médias sur la mission canadienne au Mali.

Des bases onusiennes ont été la cible de tirs indirects. Et même si les deux hélicoptères Chinook qui se poseront sur le sol pour évacuer des blessés seront escortés d’hélicoptères Griffon armés, les militaires pourraient eux aussi être attaqués. Les fonctionnaires fédéraux n’ont pas nié ces dangers.

Les assauts ont cependant jusqu’à maintenant été menés à coups d’armes légères ou d’engins explosifs improvisés. Ce qui réduit le risque d’attaques dans les airs contre les hélicoptères de la mission onusienne au Mali (la MINUSMA).

« Il y a un risque assez élevé pour les troupes au sol. Mais le risque sol-air est relativement bas », a expliqué David Perry, analyste en défense à l’Institut canadien des affaires mondiales. « [Les fonctionnaires] essaient de tempérer les attentes pour éviter que les gens soient étonnés si des hélicoptères sont abattus — ce qui peut toujours se produire, pour diverses raisons. Mais le risque dans les airs est relativement gérable. »

L’ennemi : le sable

Quelques hélicoptères se sont écrasés, en marge de la MINUSMA, mais en raison de problèmes mécaniques. Les conditions désertiques du pays d’Afrique de l’Ouest poseront en fait une menace bien plus importante pour les Canadiens. « Les tempêtes de sable peuvent être extrêmement dangereuses pour des hélicoptères », prévient M. Perry.

« Le climat au Mali est notre principale menace », a quant à lui admis un second haut fonctionnaire fédéral, lors de la séance d’information offerte sous le couvert de l’anonymat. Car le sable est abrasif et abîme rapidement l’équipement. Les forces de l’aviation protègent du coup les moteurs de leurs appareils et tentent d’éviter d’atterrir sur le sable pour privilégier plutôt des routes cimentées.

La MINUSMA — qui rassemble plus de 15 000 soldats — est l’une des missions onusiennes les plus dangereuses : 169 Casques bleus y sont décédés. La quasi-totalité des victimes ne sont toutefois pas des membres d’armées occidentales, mais plutôt de celles de forces moins bien entraînées. Plusieurs attentats visaient en outre des membres de la mission de lutte contre le terrorisme G5 Sahel.

Les forces canadiennes pourraient prêter main-forte à cette seconde mission. Si elles sont appelées à l’aide et qu’elles sont disponibles, elles y offriront aussi des évacuations médicales. « Nous soutiendrons, dans les faits, le G5 Sahel », a expliqué l’un des hauts fonctionnaires d’Ottawa.

Les Griffon seront armés et des équipes à bord des Chinook seront déployées au sol pour encercler l’appareil le temps de l’évacuation. « Si on se fait attaquer, on a l’autorisation de se défendre. C’est le règlement de base », ont indiqué les représentants du gouvernement.

Bilinguisme promis

Le premier contingent de la mission canadienne dans le pays francophone d’Afrique de l’Ouest ne comptera que 25 soldats provenant de bases militaires du Québec — sur les 250 soldats qui seront déployés au Mali cet été.

Le gouvernement fédéral martèle que « la majorité du personnel est bilingue ». Les militaires qui seront affectés au quartier général de la MINUSMA le seront assurément, tout comme les commandants du déploiement canadien, ont promis les fonctionnaires.

Dans six mois, un contingent de Valcartier prendra le relais — après avoir terminé sa présente mission en Irak. Les troupes québécoises ne pouvaient assurer deux missions simultanées, a-t-on expliqué au gouvernement.

Une vingtaine de policiers civils seront en outre dépêchés au Mali pour participer à la mission canadienne, qui commencera début août.