Bloc québécois: Martine Ouellet capitule et règle ses comptes

Martine Ouellet a perdu son vote de confiance, cette fin de semaine, en ne récoltant que 32% d’appuis des membres du Bloc.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Martine Ouellet a perdu son vote de confiance, cette fin de semaine, en ne récoltant que 32% d’appuis des membres du Bloc.

C’est en multipliant les salves — et sans reconnaître d’erreur — que Martine Ouellet a annoncé lundi sa démission comme chef du Bloc québécois. Poussée à la sortie, Mme Ouellet a soutenu que le mouvement souverainiste est « malade », rongé par les « luttes intestines ». Mais la page Ouellet se tournera néanmoins, et un premier candidat se dit intéressé par la chefferie du Bloc.

L’ancien leader parlementaire du parti Pierre Paquette a ainsi confirmé lundi au Devoir qu’il pourrait se lancer dans la course, mais pas à n’importe quelles conditions (voir encadré).

Au lendemain d’un référendum aux résultats limpides — moins d’un tiers des membres du Bloc lui ont accordé un vote de confiance —, Martine Ouellet a donc « pris acte » de sa défaite. Mais elle a surtout profité de la tribune pour régler une série de comptes avec ceux qui, selon elle, ont mis la table à sa sortie.

Au premier rang de ceux-ci, elle a montré du doigt le président du parti, Mario Beaulieu. « Dans mon analyse, je crois que [le résultat est dû] à la campagne négative, agressive, de dénigrement et d’intimidation de Mario Beaulieu, qui a joué sur tous les tableaux », a lancé Mme Ouellet au cours d’une allocution qui a duré une trentaine de minutes, marquée de plusieurs pauses et de quelques larmes.

La chef démissionnaire soutient que Mario Beaulieu « a renié, trahi à quatre reprises sa parole et ses engagements ». « Il est venu me chercher [pour être chef], il m’a complètement laissée tomber », a-t-elle dit. « Mario a viré sa veste de bord. Ça ressemble à une deuxième capitulation et un deuxième retour en arrière, à l’ère Duceppe. »

En 2015, M. Beaulieu avait surpris tout un chacun en abandonnant son poste de chef pour le redonner à Gilles Duceppe, qui a mené le Bloc québécois lors de la dernière campagne électorale.

C’est une logique tordue et détraquée de penser que c’est en ne parlant pas d’indépendance qu’on va faire avancer l’indépendance

 

M. Duceppe, justement, n’a pas été épargné non plus. « C’est qui qui divise ?, a demandé Mme Ouellet. Quand Gilles Duceppe sort et dit qu’il faut mettre aux poubelles la proposition principale [sorte de programme du Bloc] adoptée à l’unanimité, c’est qui qui attaque et divise et ne tend pas la main ? »

M. Beaulieu n’a pas souhaité faire de commentaires lundi. Gilles Duceppe, lui, a parlé « d’une sortie ratée, où c’est de la faute de tout le monde, sauf de [Martine Ouellet]. C’était triste un peu de voir ça. Mais c’est une bonne chose que ça arrive : il est temps pour les souverainistes de se réorganiser. »

Logique « détraquée »

Selon Mme Ouellet, ce sera toutefois là une tâche herculéenne. Celle qui est encore députée indépendante à Québec a brossé le portrait d’un mouvement en piteux état.

« C’est une logique tordue et détraquée de penser que c’est en ne parlant pas d’indépendance qu’on va faire avancer l’indépendance », a-t-elle lancé en répétant à trois reprises l’expression « tordue et détraquée ». Les défenseurs de cette approche seraient, à son avis, « les députés démissionnaires, appuyés par le vieil establishment » du parti.

Martine Ouellet les a accusés de « coulage, sabotage, attaques personnelles, médisances » à son égard, cela notamment parce qu’elle voulait « parler de l’indépendance sur toutes les tribunes », comme le prévoit l’article I du Bloc québécois (une majorité de membres ont réitéré leur foi dans ce credo lors du référendum).

« Actuellement, le principal obstacle à la réalisation de la république provient de l’interne du mouvement, a-t-elle dit. Ce n’est pas normal. Le mouvement est malade. Si toutes les énergies qui ont été déployées en petites luttes internes intestines fratricides avaient été déployées à réaliser l’indépendance, je suis convaincue qu’aujourd’hui ce serait chose faite. »

Pas parfaite

Mais le résultat du vote ne s’explique-t-il pas aussi par la personnalité de la chef, souvent qualifiée « d’intransigeante » ? Sur ce point, Martine Ouellet a reconnu qu’elle « n’est pas parfaite »… mais elle a surtout réitéré avoir trouvé « inimaginable la charge d’attaques reçues depuis trois mois ».

« J’ai reçu beaucoup d’attaques personnelles, a-t-elle constaté. Et je regarde bien d’autres chefs indépendantistes… je suis loin d’être la pire, je peux vous dire ça. Et pourtant, eux n’ont pas eu d’attaques personnelles. »

Mme Ouellet estime notamment qu’« assurer un leadership indépendantiste assumée au féminin, ça dérange doublement ».

Le PQ prend note

Concernant la suite des choses, Mme Ouellet participera vendredi à un dernier bureau national, avant de quitter officiellement ses fonctions lundi prochain. Quand on lui a demandé si elle quittait la vie politique, la réponse a fusé. « Ah non, non, je ne me retire pas de la vie politique… Je vais continuer, pour moi, rien n’est terminé. »

« Nous avons pris acte de la décision de Mme Ouellet de quitter la direction du Bloc Québécois et de ne pas se représenter aux élections d’octobre prochain », a réagi le Parti québécois, parti avec lequel elle siégeait jusqu’à l’an dernier.

Les sept députés dont la démission a fait éclater la crise au Bloc sont demeurés discrets lundi, ne donnant pas d’indication claire sur le fait qu’ils pourraient rentrer au bercail, maintenant que Mme Ouellet est partie. Un des députés, Michel Boudrais, milite en ce sens.

Pierre Paquette est intéressé

L’ancien bloquiste Pierre Paquette a confirmé au Devoir qu’il songeait à se porter candidat dans la course à la chefferie qui suivra le départ de Martine Ouellet. « Je ne dis pas non, en principe. Mais je n’irai pas non plus à n’importe quelles conditions », a plaidé celui qui a été député du Bloc de 2000 à 2011.

« Ce qu’il faut voir, c’est quels dégâts ont été faits au parti par le passage de Mme Ouellet. Et si le goût de l’unité va revenir — qu’on passe par-dessus les ego et qu’on travaille tous pour la cause ». M. Paquette estime que le retour des sept députés démissionnaires sera essentiel.

Peu d’autres noms circulent dans les rumeurs naissantes de l’après-Martine Ouellet. L’un de ceux-là, l’ancien ministre péquiste Yves-François Blanchet (maintenant commentateur pour Radio-Canada), a répondu lundi qu’il a de « de très belles tribunes. Je serais fou de me priver de ça ». La porte est donc fermée ? « Je ne suis pas candidat à la direction du Bloc, ni candidat à rien », a-t-il dit.
28 commentaires
  • Patrick Boulanger - Inscrit 5 juin 2018 01 h 57

    J'ignore si c'est une bonne idée, mais j'ai une suggestion pour remplacer la cheffe démissionnaire : Pierre Curzi.

    • Marcel Lemieux - Inscrit 5 juin 2018 09 h 52

      Si le déshonneur du châtiment politique ne lui fait pas peur......

    • André Bourbonnais - Abonné 6 juin 2018 01 h 14

      Je verrais plus Pierre Paquette qui a une expérience au BQ.

  • Denis Paquette - Abonné 5 juin 2018 02 h 20

    et oui nos enjeux sont maintenant cybers et c'est la planète qui a besoin de s'y adapter

    je trouve que vous avez parfaitement raison, je crois comme vous , que l'independabnce est devenue de plus en plus rhétorique, peut être est--ce la vie qui veut ca, peut-être que les conditions du monde ont changées, peut être que nos enjeux ne sont plus que territotriales mais continentales , peut être faut- il s'ajuster au monde ou le territoire devient conrinentale, nos moyens ne sont pas ceux qu'avaient nos parents nous sommes en train de passer au monde cyber, et nous en sommes qu'au début, est bien malin celui qui pourrait predire jusqu'ou ca peut aller

  • Robert Beauchemin - Abonné 5 juin 2018 04 h 29

    Sortie ratée

    Quelle sortie désolante qui vient toutefois confirmer la perception du leadership de Mme Ouelette des deux tiers des membres du parti!

    • Gilles Bousquet - Abonné 5 juin 2018 14 h 17

      Bien oui, ses ennemis voudraient qu'elle se soit frappée la poitrine, en disant : Excusez-moi de tous mes péchés, je regrette d'avoir été abandonnée par les 7 mutins et par mon président et les 2 tiers des membres. Je dois donc être coupable et excusez-moi si je vous demande pardon ?.

  • Solange Bolduc - Inscrite 5 juin 2018 05 h 06

    DÉSHONORANT ET PÉNIBLE !

    Après avoir invité, durant des jours, et sur toutes les tribunes, Mario Beaulieu, à revenir à de meilleurs sentiments à son endroit, Martine Ouellet nous le présente, en ce jour de sa démission, comme le pire des monstres, et surtout celui qui serait à l’origine de sa défaite, et particulièrement de ses propres défauts ou erreurs de parcours.

    Imaginez-vous si elle avait gagné?

    Qui ne se souvient pas l’avoir entendu implorer Mario Beaulieu de revenir à de meilleurs sentiments, sans égard aux sept députés démissionnaires, ce qui donnait l’impression qu’elle n’en avait que pour «Mario», dont elle ne prononçait jamais le nom de famille! Cela m’avait tellement frappée que je me demandais s’il n’y avait pas un lien affectif solide entre lui et elle.

    Toujours est-il, en perdant la confiance des 7 membres du Bloc, il devenait légitime pour elle de s’en prendre au premier responsable de sa propre chute : son cher Mario, lequel l’aurait désavouée, ou trahie, surtout qu’il aurait sous-estimé son pouvoir de séduction?

    Faut-il s’étonner que la raison de sa défaite soit due, en partie, au sexiste ? Toutes les raisons seraient bonnes pour ne pas admettre les raisons, les vraies, de sa défaite !

    Et si Martine Ouellet avait gagné son pari, (dont la première question fut un piège aux membres, selon moi), elle aurait été heureuse de ne pas avoir à démissionner, et surtout, qu’elle aurait, probablement, embrassé à quatre genoux «Mario», oubliant surtout toutes ses récriminations ?

    Étant donné que la colère fut grande au cœur de l’indienne, et surtout, vu la défaite d’un sans-faute, notre Martine fait flèche de tout bois en désavouant son «cher Mario », pour éviter que son cœur ne saigne des sanglots longs, et cela en attendant le prochain épisode de sa désinvolture amère !

    Il fallait bien qu’elle se vide le cœur, et en public ! Ce fut pénible et long à entendre...C’est cela de la femme politique devant la défaite ? Je suis sûrement sexiste !

    • André Joyal - Abonné 5 juin 2018 10 h 30

      Oui, Mme Bolduc, sexiste à la façon dont on traitait les soit-disant sorcières au Moyen-âge et, plus près de nous dans le temps et l'espace, à Salem. De toute évidence, ce qu'il manquait à Martine pour ne pas subir une telle oprobe c'est qu'il manquait à ma vieille tante pour être mon vieil oncle.Triste, encore en 2018.

    • Gilles Bousquet - Abonné 5 juin 2018 14 h 23

      On peut inviter un ami qui nous a trahi, à se reprendre mais s'il continue à nous nuire, on peut bien décider de le dénoncer à la fin, quand le vin est tiré. Vous avez trouvé ça pénible ? Vous pouvez vous consoler, elle part, comme cheffe du Bloc, lundi, ça devrait vous soulager.

    • Solange Bolduc - Inscrite 5 juin 2018 17 h 56

      M. Bousquet, comme vous, je donne mon opinion , et de là à dire que cela pourrait me soulager, cela n'a rien à voir avec ce que je lui reproche et reprochais...Quelle aille en paix et je suis certaine qu'on la reverra , mais quand et où, là est la question! Je pense qu'elle aura besoin de quelques semaines de repos: faire de la politique, il faut avoir la coenne dure! On a chacun nos forces, mais aussi nos faiblesses, mais Mme Ouellet se croyait invincible, hélas !

    • Solange Bolduc - Inscrite 5 juin 2018 18 h 06

      M. Joyal, je ne comprends pas ce que vous voulez dire par les «soi-disant soucières»: j'ai fait des études médiévales et j'ai lu le Marteau des sorcières (Mallus Malificarum) en étudiant les tavbleaux de Bosch (1450-1516) c'était une periode dont je pourrais vous entretenir durant longtemps: j'ai été passionnée par cette recherche et j'avais comme mentor Paul Zumthor...À lire si cela vous intéresse: «Les sorcières et leur monde» par Julio Caro Baroja , Gallimard .
      J'ai pas très bien compris ce que vous vouliez dire, c'est pour cela que je vous demande de m'expliquer, Et si j'ai écris «Je suis sûrement sexiste» c'était de l'ironie. J'ai appuyé des femmes, et je continuerai de le faire ! Mais je dis toujours ce que je pense, je déteste l'hypocrisie et les mensonges. je suis une femme d'intuition sensible....
      Bonne soirée, et si vous voulez m'expliquer, je vous lirai avec plaisir !

  • Yves Côté - Abonné 5 juin 2018 05 h 47

    Un projet, pas...

    V'là que malgré le temps qui dramatiquement me manque, ce matin il me faut prendre deux minutes pour formuler ici un commentaire.
    Et tant pi pour qui ne s'ennuyaient pas de moi depuis quelques mois...

    Un projet, pas un chef.
    Voilà le besoin véritabe qui fait mourir à petit feu notre dignité collective et sourire d'allégresse les adversaires politiques de la liberté républicaine du Québec.
    Combien de temps nous reste-t-il encore à nous enfarger dans les fleurs blanches et les feilles rouges d'un tapis rouge qu'on nous fait glisser à tous les jours un peu plus vivement sous les pieds, en espérant voir venir notre chute définitive ?

    Bientôt il sera devenu trop tard pour y faire quoi que ce soit de notre statut de société, de peuple. Il ne restera plus de nous qu'un floklore pitoyable que le Canada nous présentera (nous présente déjà...) comme la seule alternative viable de fierté à être et ensuite avoir été Québécois.
    La démographie linguistique et l'ébétement économique classique d'un confort économique qu'on nous fait percevoir comme fragile, font oeuvre conjuguée. Les Canadiiens/Canadians se tapent sur les cuisses, d'aise.

    Alors, restez debout Martine !
    Le sang de ces Anciens Canayens qui ont été nos prédécesseurs coule dans vos veines.
    Ces Canayens et Canayennes-là qui jamais ne se sont fait tromper par le détournement honteux des noms, des mots et des valeurs de partage et d'aventure qui les portaient.
    Ces Canayens et Canayennes-là qui aujourd'hui savent ce que veut dire être Québécois puisqu'ils en sont avec fierté, peu importe quand et d'où ils sont venus jusqu'ici.
    Jusqu'ici et maintenant...
    Et cela, historiquement, en commençant par ce qu'est le sens profond et tendre, les aspects combatifs et nobles, du mot, de l'appellation même de "Québécoise".

    Amitiés et solidarité, Madame.

    • André Joyal - Abonné 5 juin 2018 10 h 42

      M. Côté, je n'ai aucune idée de ce que vous aviez de si important à faire - à votre âge-, ce matin,
      mais laissez-moi vous dire que je suis très sérieux en vous disant que vous êtes parvenu à me faire verser une larme. Ce que vous ressentez correspond paraitement à ce que je ressens. Oui, à tout le moins, nous aurons été fiers d'être Québécois plutôt que de se contenter d'être ou de devenir des «Canadians» bilingues.

    • Yves Côté - Abonné 6 juin 2018 04 h 18

      Monseiur Joyal, merci de votre sourire bienveillant !
      Sur le coup, j'ai envie de vous dire très sincèrement que si nous prenions plus à coeur d'avoir un minimum de bienveillance envers nos camarades indépendantistes et un maximum de combativité face à nos adversaires politiques, nos affaires iraient passablement mieux.
      Je ne sais pas si vous partagez aussi ce sentiment mais je crois que comme autrefois les Gaulois sous l'Empire Romain, plus nous nous chamaillons entre nous, nous sans cesse plus en difficulté par manque de solidarité et d'intelligence, pardon de le dire avec franchise mais faudra bien un jour se décider à y classer la bêtise de s'en prendre à X ou à Y simplement parce que "pour manger son oeuf, il ne le casse pas de la même manière que moi"...
      Nous avons selon moi tous, indépendantistes, à nous efforcer d'opposer nos nuances politiques (cela s'appelle vivre la démocratie...) en respectant les points de vues qui diffèrent des nôtres en termes de manière de faire collective.
      Et à ce titre, un peu de discernement, de volonté de construire et de vrai sang froid ne nuit certainement pas dans l'expression de nos propos, écrits comme oraux.
      Alors voilà, je pense que la larme que vous me faites l'amitié d'avouer avoir versée à la lecture de mon petit commentaire a quelque chose qui ennoblie vos mots. Qui ennoblie aussi nos maux...
      Et cela s'appelle la sincérité dans l'attachement au parcours tortueux et surtout obstiné de nos Anciens à refuser l'idée canadienne de cette infériorité culturelle qui tiendrait à la francophilie chronique que nous montrons.
      Que nous montrons à titre individuel et collectif, comme de plus en plus ouvertement fragile et éclatée.
      Mes amitiés les plus républicaines, Monsieur.
      Et bien entendu : Vive le Québec Libre !