Le français reculera au Québec comme au Canada

En 2011, 48% de la population de l’île de Montréal avait le français comme langue maternelle.
Photo: Éric St-Pierre Le Devoir En 2011, 48% de la population de l’île de Montréal avait le français comme langue maternelle.

L’immigration est appelée à « transformer » le portrait linguistique de Montréal d’ici vingt ans, tout comme celui du reste du pays, projette Statistique Canada, soulevant des questions quant à l’avenir du français au Québec et ailleurs.

Près d’un Canadien sur deux sera immigrant ou enfant d’immigrant en 2036, selon de nouvelles projections dévoilées mercredi par l’agence, qui s’appuie sur des outils de pointe qui tiennent compte d’une multitude de scénarios allant d’une baisse importante à une majoration de l’immigration.

Si les niveaux d’accueil actuels se maintenaient au cours des prochaines années, la proportion d’immigrants au Canada pourrait ainsi atteindre 30 % en 2036, contre 20,7 % lors du dernier recensement, en 2011. Quand on tient compte de la population de deuxième génération, les Néo-Canadiens compteraient alors pour 49 % de la population du pays, plutôt que 38,2 % actuellement. À Toronto, cette proportion frôlerait les 80 %, un record.

Cette évolution a un impact de taille sur le visage linguistique du pays, tout comme le vieillissement de la population de souche, l’assimilation et la faible fécondité.
 

Montréal : moins français, ou autant ?

Selon le responsable des données linguistiques à Statistique Canada, le poids démographique de la population de langue maternelle française au Québec devrait passer de 79 % en 2011 à une proportion oscillant entre 69 % et 72 % en 2036, toujours en raison de l’immigration.

« Peu importe le scénario, on peut s’attendre à ce que la langue maternelle française perde de l’importance au Québec », affirme Jean-Pierre Corbeil.

Il prend soin de préciser que le Québec et le Canada étant de plus en plus multiculturels, cet indicateur perd de sa pertinence. « La grande majorité des immigrants qui viennent s’établir au Québec n’ont pas le français comme langue maternelle, mais l’utilisent au travail, à la maison ou ailleurs dans leur vie quotidienne. » C’est pourquoi Statistique Canada privilégie de plus en plus la première langue officielle parlée (PLOP) comme objet d’étude.

En 2011, la population ayant le français comme PLOP se chiffrait à 6,8 millions, et elle pourrait franchir le cap des 7,5 millions de personnes en 2036. Cette croissance ne devrait cependant pas empêcher son poids relatif de diminuer, poids qui passerait de 85,4 % en 2011 à 82 %, en raison de l’attrait qu’exerce l’anglais.

Pas moins de 91 % des Québécois disent pouvoir soutenir une conversation dans la langue officielle de la province et, d’ici 2036, cette part pourrait bondir à 94 %, ajoute-t-il.

Et qu’en est-il de Montréal, souvent dépeint comme le lieu où tout se joue pour l’avenir du français au Québec puisque l’écrasante majorité des immigrants qui s’installent dans la province y élit domicile ?

En 2011, 48 % de l’île de Montréal avait le français comme langue maternelle. Selon les projections, ce nombre pourrait fléchir pour s’établir à 41 % d’ici vingt ans. « Certains disent que c’est une catastrophe pour le français, observe M. Corbeil. Mais si on utilise plutôt la PLOP, on constate que les deux tiers des Montréalais sont plus à l’aise en français [qu’en anglais]. En 2036, on devrait toujours, selon les divers scénarios, demeurer à ce niveau-là. Ça nuance le portrait. »
 


Couronnes de plus en plus anglaises

 

C’est dans les couronnes nord et sud de Montréal que les changements les plus importants devraient survenir, poursuit le chercheur. Le 450 sera de plus en plus anglophone, le français cédant le pas à l’anglais dans 6 % des cas. « De plus en plus d’immigrants s’installent directement en banlieue. Et de plus en plus d’anglophones qui ne sont pas immigrants privilégient les couronnes. C’est un déplacement, une banlieusardisation qu’on observe. »

Aux portes de la capitale fédérale, Gatineau devrait elle aussi s’angliciser, poursuit M. Corbeil. Pour le reste, le Québec demeurera largement francophone… et blanc, puisque les régions plus éloignées exercent peu d’attrait sur les immigrants.

Les projections révèlent également que la langue anglaise connaîtra un déclin dans l’ensemble du pays comme langue maternelle, passant de 59 % à 52 % environ. Comme PLOP, l’anglais passerait toutefois de 64 à 67 %, ce qui révèle un recul du français. Dans les autres provinces que le Québec, l’anglais serait alors la langue officielle de choix de 95 % de la population.

À l’échelle du pays, le français demeurera — et de loin — la langue la plus parlée après l’anglais, avec près de 17,6 % de locuteurs. À titre comparatif, pas une seule langue hormis le français et l’anglais ne comptait plus de 500 000 locuteurs en 2011.
 

N’empêche : la précarité de la langue française à l’extérieur du Québec est indéniable, puisque la proportion de personnes ayant le français comme langue maternelle dans les autres provinces devrait fondre de 3,8 % à 2,7 %, des données qui ne tiennent toutefois pas compte du nombre croissant d’immigrants venant de pays francophones qui s’y installent, qui n’ont pas le français comme langue maternelle, mais qui la maîtrisent.

La maîtrise de la langue française par les anglophones des autres provinces devrait par ailleurs poursuivre sa dégringolade observée depuis une quinzaine d’années, toujours selon l’étude.

L’étude de Statistique Canada représente un argument de poids pour le développement de programmes favorisant l’arrivée d’immigrants parlant le français, soutient pour sa part la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), rappelant qu’Ottawa et les provinces se sont entendus afin de hausser à 5 % la proportion d’immigrants en mesure de parler français dans les provinces autres que le Québec. « Si on continue à n’attirer que 2 % d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec, les conséquences seront désastreuses. S’il n’y a pas d’action sur ces enjeux pour la vitalité de la francophonie, […] on pourra parler de politique passive d’assimilation », a déclaré l’organisme, mercredi.

11 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 janvier 2017 04 h 58

    … inquiétante et mécompréhensible !

    « S’il n’y a pas d’action sur ces enjeux pour la vitalité de la francophonie, […] on pourra parler de politique passive d’assimilation » (FCFA)

    Effectivement, si les autorités publiques ferment leurs yeux, volontairement ou selon, sur des questions liées à la francophonie, en évitant d’assumer-prendre des mesures adéquates (centre de formation intégré, résurgence des COFI ???), il est comme possible d’assister à la disparition éventuelle du « fait français » !

    De ce point de vue, la pro-position récente des Lisée (A), au Québec, constituant un pas de plus vers le phénomène de la « franglaiscisation » ? et contrariant les dispositions de la loi 101, demeure comme …

    … inquiétante et mécompréhensible ! - 26 jan 2017 -

    A : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/489164/la

    • Raymond Labelle - Abonné 26 janvier 2017 10 h 29

      JFL comprend que l'immigration économique est la partie de la population qui croît le plus rapidement et que c'est la priorité des priorités pour refranciser le Québec - comme le montre cette étude.

      C'est la raison pour laquelle cette politique exigera de tout immigrant économique qu'il ait une connaissance du français intermédiaire ou avancée avant même de mettre le pied au Québec. Les difficultés de francisation sont les plus grandes chez les immigrants qui ne connaissent pas le français.

      Aucun gouvernement du Parti québécois n'a osé adopter cette politique.

      De plus, les seuils d'immigration seraient ajustés en fonction de notre capacité d'accueil et la détermination de ce seuil serait déterminée par le Vérificateur général.

      Il s'agit d'une des façons les plus efficaces pour refranciser le français en agissant là où c'est le plus prioritaire.

      Aucun gouvernement du Parti québécois n'a osé adopter cette politique.

      Autre difficulté de francisation: la langue de travail - la francisation s'étendra aux entreprises de 25 à 49 employés - qui couvrent une vaste part du marché du travail.

      Aucun gouvernement du Parti québécois n'a osé adopter cette politique.

      La position JFL s'attaque également à la connaissance du français chez nos concitoyens qui fréquentent le système scolaire anglophone - la maîtrise du français sera nécessaire pour obtenir son DEC ou un diplôme universitaire.

      Aucun gouvernement du Parti québécois n'a osé adopter cette politique.

      L'important est d'agir en fonction de maximiser les résultats dans le réel. C'est l'idée générale derrière cette politique.

      Vous paraît-elle davantage compréhensible?

    • Philippe Hébert - Abonné 26 janvier 2017 10 h 57

      Primo, la FCFA représente la francophonie hors Québec. Il y a longtemps que j'ai comrpris que le Canada n'est pas un pays bilingue, mais anglophone hors Québec. Just deal with it. En tant que québécois, on a pas d'affaire à gérer les problèmes des francophones hors Québec, alors arrêtons de prendre les données hors Québec pour crier haut et fort que le français recule au Québec.

      Secondo, Statistique Canada a raison de prendre le PLOP plutôt que la langue maternelle comme statistique sérieuse. La langue maternelle est un concept complètement dépassée dans un pays où l'immigration massive se poursuit depuis des décennies.

      Le fait que de moins en moins de québécois ait le français comme langue maternelle n'est pas du tout un problème qui contribu au recul du français au Québec. Le problème réel, c'est qu'on puisse au Québec vivre sans parler français. L'institutionalisation du bilinguisme est une partie du problème. La portée de la loi 101 sur les petites entreprises qui est quasi inexistante est une autre partie du problème.

      Si les immigrants savent qu'ils doivent maîtriser la langue de Molière pour se trouver un emploi et être capable d'obtenir des services auprès des institutions publiques, ils verront la nécessité d'opter pour le français plutôt que pour l'anglais. (d'ailleurs, il n'y a qu'à Montréal où beaucoup d'immigrants optent pour l'anglais, alors que partout ailleurs au Québec, c'est le français)

      Il y a depuis maintenant 10 ans que les créateurs d'emplois sont les PME et non les grandes multinationales, il est donc normal de renforcer la loi 101 pour qu'elle s'applique dorénavant aux entreprises de 25 à 50 employés.

      Vous dénoncez les choix de JFL, mais il a retenu les options les plus concrètes pour protéger le fait français au Québec.

      (la suite dans prochain commentaire)

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 janvier 2017 13 h 19


      Marcel (Fafouin) Blais écrit : «…la pro-position récente des Lisée (…) constituant un pas de plus vers le phénomène de la ’franglaiscisation’ ?»

      Vous faites référence à des personnalités influentes qui ont récemment déchiré leurs chemises en public parce qu’elles ne comprennent pas qu’un programme politique est un ensemble de mesures qu’un parti politique promet de réaliser. Tout ce qu’on n’a pas l’intention de faire dans le mandat qui vient est une fausse promesse.

      Depuis René Lévesque, le PQ a eu d’excellents dirigeants mais — disons-le franchement — plutôt indifférents face à l’anglicisation de Montréal. On se donnait bonne conscience en sachant que le programme contenait des mesures anciennes que personne, évidemment, ne mettait en application une fois au pouvoir.

      Les nouveaux dirigeants du PQ se proposent de purger du programme politique les dispositions ‘décoratives’ et ajouter des mesures simples et draconiennes pour stopper l’anglicisation de Montréal.

      Il est d’autant plus probable que le PQ tiendra parole cette fois que son chef est Montréalais et que ces mesures sont faciles à faire respecter.

      Ce qui ne veut pas dire que soumettre les CÉGEPS anglophones à la Loi 101 ne pourrait pas revenir dans le programme du PQ à la veille d’un autre mandat lorsqu’on aura vraiment l’intention de s’y mettre.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 janvier 2017 07 h 36

    La réalité est pire


    Les données de Statistique Canada ne concernent que la langue à la naissance (langue maternelle et première langue parlée). Ils ne tiennent pas compte des ‘substitutions linguistiques’, c’est-à-dire de l’assimilation à l’anglais en cours de vie.

    Lorsqu’on tient compte de la principale langue officielle actuellement utilisée à la maison, la situation est encore plus dramatique.

    Lorsqu’on ne se base sur les données relatives à la langue maternelle (comme le fait Statistique Canada), le déclin du français n’avait été que de 0,5% sur l’ile de Montréal et un déclin à peu près nul dans la couronne montréalaise de 2006 à 2011.

    À mon avis, une personne qui habite le Québec, née de parents francophones, mais qui, de nos jours, lit principalement des textes en anglais, qui voit des films en version anglaise, qui écoute de la musique anglaise et surtout, qui parle anglais à la maison, n’est plus un Francophone.

    Donc à mon avis, la langue maternelle représente le passé : ce qui importe, c’est la langue actuellement utilisée. Or celle parlée à la maison en est le meilleur indice.

    Lorsqu’on combine les pourcentages des personnes qui ne parlent que français à la maison avec ceux qui parlent le français et une langue non officielle, on obtient pour Montréal 54,5% en 2006 vs 53,5% en 2011, soit un déclin d’un pour cent en cinq ans. Pour l’ensemble de la région montréalaise, c’est 69,2% en 2006 vs 68,4% en 2011, soit un déclin semblable.

    C’est ce que révélait mon étude intitulée ‘Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011’.

    Un pour cent en seulement cinq ans (de 2006 à 2011), cela est extrêmement préoccupant mais cela est normal lorsqu’on pense que le Parti libéral ne fait rien depuis plus d’une décennie pour défendre le français. Ajoutez le déclin depuis et il est clair qu'un changement de gouvernement devient urgent.

  • Patrick Daganaud - Abonné 26 janvier 2017 07 h 41

    Les statistiques ne font pas la culture.

    Si elles donnent des chiffres, les statistiques ne commandent ni la culture ni le législatif qui doit la structurer.

    Pour qu'au Québec, le français ne recule pas, il faut qu'il soit LE véhicule culturel de vie (école-loisir-travail-sport-spectacle-publications scientifiques) exclusif-dominant qu'il doit être.

    Et pour cela, il faut de puissants cadres juridiques et des leviers de promotion efficaces, donc financés.

    Enfin, tout cela commande une volonté politiquer ferme. S'il ne fait rien, l'assimilation et la lente agonie vont se poursuivre

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 26 janvier 2017 09 h 58

    Colonisé.

    Je n'arrive pas à croire que nous allons nous laisser disparaître...lentement mais sûrrement...

  • Gilles Delisle - Abonné 26 janvier 2017 10 h 57

    Le peuple francophone d'Amérique , en voie de dispartition.

    Le peuple québécois sera composé , d'ici 20 ans, d'immigrants, formant ainsi près de 50% de la population. Parallèlement à cette donnée, le francais demeurera en perte de vitesse. Ce peuple qui a dit NON, par deux fois, à la prise de contrôle de ses politiques d'immigration, linguistiques et sociales, permettant ainsi au Canada de s'immiscer dans ces champs de compétences, et de progressivement, contribuer à cette disparition tranquille du peuple québécois francophone.