Appel à une enquête sur la torture de Canadiens en Syrie

Muayyed Nureddin, Ahmad Abou-Elmaati et Abdullah Almalki, le 8 janvier 2008, à Ottawa
Photo: Tom Hanson Archives La Presse canadienne Muayyed Nureddin, Ahmad Abou-Elmaati et Abdullah Almalki, le 8 janvier 2008, à Ottawa

Le Canada doit faire « toute la lumière », une fois pour toutes, sur le rôle joué par le gouvernement fédéral et ses agences de sécurité dans la torture de certains de ses citoyens, a exigé lundi le Nouveau Parti démocratique (NPD), au premier jour de la rentrée parlementaire, alors qu’émergeaient de nouveaux détails sordides concernant la torture de trois Canadiens par la Syrie.

Une commission d’enquête avait conclu dès 2008 que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) avait joué un rôle « indirect » dans la torture d’Abdullah Almalki, Muayyed Nureddin et Ahmad El Maati, trois ressortissants canadiens soupçonnés de liens avec al-Qaïda, arrêtés par le renseignement militaire syrien et détenus jusqu’en 2004. Mais des milliers de documents classés secrets obtenus par les avocats des trois hommes et transmis au réseau anglais de Radio-Canada établissent désormais que le SCRS et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont coopéré de près avec Damas et les tortionnaires syriens des trois hommes. Une note de service interne de la GRC affirme par exemple qu’il serait « prudent de commencer à planifier une entrevue d’Almalki par des responsables syriens, à partir des questions provenant de l’enquête de la GRC ».

Des gestes immoraux

Confronté à ces nouvelles révélations, Ottawa doit mener une enquête complète, a demandé la porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière. « On n’est jamais allés au fond de l’histoire, et il faut le faire », a-t-elle tonné en entrevue au Devoir.

Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La porte-parole du NPD en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière

Le gouvernement de Stephen Harper avait permis à ses services de sécurité d’utiliser des informations obtenues sous la torture dans le cadre de son travail. Un an après l’élection des libéraux de Justin Trudeau, cette directive n’a toujours pas été abolie, soutient l’ex-diplomate. « C’est une aberration. La torture, c’est non seulement immoral, mais c’est inefficace pour obtenir des renseignements. Le gouvernement doit agir. »

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a rejeté la demande du NPD concernant la mise sur pied d’une enquête, rappelant que les faits évoqués dans ces documents avaient déjà été analysés par deux commissions d’enquête. « Certaines des recommandations de ces comités ont été mises en place. L’une des recommandations-clés n’a pas été implémentée par le précédent gouvernement, celle de mettre sur pied un mécanisme parlementaire permettant d’effectuer un examen minutieux des agences de sécurité et de police et de toutes leurs activités au Canada », a-t-il soutenu, rappelant la volonté du gouvernement de faire adopter son projet de loi C-22 « le plus rapidement possible ».

C’est un pas dans la bonne direction, répond Mme Laverdière. Tout comme doit l’être le procès intenté par les trois hommes envers le gouvernement canadien. « Mais ce n’est pas suffisant. »

1 commentaire
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 20 septembre 2016 04 h 19

    Il faut bannir la torture de l'arsenal canadien

    Il faut révoquer la directive, mettre en oeuvre toutes les recommandations de la commission d'enquête, s'excuser auprès des victimes et les indemniser convenablement. Demander à un pays pratiquant officiellement la torture de poser telle ou telle question à une personne emprisonnée revient à demander qu'on le torture: il aurait fallu faire le contraire, c'est-à-dire demander qu'on ne le torture pas et avertir ce pays qu'on n'utiliserait pas une information ainsi obtenue. Maintenir une directive permettant l'utilisation d'informations obtenues sous la torture favorise la torture.