La menace extrémiste serait réelle, mais peut-être exagérée

La menace que fait peser l’extrémisme est réelle, mais peut-être exagérée, et le gouvernement Harper devrait se pencher aussi sur d’autres facteurs politiques importants, conclut un rapport indépendant sur la lutte que mène le Canada contre le groupe armé État islamique.

Dans son analyse, l’Institut canadien de la défense et des affaires étrangères rappelle que les violences horribles commises — et largement diffusées — par le groupe État islamique ne constituent finalement que la plus récente illustration du sentiment d’aliénation vécu par les sunnites en Irak, un phénomène auquel s’identifient bien peu de Canadiens.

Thomas Juneau, professeur adjoint à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, estime que la participation du Canada aux frappes aériennes au Moyen-Orient et à la formation des forces de sécurité ne suffiront pas à vaincre le groupe armé État islamique.

Selon lui, le gouvernement Harper n’a pas su clarifier sa position dans le dossier de la réconciliation entre chiites et sunnites, et il ne jouit pas d’une grande influence à Bagdad, où le Canada ne dispose même plus d’une ambassade.

Le rapport de l’Institut canadien de la défense et des affaires étrangères est publié une semaine après la visite éclair du premier ministre Stephen Harper en Irak, au cours de laquelle il avait rencontré son homologue Haider al-Abadi, et livré 167 millions en aide humanitaire et militaire dans ce pays.

En l’absence d’un véritable mécanisme politique en Irak, estime le professeur Juneau, la chute du groupe État islamique pourrait donner naissance à une réaction différente — potentiellement plus menaçante — des sunnites privés de leurs droits en Irak.