Kahnawake est «raciste», dit Valcourt

Le ministre fédéral des Affaires autochtones, Bernard Valcourt, ne passe pas par quatre chemins pour décrire ce qui se passe ces jours-ci à Kahnawake. Selon lui, le règlement interdisant aux couples « mixtes » de vivre sur la réserve est « raciste » et doit être amendé.

Le Conseil de bande de Kahnawake a adopté en 1981 un règlement stipulant que seules les personnes de sang mohawk peuvent vivre dans la réserve. Les couples composés d’un conjoint non mohawk sont sommés de quitter la réserve selon la logique du « marry out, get out » (si tu maries quelqu’un de l’extérieur, tu sors). Le conflit s’est envenimé samedi lorsqu’une trentaine de manifestants armés de pancartes ont établi une vigile devant la résidence de Marvin et Terri McComber, un couple« mixte ». Selon le réseau de télévision APTN, qui a filmé les événements, les manifestants sont restés jusqu’à environ minuit.

Marvin McComber fait partie d’un groupe de 16 personnes contestant devant les tribunaux le règlement. Le groupe comprend aussi l’ex-athlète olympique Waneek H.-Miller (rendue célèbre notamment pour avoir posé nue cachée par son ballon de water-polo à la une du Time) et est représenté par l’avocat Julius Grey. Il plaide que ce règlement est contraire à la Charte des droits et libertés. Le ministre Valcourt semble lui donner raison.

« Le règlement régissant l’appartenance de Kahnawake est raciste et inacceptable dans ce pays. Nous demandons aux chefs de la communauté d’adopter une politique régissant l’appartenance et la résidence qui soit plus inclusive, une qui respecte l’esprit des valeurs canadiennes d’égalité et de liberté », a indiqué le ministre Valcourt dans un courriel envoyé au Devoir mardi. En 2014, le ministre avait plutôt parlé d’un règlement « troublant » tout en rappelant que le conseil de bande « agi[ssai]t selon ses propres lois ».

Le conseil de bande de Kahnawake n’a pas rappelé Le Devoir mardi. À l’automne dernier, le chef Michael Delisle avait répliqué à ses détracteurs par une lettre ouverte. « Notre communauté d’à peu près 6500 personnes a été reléguée à une terre de la grandeur d’un timbre poste », écrivait-il, soulignant que la population essayait d’en préserver le caractère mohawk. « Le sentiment général à Kahnawake est que ces règles de résidence ont été mises en place pour empêcher que le peu qu’il nous reste ne soit perdu dans la cohue d’une culture nord-américaine qui nous entoure. Cela n’a rien à voir avec le racisme ou la haine. Il s’agit de la survie d’un mode de vie. »

Mal à l’aise, le député néodémocrate Romeo Saganash, lui-même autochtone, a rappelé l’importance des droits individuels. « Les lois traditionnelles que nous avions, qu’elles soient mohawks, cries, algonquines, et qui marchaient à une certaine époque, il y a 100 ou 200 ans, ne peuvent pas continuer à s’appliquer aujourd’hui », a-t-il dit au Devoir.

2 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 6 mai 2015 03 h 08

    Il n'a pas tord

    Et oui le racisme antiblanc aussi ça existe!

  • Bernard Terreault - Abonné 6 mai 2015 09 h 12

    Préserver les cultures ... ou les "races"?

    Pour préserver sa culture pour ne pas qu'elle soit "perdue dans la cohue d’une culture nord-américaine qui nous entoure", le Québec devrait-il expulser tous les conjoints non "pure laine". Je tremble, j'ai un grand-père maternel irlandais. Dire qu'on a accusé le PQ d'être raciste.