L’avenir incertain des transfuges

Eve Adams sera dorénavant vue aux côtés des libéraux et de leur chef, Justin Trudeau.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Eve Adams sera dorénavant vue aux côtés des libéraux et de leur chef, Justin Trudeau.

L’ex-conservatrice Eve Adams réussira-t-elle à se faire élire sous la bannière libérale cet automne ? C’est la question angoissante que tous les transfuges se sont un jour ou l’autre posée. Dans l’histoire récente, les réponses qu’ils ont obtenues des électeurs, lorsqu’ils ont osé leur faire face, n’ont pas été très positives.

Outre Eve Adams, quatre autres députés (dont trois du Québec) ayant changé de famille politique depuis le scrutin de 2011 solliciteront un nouveau mandat en octobre. Jean-François Larose et Jean-François Fortin, qui s’étaient fait respectivement élire sous la bannière du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois, se présenteront sous l’étiquette du nouveau parti Forces et Démocratie. L’ancien néodémocrate Bruce Hyer tentera sa chance en tant que député sortant du Parti vert et l’ex-bloquiste Maria Mourani, qui s’est imposé une période de transition comme indépendante, sollicitera un mandat dans l’équipe de Thomas Mulcair. Les deux autres transfuges du 41e Parlement canadien, Claude Patry et Lise St-Denis, deux anciens néodémocrates devenus bloquiste dans un cas, libérale dans l’autre, ne sollicitent pas de nouveau mandat.

La précédente fournée de transfuges n’avait pas été adoubée, c’est le moins qu’on puisse dire. Après le scrutin de 2006, qui a porté Stephen Harper au pouvoir, plusieurs députés avaient changé de famille politique. Le cas le plus spectaculaire avait été celui de David Emerson. L’ancien ministre libéral avait été réélu et avait immédiatement endossé les couleurs conservatrices pour rester au cabinet. M. Emerson ne s’était pas représenté au scrutin de 2008 et c’est plutôt le NPD qui avait remporté Vancouver-Kingsway.

Trois autres transfuges de ce 39e Parlement avaient mordu la poussière en 2008. Garth Turner, qui avait quitté le navire conservateur en claquant la porte pour devenir libéral, avait perdu contre la future ministre Lisa Raitt. Wajid Khan, un libéral devenu conservateur, avait perdu lui aussi. Enfin, Blair Wilson, qui, en quittant le Parti libéral pour le Parti vert quelques jours avant le scrutin, avait permis à la chef Elizabeth May de participer aux débats, avait terminé avec à peine 14 % des voix.

D’un transfuge à l’autre

De son côté, Joe Comuzzi n’avait pas osé, comme David Emerson, faire face à ses électeurs en 2008 pour avaliser son passage du Parti libéral au Parti conservateur l’année précédente. Ironie du sort : les électeurs de Thunder Bay-Superior North ont tourné le dos à ces deux formations pour jeter leur dévolu sur le NPD et son candidat Bruce Hyer. Ce même Hyer est passé au Parti vert en 2013 !

En 2006, le professeur de l’Université McGill Desmond Morton avait produit une étude sur les transfuges. Il avait recensé quelque 180 cas de députés ayant changé d’affiliation politique depuis 1920, pour une moyenne de 19,3 députés par décennie. Il avait constaté que c’est en situation de gouvernement minoritaire que les allégeances politiques sont les plus mouvantes.

Le seul cas récent de conversion politique réussie semble être celui de Glenn Thibeault. Le néodémocrate fédéral a quitté Ottawa et s’est fait élire à Queen’s Park la semaine dernière comme libéral, au sein du gouvernement de Kathleen Wynne.

De l’avis d’à peu près n’importe quel organisateur politique, la notoriété personnelle d’un candidat ne contribue, au mieux, qu’à 10 % de son score. Parlez-en à Fatima Houda-Pepin. Celle qui, en tant que libérale provinciale, obtenait des majorités de 10 000 voix ou plus depuis 1994 a mordu la poussière au printemps dernier en tant qu’indépendante. Elle n’a reçu que 23 % d’appuis et c’est son rival libéral Gaétan Barrette qui a obtenu la copieuse avance de 15 000 voix.

Anecdote patronymique

Pour ceux qui s’interrogent, non, les parents de Mme Adams n’ont pas eu l’idée incongrue de la nommer Ève-Adam. Cette combinaison biblique résulte de son précédent mariage avec Peter Adams. Elle s’appelait plutôt Eve Horvat. Pour la petite histoire, après son élection à la Chambre des communes en 2011, Mme Adams a quitté son siège de conseillère municipale. Son mari s’est alors présenté à l’élection partielle pour la remplacer... et a utilisé ses anciennes affiches électorales qui clamaient «Gardons Adams» (sans mention du prénom). Certains électeurs avaient crié à l’usurpation puisque M. Adams n’avait jamais été élu auparavant. Le premier intéressé a plaidé la bonne foi environnementale. Il n’a pas été élu.

 
4 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 11 février 2015 08 h 58

    Et pourtant....

    Et pourtant ce Barrette était et demeure lui aussi un transfert, 18 mois auparavant il avait mordu la poussière sous la bannière de la CAQ. La volatilité des électeurs peut parfois surprendre, le contexte politique y joue un grand rôle.

  • Yves Corbeil - Inscrit 11 février 2015 12 h 23

    Se Servir

    C'est ça la politique néo-libéral capitaliste tout parti confondu. Même Mme David sonne faux avec sa garde robe de friperies.

    Alors on fait quoi, on reste chez nous, on vends tout et quand il ne restera plus rien pour subvenir a nos besoins et qu'on aura mangé tout le vieux gagné, on verra ce qui se passera. Y vont surement trouver un autre truc pour nous motiver à se grouillé pour retourner travaillé et recommencé le grand cirque capitaliste.

    Ou sinon, si après avoir fait ça partout sur la planète on recommencaient à zéro, comment en devraient faire les choses?

    Apportez tous vos idées.

  • Roger Gobeil - Inscrit 11 février 2015 18 h 06

    Eve et Dimitri

    Eve au PLC, c'est pas pire que d'autres, mais Dimitri, ça c'est inquiétant!

  • Najwa Nakad - Inscrit 12 février 2015 17 h 24

    transfuge



    c'est decevent bébé justin vous avez exigé a celui ou celle qui veut se rejoidre a votre caucus ,doit passer par une investiture pourquoi vous ne l appliquez pas à madame Eve Adams???