Le Canada se souvient sous haute surveillance

Une parade militaire a été organisée à Montréal, où des manifestants du groupe Échec à la guerre ont lancé un message de paix.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une parade militaire a été organisée à Montréal, où des manifestants du groupe Échec à la guerre ont lancé un message de paix.

Les cornemuses et les salves de canons avaient une résonance particulière à Ottawa, mardi, en ce jour du Souvenir qui survenait dans la foulée de l’assassinat de deux militaires.

Une foule imposante évaluée à environ 50 000 personnes par le Service de police d’Ottawa s’est massée sous un soleil radieux — et sous haute surveillance policière — dans les rues jouxtant le Monument commémoratif de guerre du Canada.

Le monument de granit, avec ses statues de bronze, est traditionnellement au centre des cérémonies du jour du Souvenir dans la capitale fédérale depuis son inauguration par le roi George VI et la reine Élizabeth en 1939.

Mais cette année, le fait de se recueillir à cet endroit revêtait une signification toute particulière, puisque c’est là que le caporal Nathan Cirillo a été froidement abattu, le 22 octobre dernier, alors qu’il montait la garde.

Beaucoup avaient ainsi dans leurs pensées le caporal Cirillo et l’adjudant Patrice Vincent, qui avait été happé mortellement deux jours auparavant, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le gouverneur général du Canada, David Johnston, a fait référence au caporal Cirillo dans son discours, rappelant que le monument — qui est aussi la tombe du Soldat inconnu — a été érigé pour donner suite à la promesse des Canadiens « de ne jamais oublier ». « Nous monterons la garde pour [le soldat inconnu] et tous les autres, comme l’a fait Nathan Cirillo, qui les a maintenant rejoints », a-t-il déclaré sous le regard du premier ministre Harper, de son épouse Laureen et de la princesse Anne, en visite officielle au pays.

La cohabitation désormais symbolique entre les deux soldats a été soulignée par Jerry Kovacs, de l’Association canadienne de défense des anciens combattants. « Il y a ici la tombe du Soldat inconnu, mais c’est aussi devenu l’endroit où tous les Canadiens ont appris qui était le caporal Cirillo », a-t-il illustré.

De nombreux anciens combattants de tous âges étaient présents autour du monument, à proximité de la colline du parlement.

La cérémonie s’est déroulée sous haute surveillance policière en raison des tragiques événements survenus à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa dans la semaine du 20 octobre. Les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et les policiers étaient omniprésents, et des tireurs d’élite étaient visibles sur les toits de quelques édifices.

Jour du Souvenir férié au Québec ?

Du côté de Québec, la cérémonie se déroulait aussi sous la protection d’un dispositif de sécurité déployé autour du monument de la Croix du sacrifice, à l’entrée des plaines d’Abraham. Des policiers en uniforme de l’escouade tactique montaient notamment la garde sur les fortifications du Vieux-Québec, en face de l’Assemblée nationale.

Après la cérémonie, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Steven Blaney, a affirmé qu’il était prêt à travailler pour que le jour du Souvenir soit férié au Québec, comme c’est le cas également dans la fonction publique fédérale et dans certaines provinces. « Je souhaite que le 11 novembre, on prenne une pause comme nation pour apprécier nos valeurs, notre liberté, notre démocratie et aussi pour exprimer notre reconnaissance », a-t-il dit.

Présent à la cérémonie, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré ensuite qu’il analysera la possibilité de faire du jour du Souvenir une journée fériée. « On a entendu cette recommandation, on va l’analyser fortement, a-t-il dit. Tout cela a des conséquences économiques importantes. Par contre, le symbole est majeur. Je le ressens tous les 11 novembre. »

Environ 1000 personnes se sont aussi rassemblées du côté de Saint-Jean-sur-Richelieu, où l’adjudant Patrice Vincent a été happé mortellement par un jeune homme « radicalisé » le 20 octobre.

5 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 12 novembre 2014 05 h 00

    La cour supreme a aussi souligné''Légalement oui, moralement non''

    D'anciens combattants canadiens et leurs héritiers demandent à la Cour suprême de se prononcer sur la validité du plus important recours collectif jamais intenté au pays.

    D'anciens combattants canadiens, handicapés physiques et mentaux, s'adressent à la Cour suprême pour obtenir un dédommagement de 5,2 milliards à la suite de la mauvaise gestion de leur régime de retraite par Ottawa.

    Les 10 000 personnes inscrites sont des vétérans handicapés physiques et mentaux de la Première Guerre mondiale et des conflits subséquents, ainsi que des membres de leur famille. Ils reprochent au gouvernement fédéral d'avoir déposé leurs avoirs, environ 66 millions de dollars, dans son fonds consolidé, plutôt que de les investir pour faire fructifier la somme. Ils réclament aujourd'hui 5,2 milliards de dollars.

    « Le gouvernement canadien n'a pas agi dans l'intérêt de ces hommes et femmes, dans la gestion de ce qui leur appartient », déclare Raymond Colautti, un des avocats qui les représente.

    Ottawa a déjà reconnu avoir mal géré le régime de retraite des vétérans, mais n'a pas voulu payer d'intérêts sur les rentes payées avant 1990. Certaines estimations évaluent que la mauvaise gestion a fait perdre près de 6 milliards de dollars au régime de retraite.

    Le recours collectif a été déposé en 1999 au nom des anciens combattants ayant souffert de problèmes physiques et psychologiques depuis la Première Guerre mondiale.

    La Cour supérieure de l'Ontario a statué en faveur des vétérans en 2005 et a condamné le gouvernement fédéral à verser plusieurs milliards de dollars dans un compte en fiducie pour les anciens combattants invalides et leurs descendants. En juillet 2007, la Cour d'appel de l'Ontario a cassé le jugement, mentionnant que la Cour suprême avait reconnu au fédéral le pouvoir d'interdire le paiement des intérêts pour toutes les années avant 1990.

  • André Leblanc - Inscrit 12 novembre 2014 05 h 08

    Pourquoi toujours les cornemuses?

    Pour souligner leur participation a leur conquete et notre défaite?
    Leur participation a ''L'ANNÉE DES ANGLAIS" entre autre?
    Ils etaient volontaires pour venir.
    Je me souviens en effet, des membres de ma famille, vétérans 1914-1918, 1939-1945. Eux n'avaient pas de cornemuses.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 12 novembre 2014 09 h 56

      Durant la Première Guerre mondiale, les "pipers" ne combattaient pas, ils précédaient, ou accompagnaient, leur régiment tout en jouant de la cornemuse pour stimuler les troupes. Lors des combats, les "pipers" restaient dans les tranchées en jouant, en sourdine, un solo de "lament" (lamentations) pour accompagner la mort des soldats.

      Depuis quelques années, afin de souligner également le sort des victimes de toutes guerres, je porte le coquelicot blanc. Contrairement aux idées reçues, le port du coquelicot blanc n'est pas récent, il prit naissance en Angleterre en 1933 par un groupe de femmes (la Coopérative Women's Guild) qui cherchaient à se dissocier "subtilement des commémorations faisant l'apologie de la force militaire".

      Samedi dernier, je me suis fait vertement critiqué par un jeune militaire qui voyait dans le coquelicot blanc une "offense", une provocation à son propre uniforme.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 12 novembre 2014 08 h 31

    Célébrer quoi?

    Je ne fête pas le jour du Souvenir car cette célébration officielle commémore la fin de la lutte des empires européens entre eux de 1914 à 1918 faisant des millions de morts et entraînant la disparition de l'Empire tsariste, austro-Hongrois et ottoman au profit de l'Empire britannique, derrière lequel se profilait déjà l'émergence de l'empire américain celui qui ne porte pas son nom depuis 1945. Pas de quoi pavoiser pour nous qui formons le 99% et dont les ancêtres ont servi de chair à canon pour défendre le "British Empire" comme coloniaux. Au Québec, cela rappelle surtout les émeutes et la répression coloniale des soulèvements anti-conscription de 1917 faisant de nombreuses victimes à Québec et à Montréal (voir http://fr.wikipedia.org/…/Crise_de_la_consc

  • Yvon Bureau - Abonné 12 novembre 2014 10 h 54

    Jour de la diplomatie, le 12 novembre

    Et si le 12 novembre devenait le Jour de la Diplomatie. C'est grâce à elle que bien des guerres furent évitées.

    Les guerres sont souvent le fruit de l'échec de la diplomatie et surtout la victoire des intérêts souvent les moins nobles.

    Oui à la Diplomatie grand D ! Bien avant les guerres, même si elles sont parfois souhaitées par les pouvoirs en place. Le Pouvoir peut corrompre, hélas.