Les explications de Bob Rae se font toujours attendre

L’ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae, avait reproché  à la Loi sur la  laïcité de l’État québécois  son caractère discriminatoire.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne L’ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae, avait reproché à la Loi sur la laïcité de l’État québécois son caractère discriminatoire.

L’ambassadeur du Canada à l’ONU, Bob Rae, n’a pas encore expliqué ses propos controversés sur la Loi sur la laïcité de l’État, bien qu’il soit invité à comparaître pour cette raison devant un comité parlementaire depuis près de six mois, rappelle le Bloc québécois.

« Dès le mois de janvier, j’ai demandé que nous convoquions l’ambassadeur du Canada aux Nations unies, et nous avions convenu de le convoquer le plus tôt possible. Or, nous sommes en juillet et nous n’avons toujours pas entendu l’ambassadeur », s’est plaint vendredi dernier à ses collègues le député bloquiste Stéphane Bergeron.

L’élu prenait part à la réunion d’urgence du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international. Ses membres tâchaient de formuler une invitation à comparaître notamment à la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, au sujet de la décision du Canada de permettre l’exportation de turbines demandées par l’entreprise russe Gazprom.

M. Bergeron s’opposait à l’utilisation de l’expression « le plus tôt possible », jugeant que le comité n’avait pas encore rempli sa promesse de faire comparaître l’ambassadeur Rae à la suite de sa prise de position publique contre la Loi sur la laïcité de l’État du Québec, surnommée « loi 21 ».

« Il y a un sens profondément discriminatoire à cette loi. C’est clairement contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme », avait écrit Bob Rae sur Twitter le 12 décembre 2021.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, avait rapidement qualifié l’ambassadeur d’« indigne de la fonction qu’il occupe » et avait demandé au gouvernement fédéral de le rappeler au pays.

À la recommandation de son sous-comité de la procédure, le comité parlementaire fédéral responsable des questions d’affaires étrangères avait invité M. Rae à comparaître devant ses membres ; une motion en la matière avait été adoptée le 31 janvier dernier.

Toujours pas d’explications

Selon l’entente entre les partis, M. Rae devait répondre pendant deux heures à des questions « concernant son mandat et son expérience ». Le Bloc québécois comptait se saisir de l’occasion pour le cuisiner sur sa prise de position sur ses réseaux sociaux.

L’ambassadeur a bel et bien fait une brève apparition devant les élus du comité parlementaire sur les affaires internationales le 28 février dernier, mais uniquement pour parler de la guerre en Ukraine. Celle-ci venait d’être déclenchée et accaparait les travaux les plus urgents des parlementaires.

M. Rae est encore invité à s’y présenter pour répondre aux questions des élus, dont celles concernant la politique québécoise. « L’invitation demeure auprès d’Affaires mondiales Canada [le ministère responsable de la diplomatie canadienne]. À l’heure actuelle, ils n’ont pas fourni de date à laquelle M. Rae pourrait être disponible », a confirmé la greffière du comité, Erica Pereira.

Entendre M. Rae sur la question « demeure pertinent », croit le député Stéphane Bergeron. « On a vu l’intention du gouvernement [fédéral] de prêter main-forte à ceux qui veulent contester la “loi 21” devant les tribunaux [en Cour suprême]. Est-ce que c’était déjà discuté ? » se demande-t-il.

Selon lui, le choix du gouvernement d’envoyer M. Rae représenter le Canada à l’ONU illustre la pratique « qui devient monnaie courante chez les libéraux » de nommer d’anciens politiciens à des fonctions d’ambassadeur plutôt que des diplomates de carrière ayant monté les échelons de la fonction publique.

Bob Rae a été notamment premier ministre de l’Ontario, député libéral fédéral et chef intérimaire du Parti libéral du Canada. Il a occupé différentes fonctions diplomatiques depuis 2017 et a été nommé ambassadeur canadien auprès des Nations unies en 2020.

La controverse suscitée par son utilisation de Twitter pour critiquer la Loi sur la laïcité de l’État n’a pas dissuadé M. Rae d’utiliser son compte officiel pour écrire, le 7 juillet dernier, « #BoJoMoJoNoMo », selon toute vraisemblance une plaisanterie aux dépens du premier ministre démissionnaire du Royaume-Uni, Boris Johnson.

Affaires mondiales Canada n’avait toujours pas répondu aux questions du Devoir au moment où ces lignes étaient écrites. L’ambassadeur Rae n’a pu être joint.


Suivant la parution de cet article, Affaires mondiales Canada a assuré au Devoir que Bob Rae se rendra disponible pour apparaître devant le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, comme il l’a déjà fait dans le passé. Le ministère a précisé que cela revient aux membres du comité de s’entendre sur une date de comparution.

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